22/03/2026 europalestine.com  5min #308551

Jo hasta siempre !

Nous avons assisté samedi à la cérémonie d'adieu à Jo Morlnghem, un camarade de Grenoble brusquement décédé il y a 8 jours, d'une défaillance cardiaque à l'âge de 58 ans.
Une cérémonie pas comme les autres : dress code aux couleurs de la Palestine, plus de 200 présents, famille, amis, élèves, collègues de son ancien lycée, militants, tous surpris par les innombrables facettes de cet ingérable rebelle, qui ne s'arrêtait jamais de dénoncer, de provoquer, de pousser tout et chacun dans ses retranchements.

Beaucoup d'émotion lors des témoignages, et de la projection qui l'a montré dans ses pitreries, ses déguisements, mais aussi débordant d'amour pour sa famille, pour sa compagne, pour la justice, pour la vie.

Il avait une telle détestation pour les mous, les tièdes, les compromis, qu'il fonçait dans le tas en permanence, en embarquant un maximum de monde, comme ce samedi, en se moquant du qu'en dira-ton, et des conséquences.

Il avait beaucoup d'humour, y compris dans les situations "épineuses".

Ainsi, lors d'une garde à vue récente où des calomniateurs essayaient de lui faire porter la responsabilité de tags antisémites et fascistes, il a été soumis à une analyse graphologique. Il racontait : "iIs voulaient me faire recopier 20 fois 'salopes de juif'. Mais j'ai dit à la police qu'en tant que prof je ne supportais pas ces fautes d'orthographe. En revanche j'ai pris plaisir à faire 40 lignes de "Stop Génocide".

La cérémonie s'est terminé par un chant sur l'air de "On est là, On est là" avec des paroles un peu modifiées

"Jo est là, Jo est là, A jamais dans nos combats Not' Jo est là Dans le coeur des militants, d'ses amis et d'ses enfants, A jamais dans nos combats Not' Jo est là"

Au revoir Jo !

Ci-dessous, les mots d'adieu de Leïla Shahshahani sur son blog

Jo, mon ami, cette fois t'as vraiment déconné, et on va avoir plus de mal à tourner la page.

En fait, on ne va pas la tourner. On va laisser le livre grand ouvert au 13 mars 2026 - tu nous as quand même fait le coup du vendredi 13, toi l'absolu non croyant - pour que l'histoire continue à s'écrire, imprégnée de tout ce que tu nous transmets : tes combats inlassables pour la justice, ton inépuisable énergie qu'on peinait à suivre, ton goût prononcé pour les rendez-vous en chair et en os plutôt que sur les réseaux sociaux, ta ténacité sans faille et ta capacité à ravaler ta fierté pour te remettre sans cesse en question, ton sens de la déconne aussi et du second degré.

La semaine dernière, alors qu'on dissertait par what's app à 1h30 du matin sur les stratégies d'opposition à l'impérialisme USraélien, tu m'as écrit que "la vraie valeur du militant ce ne sont pas ses acquis mais ses remises en question", et avec une certaine lucidité sur toi-même, tu ajoutais : "Je suis parfois nimportnawak mais on ne peut pas m'enlever la ténacité".

Tu étais un débat à toi tout seul, tu aimais débattre et tu te débattais pour trouver les moyens de faire flancher les crapules. Jusqu'à la dernière minute, tu as collé et recollé des affiches pour dénoncer le candidat aux municipales grenobloises Hervé Gerbi, ancien président du Crif local et fervent soutien de l'armée génocidaire israélienne. Tu venais même de gagner le procès qu'il t'a intenté avec une  relaxe du Tribunal correctionnel de Grenoble le 27 février dernier, belle victoire !

Quelque chose me dit que j'aurais kiffé t'avoir en prof d'histoire-géo. Je suis tombée sur cet entretien de toi dans la revue  Écarts d'identité en 2004, où il est question de ton engagement dans les Clubs Unesco avec tes élèves, pour "nourrir action et réflexion autour de ces questions cruciales que sont la paix et le respect des droits de l'Homme". Tu en étais le référent dans l'académie.

Mais j'ai eu la grande chance d'apprendre à mieux te connaître, avec Aude, ta compagne de lutte et de vie, lors de notre voyage en Égypte l'année dernière pour participer à la  Marche mondiale pour Gaza. Qu'est-ce que vous m'avait fait marrer tous les deux, dans les cafés et dédales du Caire, aussi hauts en couleurs et fougueux l'un que l'autre. Sans aucun doute, vous étiez parfaitement assortis. Aude, prof comme toi, mais d'Espagnol, complétait avec panache le combat anti-impérialiste de votre duo, dans sa dimension hispanique.

Dans la vie, tu étais aussi multi-papa, et je ne doute pas que tu as transmis à tes enfants un sacré cocktail de valeurs qui chemineront avec eux.

Voilà Jo. On ne se connaissait pas depuis très longtemps. Mais quelle intensité dans la relation ! Tu étais tellement présent que ton absence n'a aucun sens et nous laisse sans voix. Tu avais un cœur immense, et c'est ce cœur qui t'a brutalement lâché. Sacrée injustice, toi qui te démenais pour les causes justes. Alors c'est promis, on ne te lâche pas, tu ne nous lâches pas, et on continue le combat ! Palestine Vaincra ! Jo Vivra !

Avec mes pensées émues pour Aude, tes enfants, ta famille et tes proches, à qui je souhaite beaucoup de courage pour affronter ce grand vide que tu laisses.

source :  degrenobleagaza.over-blog.com

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