06/03/2026 europalestine.com  5min #306880

« Dans l'ombre de la guerre contre l'Iran, Israël trouve un nouveau moyen de torturer Gaza », par Ohood Nassar

"La restriction des activités humanitaires des ONG et le blocage de l'aide humanitaire en raison de la fermeture des postes-frontières constituent une forme de punition collective supplémentaire. L'attaque de l'Iran par Israël et les États-Unis a semé la panique chez Palestiniens de la bande de Gaza. Ils se sont souvenus des précédentes fermetures des points de passage qui avait provoqué une famine et se sont précipités au marché pour acheter tout ce qu'ils pouvaient", écrit de Gaza la journaliste  Ohood Nassar *.


Rupture du jeune du ramadan sur le toit d'une maison bombardée, risquant de s'écrouler

"Les prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité ont grimpé en flèche.

Tout cela s'est produit juste au moment où expirait le délai accordé par Israël à  37 ONG pour se retirer de Gaza. Elles ne sont pas encore sorties mais ne peuvent plus s'approvisionner et leur personnel ne peut plus entrer à Gaza, alors que la moitié des distributions de nourriture dans la bande de Gaza et 60 % des services fournis dans les  hôpitaux de campagne  dépendent de ces ONG.

Pour de nombreuses familles à Gaza, le blocage est synonyme de faim, car les colis alimentaires sont leur seul moyen de subsistance.Ainsi, dans le contexte de la guerre avec l'Iran, qui pourrait durer des semaines ou des mois, des centaines de milliers de familles se retrouvent à nouveau privées de nourriture.

Tout cela s'ajoute à la guerre que mène Israël contre l' UNRWA. Depuis sa création fin 1949, l'agence des Nations unies est le pilier du soutien international aux réfugiés palestiniens. Elle dispose de la plus grande capacité d'intervention d'urgence et offre la plus large gamme de services. Israël a interdit ses opérations et bloqué l'entrée de ses approvisionnements dans la bande de Gaza.

Grâce à un lobbying incessant, Israël a réussi à obtenir des réductions substantielles du budget de l'UNRWA. En conséquence, 600 employés ont été licenciés le mois dernier. Les salaires des autres ont été  réduits de 20 %.

L'interdiction des ONG entraînera probablement la perte de leur emploi pour des milliers de personnes. Et cela à un moment où le taux de chômage à Gaza dépasse les 80 %.

Ma famille en souffrira également. Dans le passé, nous avons bénéficié de distributions de nourriture et de produits de première nécessité par des ONG, et mon frère a pu trouver un emploi temporaire comme chauffeur pour l'une d'entre elles.

La fermeture éventuelle des organisations internationales constitue une menace directe pour la vie de centaines de milliers de civils qui dépendent de leurs services et de leurs emplois. La fermeture des postes-frontières pourrait entraîner une nouvelle famine.

Il s'agit là d'une forme de punition collective qui, une fois de plus, ne fera pas la une des journaux. Israël ne cesse d'imaginer de nouveaux moyens de rendre notre vie toujours plus insupportable, toujours plus impossible dans notre patrie dévastée.

Deux ans et demi de  génocide israélien ont détruit les  hôpitaux, les  écoles, les  universités, les routes, les réseaux d'égouts et d' eau potable, les stations d'épuration, le  réseau électrique et d'innombrables générateurs et  panneaux solaires.

La grande majorité de la population vit dans des conditions primitives, dans des tentes ou des abris de fortune qui ne peuvent la protéger de la chaleur ou du froid extrêmes. L'eau est contaminée, la nourriture est insuffisante, les  terres ont été détruites et empoisonnées.

Désormais, nous allons être privés du peu de soutien international dont nous bénéficions.

Et quel est le but de tout cela ? Nous pousser toujours plus vers le désespoir et la capitulation finale, afin de nous obliger à quitter notre patrie de notre propre chef. Un nettoyage ethnique par accord mutuel.

Toutes les organisations qu'Israël cherche à interdire sont étrangères. La plupart d'entre elles sont basées dans des pays occidentaux. Pourtant, les gouvernements occidentaux n'ont guère condamné les décisions d'Israël à l'encontre de leurs propres organisations.

Personne ne s'est indigné que l'occupant tente d'empêcher l'aide humanitaire internationale d'arriver afin de contrôler totalement la distribution de l'aide et pouvoir la  rationner à son gré.

Les punitions collectives constituent une violation du droit international. Les États n'ont pas le droit de se contenter de condamnations verbales ; ils doivent prendre des mesures et notamment imposer des sanctions au responsable de ces crimes.

Mais nous savons qu'ils n'en feront rien et que nous, à Gaza, nous continuerons de subir les punitions collectives toujours plus brutales que nous inflige l'occupant."

* Ohood Nassar est journaliste et enseignante à Gaza. Elle écrit pour  We Are Not Numbers,  New Arab, l' Institut d'études palestiniennes,  Electronic Intifada,  Al-Jazeera et  Prism.

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