
par Jean Pégouret
La rencontre qui s'est tenue les 15 et 16 mars à Paris entre représentants du commerce chinois et américain était officiellement destinée à éviter de retomber dans une guerre des tarifs douaniers, mise en pause en octobre dernier, et à aborder dans de bonnes conditions la rencontre de Donald Trump avec le président Xi Jinping envisagée fin mars début avril à Pékin.
Les États-Unis abordent ces échanges en exigeant que la Chine importe plus de produits américains - énergétique, agricoles, avions - et qu'elle donne accès aux terres rares qu'elle contrôle dont l'industrie américaine a besoin.
Mais Washington est arrivée à ces négociations avec des menaces douanières, d'enquêtes sur d'éventuels manquements à la lutte contre le travail forcé en Chine et même de reporter la visite de Donald Trump si Pékin n'acceptait pas de participer à une force navale pour sécuriser le détroit d'Ormuz.
Évidemment, Pékin a fait savoir que la Chine ne négociait pas sous la menace et a demandé à Washington de revenir à une attitude plus respectueuse des bonnes manières en matière de négociations.
Quant à sa participation à une force navale, même si la réponse n'a pas été formulée à ce jour, il est facile d'imaginer qu'elle ne sera pas positive puisque les navires chinois ne sont pas bloqués par l'Iran, le trafic n'étant limité que par les assureurs qui refusent de garantir les navires des pavillons hostiles à Téhéran.
Concernant les menaces américaines sur les minerais stratégiques, à Goulamina au Mali, la plus grande mine de lithium du continent africain et la 5e plus grande au monde a été inaugurée en décembre 2024. Son actionnaire principal est la société chinoise Ganfeng Lithium. Gageons que Washington cherchera à démontrer, sur le mode du coton du Xinjiang, que les travailleurs maliens sont exploités et sous-payés par les Chinois, et que les ONG droit-de-l'hommistes habituelles créeront un label "lithium éthique" pour détourner les consommateurs des appareils contenant du "lithium de sang".
Les négociations étaient donc abordées dans des conditions épineuses.
Le pedigree du principal négociateur américain, Scott Bessent, Secrétaire au Trésor des États-Unis, est fortement révélateur des attentes profondes de l'administration Trump.
Scott Bessent est un ancien de chez Soros. Il a joué un rôle clef dans des paris spéculatifs légendaires comme sur la Livre Sterling en 1992 qui avaient généré plus d'un milliard de dollar de profits.
Tout au long de sa carrière dans des fonds spéculatifs, dont le sien qu'il avait créé en 2015, sa stratégie a été de profiter d'événements géopolitiques et économiques mondiaux.
Comme Secrétaire au Trésor, il continue de mettre en œuvre cette approche basée sur la création de crises monétaires puis de relâchement.
Il est évident qu'avec ses conseillers, Donald Trump applique une stratégie d'allers-retours de déclarations et de décisions qui impactent les marchés des changes et les cours de bourse, permettant aux fonds initiés de réaliser de considérables profits à chaque changement de cap au détriment des consommateurs de tous les pays.
Trump hérite d'un déficit abyssal, d'un risque de dédollarisation de l'économie mondiale, d'un mécontentement des consommateurs américains y compris au sein de son électorat.
Il a besoin d'une victoire, au moins en apparence, avant le 150e anniversaire de la fondation des États-Unis le 4 juillet prochain, et pour ne pas perdre les élections de mi-mandat en novembre de cette année.
D'ici là, il faut plus s'attendre à ce qu'il souffle le chaud et le froid, y compris dans ses négociations avec la Chine. C'est en tout cas ce que laisse prédire le choix de son négociateur Scott Bessent.
Mais après tout, lui et son entourage vont s'enrichir, c'est le pire qui risque de leur arriver.
De son côté, la Chine n'a rien d'autre à faire qu'à mettre en œuvre avec constance et détermination les orientations du XVème Plan. Le temps joue pour elle et ses dirigeants sont au service du peuple.
source : cet article est le Verbatim d'une vidéo que j'ai enregistrée pour CGTN