16/03/2026 europalestine.com  4min #307881

À propos de la censure israélienne

La censure militaire israélienne, omniprésente depuis la création de cet État (qu'on songe, par exemple, à l'interdiction depuis des décennies de parler de l'arsenal nucléaire du régime) s'est particulièrement accrue avec l'attaque contre l'Iran et les ripostes de ce dernier. L'impact de celles-ci, pourtant réel, est alors impossible à quantifier.


Tel Aviv, 28 février 2026

"Depuis le début de la guerre contre l'Iran, l'armée israélienne impose une censure stricte aux médias locaux et internationaux opérant sur le territoire, entravant considérablement la capacité des journalistes à couvrir la situation sur le terrain. Il est interdit aux journalistes et aux chaînes de télévision de publier la localisation précise des impacts de missiles iraniens, ou même de filmer ou de photographier l'étendue des dégâts de manière à révéler leur emplacement. Ces restrictions visent, selon les termes du colonel Netanel Kula, chef de la censure militaire, 'à empêcher toute aide à l'ennemi en temps de guerre'", écrit Oren Liv dans le journal en ligne +972.

La chaîne américaine NBC publie le 15 mars, deux semaines après les faits, une vidéo d'un missile échappant aux intercepteurs israéliens à Tel Aviv :

🇮🇷🇮🇱🚨🚨 - NBC a publié pour la première fois une vidéo d'un missile balistique iranien esquivant la défense anti-aérienne israélienne et frappant Tel-Aviv le 28 février dernier.
Cette publication tardive semble confirmer la censure quasi-totale imposée par Israël.

(NBC)  pic.twitter.com/IoEvuoLBk7

- Infos Liban - FR (@InfosLiban)  March 15, 2026

Dans un document non classifié publié le 5 mars, Kula a enjoint les journalistes de soumettre à la censure, avant publication, toute information relative aux sujets suivants : opérations, renseignement, préparation défensive, sites d'impact en Israël, gestion des armements (y compris les stocks de munitions et d'intercepteurs, l'état de préparation des aéronefs et des systèmes de défense aérienne, ainsi que l'emploi et l'utilisation d'armements uniques et classifiés), et vulnérabilités opérationnelles en matière de défense et d'attaque.

Ces restrictions ont engendré des situations absurdes pour les journalistes. Dans un cas rapporté par +972 Magazine, un missile iranien a atteint sa cible, mais des fragments ont touché un établissement scolaire voisin. Or, les médias n'ont été autorisés à rendre compte que de ce dernier incident, sans même pouvoir mentionner la cible ni constater les dégâts !

"Dans un autre cas, des journalistes documentaient les dégâts causés à un immeuble résidentiel lorsqu'un homme, vraisemblablement employé par les services de sécurité, a ordonné à la police de leur interdire de filmer la véritable cible de la frappe, située derrière eux. L'agent de police a rétorqué que les journalistes ne l'auraient pas remarquée sans cet avertissement, puisque la plupart des dégâts concernaient le bâtiment civil".

Plusieurs cadres d'organisations médiatiques internationales opérant en Israël ont confié à +972 que les restrictions imposées par la censure compliquaient le maintien des pratiques journalistiques habituelles.

À titre d'exemple, citons les flux vidéo en direct de plans larges de villes comme Tel Aviv et Jérusalem, fournis par les agences de presse internationales aux chaînes de télévision du monde entier. Lors des attaques de missiles iraniens, les agences de presse n'ont pas le droit de montrer les points de lancement des missiles intercepteurs israéliens. Elles doivent donc interrompre la diffusion ou incliner la caméra vers le bas, en direction de la rue, afin de masquer l'horizon.

Un responsable d'une agence de presse a indiqué qu'après l'interruption de la retransmission en direct, il leur arrive d'envoyer des images de missiles entrants et d'interceptions à la censure pour approbation. La censure a interdit la publication de plusieurs de ces séquences, notamment une interception ratée et un fragment de missile poursuivant sa trajectoire.

La censure a également rejeté des photographies fixes montrant des lancements d'intercepteurs, y compris des clichés nocturnes à longue exposition ne permettant pas d'identifier les lieux de lancement.

"Il est difficile de comprendre ce qui se passe réellement", a expliqué un cadre supérieur d'un média étranger travaillant en Israël. "Bien souvent, nous recevons des rapports officiels faisant état d'aucun bombardement ni dégât, pour découvrir plus tard qu'une cible a été touchée. Nous ne pouvons ni le signaler ni le confirmer, donc nous ignorons si cela s'est produit ou non."

"Nous n'avons qu'une compréhension partielle de la réalité sur le terrain", a admis le cadre supérieur. "Notre couverture du conflit n'est pas fidèle à la réalité."

On comprend alors mieux pourquoi en raison de ce black-out, des spéculations, infondées à ce jour, fleurissent sur les réseaux sociaux. Comme ces rumeurs sur la mort de Netanyahou et celle de son compère Itamar Ben Gvir, par exemple.

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