25/02/2026 elcorreo.eu.org  5min #305931

Le Serpent Qui Est Ne De L'Œuf

par  Miguel Gaya

Nous savons depuis longtemps que Milei n'est pas la cause, mais un symptôme de ce qui nous arrive en tant que société, et que cette expérience n'est pas l'œuf du serpent ; c'est un serpent prêt à nous dévorer.

Les images choquantes de Milei, ses prestations pitoyables, ses tenues ridicules, ses idées stupides et néfastes nous accaparent et alimentent notre colère. Cela ne devrait pas être ainsi. Ou du moins, pas uniquement ainsi.

Nous savons depuis un certain temps que Milei n'est pas la cause, mais plutôt un symptôme de ce qui nous arrive. D'une certaine manière, Milei fait aussi partie de ce qui nous arrive, mais il n'en est pas la cause. Il n'est qu'un élément supplémentaire, un écran de fumée.

Milei a été créé, nous l'affirmons, et nous avons raison. Nous passons notre temps à chercher le père du Golem, mais il est introuvable. Ou peut-être est-il là, et son nom est si vague qu'il semble ne désigner personne. Le responsable de cette marionnette, celui qui l'a trouvée, nourrie, produite et installée, c'est le système. Un système vague, dont les noms, qui l'ont façonnée étape par étape, ne suffisent pas à définir l'existence de Milei.

On dit que les médias l'ont propulsé au sommet, mais il a fallu à la fois la télévision et l'animateur de l'émission, le co-animateur et le financeur de la publicité. Cela n'explique cependant qu'une partie de la vérité, et rien de son élection, encore moins de son gouvernement.

Ceux qui ont voté pour lui à maintes reprises, et qui continueront de voter pour lui, ne sont pas des désabusés d'hier. Ils sont de la nuit des temps, de ces lâches, ignorants et ambitieux qui ont toujours été parmi nous. Ce sont ceux qui, durant cette décennie infâme, ont accepté la fraude pour que la populace ne l'emporte pas : les détracteurs de Perón, les lecteurs du magazine Gente sous la dictature, et ceux hypnotisés par Neustadt et Tinelli ; ceux qui ont haussé les épaules tandis que leurs compatriotes étaient mitraillés sur la place publique ou jetés vivants des avions de la mort, ceux qui riaient des plaisanteries du Turc (Carlos Menem) et vénéraient le sacro-saint plan de convertibilité. Vous ne les connaissez pas ? Ne font-ils pas partie de la famille ? Ce sont ceux qui défèquent leur vote et cachent leur main.

Mais même s'ils l'ont placé sur le trône, Milei ne leur appartient pas, et encore moins ne le commandent. Il n'est pas là pour obéir à ses propres ordres, mais à ceux des autres. Aux ordres du système. Ce sont eux qui ont placé Milei là pour qu'il danse et le flatte jusqu'à l'écœurement, pendant qu'ils gouvernent et mènent le gouvernement à leur guise.

Il fut un temps où les puissants devaient faire preuve de clémence. Leur manière d'exercer le pouvoir avait un talon d'Achille : la légitimité acquise par les suffrages. Cette démocratie de façade, en réalité un système ploutocratique restreint, fut peu à peu érodée et contestée par les masses. "Avec la démocratie, on a accès à l'éducation, aux soins de santé et à la nourriture", disaient-ils. "C'est ce que dit la Constitution", proclamaient-ils, comme s'il s'agissait d'un dogme laïque. La tension entre ces deux modèles a marqué le XXe siècle : gouvernements populaires, dictatures, et bien d'autres choses encore. Mais aujourd'hui, ici, dans cette banlieue de l'Occident où nous vivons, cette clémence n'est plus nécessaire ; elle ne dissimule ni ne promet plus rien.

Aujourd'hui, et pas seulement ici, nous vivons dans le simulacre de la démocratie, une scène dégradée, un spectacle où des êtres brisés dansent sous les projecteurs, applaudis par des millions de personnes, tandis que dans l'ombre se concoctent les malheurs que nous devrons subir.

Le nœud du problème, la force motrice et la raison d'être du système, réside ailleurs. Dans l'accumulation obscène de richesses et la misère de la majorité de la population. Dans le fait que l'une est à la fois une condition et une conséquence de l'autre, et vice versa. Et cela ne peut plus être, ni n'est nécessaire, ni même souhaité, dissimulé.

Pour s'en rendre compte, il suffit de constater le démantèlement du système juridique qu'ils ont entrepris, la colonisation classiste du système judiciaire, la perversion du pouvoir législatif et la démolition des lois qui régulaient minimalement la coexistence sociale.

Et écouter la joie à peine dissimulée des riches. Toujours plus riches, toujours moins nombreux, toujours plus effrontés.

Que tout cela se fasse avec l'acquiescement ou l'indifférence de la majorité de la population, sans la moindre manifestation de ce qu'on appelle le citoyen, devrait nous alarmer. Il en résulte une classe politique si myope qu'elle légifère sur sa propre perte ; un système judiciaire qui assume sans vergogne son rôle de bras armé des puissants ; et une presse avide de scandales et de corruption. Voilà ce qui nous modèle.

Quel genre de société nous attend ? Milei avait raison : nous nous dirigeons vers une société de castes. Les puissants se font de plus en plus rares, de plus en plus invisibles et isolés. Un groupe grossier et inculte se contente des miettes qu'il gagne en agissant comme administrateurs et hommes de main. Et le reste de la population, toujours plus nombreux et jetable. Où l'existence se définit douloureusement par la lutte pour éviter la misère. Où l'appartenance à la caste acceptable n'est qu'un laissez-passer temporaire, payable au jour le jour, avec l'abîme de la pauvreté qui s'ouvre à leuxrs pieds.

Cette expérience n'est pas l'œuf du serpent. C'est un serpent prêt à nous dévorer.

Quelle sera notre réaction ? Faire semblant d'ignorer, implorer une place qui nous est refusée, ressasser de vieilles rengaines : ces stratégies ne semblent pas avoir été les plus efficaces. Miser sur un changement de vote tous les deux ans relève de l'illusion. Il serait tout aussi imprudent d'attendre d'autres pays qu'ils prennent soin de leurs morts et emportent les nôtres avec eux.

Il est peut-être temps d'adopter d'autres pratiques, d'autres stratégies, d'autres outils pour observer et modifier ce que nous avons. Cela s'est déjà produit. Cela continuera.

Miguel Gaya* pour  La Tecl@ Eñe

 La Tecl@ Eñe. Buenos Aires, le 17 février 2026.

*Miguel Gaya. Écrivain, poète et avocat spécialisé dans les droits de l'homme.

Traduit de l'espagnol depuis  El Correo de la Diáspora par : Estelle et Carlos Debiasi.

 El Correo de la Diaspora Paris, le 23 février 2026.

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