07/03/2026 reseauinternational.net  6min #306943

Donald Trump s'en prend à Tucker Carlson après ses accusations contre Netanyahou et la guerre contre l'Iran

par Mickaël Lelièvre

La scène aurait été impensable il y a encore quelques années. Tucker Carlson, l'une des voix les plus influentes de la droite américaine et figure emblématique du mouvement MAGA, se retrouve publiquement désavoué par Donald Trump lui-même. Son tort ? Avoir osé questionner la guerre contre l'Iran et pointer du doigt l'influence israélienne sur la politique étrangère américaine. La réponse du président fut cinglante : "MAGA, c'est Trump, MAGA, ce n'est pas les deux autres", a-t-il déclaré, balayant d'un revers de main les critiques de Carlson et de Megyn Kelly. Cette mise à l'écart révèle les fractures profondes qui traversent désormais le camp conservateur américain et interroge la capacité des États-Unis à définir une politique étrangère véritablement indépendante.

Les propos de Tucker Carlson méritent qu'on s'y attarde, tant ils tranchent avec le discours dominant à Washington. "Cela s'est produit parce qu'Israël le voulait. C'est la guerre d'Israël. Ce n'est pas la guerre des États-Unis", a-t-il affirmé sans ambages. Le commentateur va plus loin encore en accusant le Premier ministre Benjamin Netanyahou d'avoir orchestré cette campagne militaire par ses "manipulations" et en contestant frontalement la thèse d'une menace iranienne imminente pour les intérêts américains.

"Les États-Unis n'ont pas pris la décision ici. C'est Benjamin Netanyahou qui l'a prise".

Cette lecture des événements, qu'on la partage ou non, pose une question fondamentale : qui décide réellement de l'engagement militaire américain au Moyen-Orient ? Carlson y répond sans détour : "L'objectif, c'est l'hégémonie régionale. Très simple. Israël veut contrôler le Moyen-Orient". Une affirmation brutale qui, même si elle peut être contestée dans sa formulation, touche néanmoins à une réalité géopolitique que beaucoup préfèrent ignorer.

🚨BREAKING: President Trump ROASTS Tucker Carlson in an interview with ABC:

"Tucker has lost his way. I knew that a long time ago, and he's not MAGA. MAGA is saving our country and making it great again. Tucker is none of those things. He is not smart enough to understand that."  pic.twitter.com/THEmVY3yqa

- Dr. Eli David (@DrEliDavid)  March 5, 2026

La contradiction présidentielle

Face à ces critiques, la réponse de Donald Trump révèle une posture pour le moins paradoxale. Interrogé sur la question de savoir si Israël avait forcé la main des États-Unis, le président a d'abord nié toute influence israélienne avant d'affirmer que c'était lui, au contraire, qui aurait "peut-être forcé leur main". Une déclaration troublante qui, loin de dissiper les doutes, les renforce. Car si les États-Unis ont effectivement pris l'initiative de cette escalade, sur quelle base l'ont-ils fait ?

Trump invoque la menace d'une attaque iranienne préventive contre les intérêts américains. Megyn Kelly, autre voix dissidente du camp conservateur, a ironisé sur cet argument : "Est-ce que cela a le moindre sens pour vous que l'Iran ait planifié des frappes préventives contre nous ? Évidemment que non". Le scepticisme est d'autant plus légitime que l'administration américaine n'a, à ce jour, fourni aucune preuve tangible de l'existence d'une telle menace imminente.

Plus révélatrice encore est la réaction de Kelly face aux pertes américaines : "Personne ne devrait avoir à mourir pour un pays étranger. Je ne pense pas que ces quatre militaires soient morts pour les États-Unis. Je pense qu'ils sont morts pour l'Iran ou pour Israël". Des propos qui, dans le contexte actuel, prennent une résonance particulière. Car c'est bien la question de la souveraineté américaine qui est ici posée, cette même souveraineté que les partisans du "America First" prétendaient restaurer.

Trump turned against Tucker Carlson and Marjorie Greene for their opposition to the Iran War and Epstein Coverup.

Now, he surrounds himself exclusively with Israel First Zionists like Mark Levin, Laura Loomer, and Jared Kushner.

We didn't leave MAGA, MAGA left us.

- Nicholas J. Fuentes (@NickJFuentes)  March 5, 2026

Une ligne de fracture révélatrice

L'empressement de Donald Trump à marginaliser Carlson et Kelly témoigne d'une nervosité certaine. Ces deux commentateurs ne sont pas des figures marginales : Carlson dispose d'une audience considérable, avec plus d'un million de vues en moins de vingt-quatre heures pour son intervention, et entretient des liens étroits avec le vice-président JD Vance. Leur disgrâce illustre les limites du débat autorisé au sein même du mouvement conservateur américain.

Il est significatif que toute remise en question de l'alignement américain sur les positions israéliennes soit immédiatement associée à des "tropes antisémites", comme le souligne l'article source. Cette accusation, devenue quasi automatique, fonctionne comme un procédé d'intimidation intellectuelle. Elle permet d'éviter le débat de fond sur les mécanismes d'influence qui orientent la politique étrangère américaine et de disqualifier a priori toute critique de cette politique.

Pourtant, les faits sont têtus. L'interview accordée par Carlson à l'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, avait déjà mis en lumière cette tension entre deux visions irréconciliables du rôle des États-Unis au Moyen-Orient : d'un côté, les partisans traditionnels d'un soutien inconditionnel à Israël ; de l'autre, une frange isolationniste qui interroge la pertinence de cet engagement pour les intérêts américains. Trump a tranché, et il a tranché contre les isolationnistes.

Cette affaire dépasse largement le cadre des querelles internes à la droite américaine. Elle révèle l'incapacité structurelle des États-Unis à conduire une politique étrangère fondée sur leurs seuls intérêts nationaux. Les sondages montrent d'ailleurs qu'une majorité d'Américains désapprouve les frappes contre l'Iran et anticipe un conflit prolongé. Mais qu'importe l'opinion publique lorsque d'autres logiques prévalent.

Pour les observateurs attachés à la souveraineté des nations, le spectacle est instructif. Les États-Unis, première puissance mondiale, semblent incapables de s'extraire d'engagements qui ne servent pas nécessairement leurs propres intérêts. Les voix qui osent le dire sont rapidement réduites au silence ou marginalisées. Et ceux qui, hier encore, promettaient de sortir l'Amérique des guerres sans fin se retrouvent aujourd'hui à en déclencher de nouvelles.

Tucker Carlson, quoi qu'on pense de ses méthodes ou de certaines de ses affirmations contestables, aura eu le mérite de poser publiquement la question que beaucoup se gardent de formuler : au service de qui les soldats américains meurent-ils au Moyen-Orient ? La réponse de Donald Trump, ce silence méprisant doublé d'une fin de non-recevoir, en dit plus long que tous les discours officiels sur les véritables priorités de Washington.

source :  Géopolitique Profonde

 reseauinternational.net