02/03/2026 mondialisation.ca  17min #306354

Prisonniers du système ou prisonniers de nous-mêmes?

Par  Dominique Muselet

Emmanuel Todd cite, sur Fréquence populaire media, le livre de Philip K. Dick,  L'avant dernière vérité, en référence au mensonge de la menace russe, qu'il qualifie de science-

fiction, brandie par les élites occidentales pour terroriser leurs populations et se maintenir au pouvoir. Il mentionne notamment les dernières déclarations du chancelier allemand, Friedrich Merz, qui annonce une guerre éternelle contre la Russie, dont il fustige " l'état de très profonde barbarie", dans la plus pure tradition des nazis qui ont tué plus de 25 millions de Russes pendant la seconde guerre mondiale. Une déclaration alarmante qui fait à nouveau "planer une menace allemande sur l'Europe" d'après Todd.

L'idée de partager la dissuasion nucléaire avec l'Allemagne est d'autant plus grotesque, à son avis, que la France s'est dotée de l'arme nucléaire "pour se protéger contre l'Allemagne qui ne cessait pas de l'envahir". Quant à la Russie, elle a fait preuve jusqu'ici d'une patience exemplaire, mais elle pourrait, "compte tenu de ce que la Wehrmacht a fait en Russie, finir par s'énerver de se faire traiter de barbares par des gens qui se sont comportés comme des barbares pendant la dernière guerre mondiale".

Pour finir, Todd nous lit le synopsis de ce roman de science-fiction sorti en 1964 :

"Dans le futur, la guerre atomique mondiale a forcé les humains à vivre dans des abris souterrains.
Cela dure depuis des générations.
Toute la production est orientée vers l'effort de guerre, et jour après jour, la télé diffuse des images de désolation venant de la surface, où les robots fabriqués dans les profondeurs de la Terre s'affrontent en permanence.
Sortir des abris est illégal, mais un jour, un individu emprunte les couloirs interdits pour retrouver la surface.
S'attendant à périr sous les radiations et les attaques robotiques, il découvre des domaines verdoyants où vivent une poignée d'humains, dont la seule activité est de produire des films de guerre apocalyptiques.
La guerre est finie depuis de nombreuses années, mais les maîtres de la surface entretiennent l'illusion.
-La caverne de Platon !" commente la journaliste qui l'interviewe.

.

Oui, sauf que dans le roman d'anticipation, la fiction est orchestrée par le pouvoir, tandis que pour Platon, l'homme est surtout victime de ses propres idées préconçues, de ses croyances fausses, de son manque de curiosité, d'esprit critique et de courage.

La société contre l'état

Les auteurs de Au commencement était... attribuent l'apparition des méga-cités, vers 7000 ans avant notre ère, aux changements écologiques de la période post-glaciaire. Mais ce qui est le plus remarquable dans ces méga-sites, dont le plus connu à ce jour, celui de Taljanski en Ukraine, couvre une superficie de 300 hectares, c'est qu'on n'y a trouvé "aucune trace d'administration centrale, d'entrepôts collectifs, de bâtiments gouvernementaux, fortifications, de constructions monumentales, d'acropole, ni de centre municipal".

Il n'y a que des habitations, disposées en plusieurs rangées de cercles autour d'un "immense trou", peut-être une place gigantesque... Bien que les activités de cette métropole aient produit des richesses sur lesquelles une oligarchie aurait pu faire main basse, comme c'est le cas de nos jours, "sur une période de huit siècles on ne trouve presque aucune trace de conflit guerrier ni d'ascension d'une élite sociale".

Ce n'est pas du tout, comme le croient les occidentaux, parce que ces sociétés étaient simples ou primitives, c'est exactement le contraire : "En fait toute leur complexité s'exprime dans les stratégies mises en œuvre pour empêcher de telles choses de se produire". Pierre Clastres le démontre, lui aussi, dans  La société contre l'état.

Ces sociétés parvenaient à s'organiser horizontalement, dans la paix, la solidarité, l'égalité et la liberté. Tout le contraire de nos sociétés capitalistes suprémacistes, où une minorité, le plus souvent sans foi ni loi, exploite, vole et réprime les populations au nom de sa supériorité supposée.

L'état contre la société

Les états occidentaux sont tous aujourd'hui, à des degrés divers, des plutocraties (gouvernement des riches par les riches pour les riches) totalitaires (qui veulent contrôler la population dans tous les aspects de sa vie jusqu'à ses opinions et sa vie intérieure). Ils parviennent à soumettre les populations par la menace, la peur, la force, la propagande, le chaos, l'insécurité, le chantage, la division, la manipulation, le mensonge, le double standard, la censure, la répression policière et judiciaire, l'assassinat social et même parfois physique.

J'ai cherché sur Internet des citations qui contiennent liberté et loi.

"La liberté est le droit de faire ce que la loi permet" Charles de Montesquieu. Il se retournerait dans sa tombe, s'il voyait qu'à notre époque c'est le contraire qui est vrai, enfin pour les riches et les puissants...

"La liberté suit toujours le sort des lois, elle règne ou périt avec elles" Jean-Jacques Rousseau. C'est ce qu'on observe aujourd'hui. Le fait que la loi soit appliquée à la tête du client, ou pas du tout, a sonné le glas de l'état de droit, dont se gargarisait pourtant nos élites.

"Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la  liberté qui opprime et la loi qui affranchit" Henri Lacordaire. C'est pourtant ce qui se passe maintenant. La loi de la jungle, la loi du plus fort, a remplacé la Loi dont parlait Lacordaire, qui avait été réinstaurée par de Gaulle après la guerre, et qui est consciencieusement détruite depuis qu'il a été chassé du pouvoir par les soixante-huitards au service de l'empire américain, qui eux clamaient : il est interdit d'interdire...

Toutes les libertés dont nous jouissions au milieu du 20e siècle n'ont pas été supprimées, il nous en reste quelques-unes, celles qui précisément nous asservissent et dont je parlerai plus tard. Voyons d'abord les principales libertés bénéfiques et profitables qui nous ont été enlevées :

· La liberté d'opinion : déjà les algorithmes décident de qui a le droit de parler sur les réseaux sociaux et qui n'en a pas le droit, mais à partir du 1er septembre, nous devrons

obligatoirement valider notre carte d'identité pour les utiliser. Cette stratégie pernicieuse a pour but de couper les médias résistants, les seuls qui disent la vérité, de leur public, comme l'explique Alexis Poulin , en citant Macron qui, dans son anglais approximatif et vulgaire, a déclaré que " la liberté d'expression c'est de la connerie".

· La liberté de  manifestation, comme on le voit avec la répression qui s'est abattue sur les opposants à la réforme des retraites, les Gilets jaunes, et celle qui s'abat sur les militants qui protestent contre l'effroyable génocide des Palestiniens.

· La libre disposition de ses biens : le  diagnostic de performance énergétique (DPE) qui interdit de louer certains logements, la loi de programmation militaire qui autorise l'état à réquisitionner tous nos biens, le droit des banques de fermer nos comptes, sans explication ni recours possible, et de se servir dans nos économies en cas de faillite, nous privent de plus en plus de nos moyens de vivre et même de nous nourrir.

· La liberté de circulation, puisque l'UE peut imposer des sanctions, pour délit d'opinion, qui ont pour effet d'interdire, sans explication ni recours possible, à n'importe quel citoyen de n'importe quel pays de circuler en Europe et d'avoir accès à ses avoirs bancaires, comme  Jacques baud, Xavier Moreau et beaucoup d'autres viennent d'en faire les frais.

· La liberté d'élever ses enfants car l'Aide sociale à l'enfance (ASE ) peut vous enlever vos enfants sur simple dénonciation ou parce que vous refusez les injections Covid, sans aucune explication, ni recours possible, selon Vincent Pavan, enseignant-chercheur, maître de conférences en mathématiques à l'Université d'Aix-Marseille et auteur de "L'aide sociale à l'enfance : généalogie d'un dispositif biopolitique totalitaire". Ces enfants, que l'ASE s'approprie, sont stigmatisés, privés de la liberté de choisir avec qui ils veulent vivre, souvent considérés comme des sous-êtres et maltraités par les services sociaux.

· La liberté d'enseigner à la maison : "Longtemps considérée comme une modalité d'instruction légitime au même titre que l'école publique ou privée, l' instruction en famille (IEF) est devenue en France un régime d'exception. Depuis la loi quasi religieuse du 24 août 2021" confortant le respect des principes de la République", il ne s'agit plus d'un choix libre des parents, mais d'une autorisation annuelle à solliciter auprès de l'Éducation nationale" selon  Breizh.info.

· La liberté de soins : l'épisode Covid y a mis fin, en forçant les peuples à s'injecter un produit expérimental dont les effets secondaires sont avérés, à des fins de contrôle des populations et d'enrichissement de Big Pharma.

· La liberté de rire :  Dieudonné a été obligé de se réfugier en Espagne (suivi par plusieurs voitures de police et celles des 500 spectateurs qui avaient acheté un billet pour son spectacle prévu dans l'Aude) pour donner son one man show sur un parking, après que les documents Epstein ont révélé que c'est Ariane Rotchild, qui, par l'intermédiaire d'Epstein, a déclenché sa persécution par le ministre de l'intérieur de l'époque, le maléfique arriviste Manuel Valls.

· Et naturellement La liberté politique, car si nous avions voix au chapitre, si nous pouvions écrire la constitution et les lois, si nous pouvions choisir nos dirigeants, leur demander des comptes et les révoquer, comme  Etienne Chouard, les Gilets jaunes et tant d'autres le réclament en vain, il va sans dire, nous aurions encore toutes nos libertés et la France ne serait pas au bord de la faillite, comme s'en alarment divers économistes :

Selon Guy de la Fortelle sur Tocsin, l'inflation a augmenté de 25% depuis le covid et, dans le même temps, les rentrées de TVA ont baissé de 25 milliards. Et selon Olivier Piancentini , aussi sur Tocsin, le service de la dette consommera bientôt 20 % du budget de la France.

De plus, comme si la France n'était pas encore assez endettée et ne payait pas encore assez d'intérêts aux banques, Lecornu vient d'imposer la programmation pluriannuelle de l'énergie par décret, en contournant le Parlement. Ce qui ajoutera 400 milliards de dettes aux 3000 et quelques milliards de dette de la France (le tiers étant l'œuvre de Macron) et doublera à nouveau le prix de l'électricité qui a déjà doublé depuis 2015. Tout cela pour satisfaire le lobby de l'éolien et du solaire, et bien sûr, l'Allemagne...

Les Français en sont réduits, pour survivre, à manger le poulet et le blé avariés dont les Ukrainiens ne veulent pas et à acheter les cochonneries chinoises dont les Chinois ne veulent pas, en attendant le bœuf aux hormones brésilien.

Et ce n'est pas fini, Frédéric Bascunana [photo à droite] nous annonce que l'UE veut imposer l'état d'urgence permanent pour étouffer une fois pour toutes nos moindres velléités de protestation.

Comme je le disais plus haut, il nous ont laissé quelques libertés, comme la liberté de travailler le dimanche, la liberté de circulation (pour ceux qui n'ont pas peur de la saleté et de l'insécurité des transports publics ou qui ont les moyens de prendre l'avion), laliberté sexuelleaussi appelée pression à soulager ces messieurs, la  liberté de consommation, la liberté de louer son ventre, la liberté d'avorter, la liberté de vendre ses organes, autant de libertés illusoires, mortifères ou carrément toxiques, car, pour les exercer, soit elles nécessitent des moyens ou des circonstances dont la plupart des gens ne bénéficient pas, soit elles s'imposent à ceux qui n'ont pas d'autre choix.

À toutes ces libertés qui n'en sont pas vraiment, l'État français, qui protège les criminels qui se livrent à un génocide à Gaza et qui a distribué le mortel Rivotril dans les Ehpad pendant le Covid, vient d'ajouter la liberté de se faire euthanasier .

Dans un article intitulé  Fin de vie, suicide assisté, euthanasie : un débat sous la pression réactionnaire et de l'exterministe du système capitaliste, le professeur de philosophie et fondateur du Renouveau communiste, Georges Gastaud souligne que si à priori, il n'y a aucune raison philosophique de refuser aux gens le droit de choisir leur mort, "le débat sur la fin de vie ne peut se réduire à une question de liberté individuelle. Il doit être l'occasion d'interroger les conditions dans lesquelles nous vivons, et surtout, dans lesquelles nous mourons (...) toute législation sur l'aide à mourir doit s'accompagner d'un renforcement des soins palliatifs, d'une lutte contre l'isolement et la précarité, et d'une remise en cause des logiques capitalistes qui dévalorisent la vie humaine dès lors qu'elle n'est plus"utile", c'est à dire profitable à la classe capitaliste pour extraire de la plus-value".

Ce qui menace la France, c'est la dictature et la faillite... pas la Russie, ni l'Iran, ni la Chine !

La tentation de faire l'autruche

Dans ce contexte de misère et de peur, additionnées d'un désespérant sentiment d'impuissance devant la malhonnêteté, la gabegie, l'incurie, la corruption, le clientélisme, l'entre-soi, la cruauté, l'immoralité, l'arrogance, la bêtise, la lâcheté, la cupidité, la malveillance, la lubricité, la perversion, la fourberie, le bellicisme des ploutocrates qui détiennent tous les pouvoir dans nos pauvres pays, la tentation est grande de se détourner de l'actualité et de la politique pour ne plus souffrir.

Dans son article  Il est très possible d'être à la fois heureux et bien informé, Caitlin Johnstone cite un  tweet viral : "il est devenu difficile de s'informer sans que cela vous rende malade au point de ne plus pouvoir fonctionner.". De fait, plusieurs personnes de mon entourage m'ont dit avoir décidé de fuir les médias pour garder leur équilibre.

hard to find the balance between educating yourself on current events and not making yourself so indescribably sad that you can't properly function.

— Jett 🜲 (@iky_fwjett)  February 17, 2026

Cela revient à tenter de se protéger par une double ignorance : la première imposée par le système qui nous noie dans un tel flot de propagande mensongère qu'il devient quasiment impossible de démêler le vrai du faux, et la seconde qu'on s'imposerait à soi-même volontairement. Mais n'est-ce pas précisément cette double ignorance qui permet à la maffia au pouvoir de faire de nos vies un cauchemar ?

Personnellement, c'est le mensonge et l'ignorance qui m'ont déséquilibrée. Depuis que je regarde la vérité en face et que je cherche à comprendre ce qui se passe, ça va beaucoup mieux ! En fait, plus je trouve l'actualité révoltante, plus je sens grandir en moi la détermination de combattre ces monstres, et l'espoir d'en être bientôt débarrassée.

D'ailleurs, comme le souligne Caitlin Johnstone,

"la clé n'est pas de trouver un équilibre entre une ignorance bienheureuse et une conscience douloureuse, mais d'apprendre à trouver le bonheur dans des sources qui ne dépendent pas de la croyance illusoire que tout va bien. Nous vivons dans un univers d'une beauté explosive et nous pouvons, à chaque instant, faire des expériences incroyables. Le fait que notre monde soit en proie à la barbarie et à la bassesse humaines n'annule pas la majesté d'un oiseau dans le ciel, ni la sensation extatique du vent sur notre peau".

Toutes les libertés ne sont pas bonnes à prendre

Avec l'avènement de la société du spectacle et de la consommation, on nous a fait croire que la liberté, c'était de donner libre cours à nos désirs les plus transgressifs et à nos pulsions les plus dangereuses. S'enrichir à tout prix le jour et jouir à tout prix la nuit (la dernière mode étant le chemsex), voilà l'idéal que cette société pervertie propose à sa jeunesse, depuis mai 68. Outre que ces loisirs pervers et couteux laissent un goût de cendres dans la bouche, si les élites, surtout si elles appartiennent à des minorités protégées, échappent aux sanctions prévues par la loi (l'article L3421-1 du Code de la santé publique interdit la consommation de stupéfiants, passible d'un an de prison et 3 750 euros d'amende) ce n'est pas le cas des "moins que rien" que nous sommes, dixit Macron. On vient encore de voir un  haut fonctionnaire, qui touche 21 000 €/mois d'argent public, être simplement muté sans perte de salaire pour avoir organisé chez lui une nuit de chemsex pendant laquelle un  ancien collaborateur de Lecornu a fait une overdose.

On se laisse hélas souvent tenter d'imiter ces élites dégénérées, parce que c'est tout à la fois facile et à la mode, mais, comme nous en prévient Shakespeare, : "La liberté sans frein est toujours mariée avec le malheur".

Et, un jour, on s'aperçoit qu'on a dégringolé si bas que notre vie déraille. Il ne nous reste plus qu'à prendre le chemin opposé, celui de la renaissance, en se libérant de nos conditionnements, nos fausses croyances, nos dépendances, nos peurs, notamment de la peur de déplaire, et en apprenant à contrôler nos pulsions au lieu de les laisser nous contrôler....

Le chemin vers la connaissance et la maitrise de soi ne descend pas, il monte. Il est abrupt et décrié car il n'enrichit ni Big Finance, ni Big Pharma, ni Big Media, ni Big Armement, il n'enrichit que nous-mêmes. C'est un chemin exigeant mais combien exaltant ! Au fur et à mesure qu'on avance, l'ordre et la paix s'installent en nous, nos relations s'améliorent, nos activités deviennent passionnantes et la vie reprend toute sa saveur. On se met à apprécier ce qu'on a, à se sentir en adéquation avec l'univers, à penser par soi-même, à rendre service, à s'accepter et à accepter les autres.

Lorsqu'enfin on a trouvé sa place et qu'on remplit son rôle dans la création, on n'a plus peur de vivre ni même de mourir parce que "tout est accompli".

Et pour finir, deux ballets d'Igor Moiseyev, symboles de la beauté du monde

Suite de danses moldaves : "Hora", "Ciokyrlia", "Zhok".

Image chorégraphique "Partisans".

Dominique Muselet

Montreuil, le 28 février 2026

Image en vedette : Capture d'écran, Facebook. "L'homme est né libre, de ses penchants il se construit une prison, sans s'en tendre compte, il devient prisonnier." Khalil Gibran

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Dominique Muselet auteure et traductrice, Paris, France. Elle est associée de recherche au Centre de recherche sur la Mondialisation.

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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