
Moon of Alabama fait un état des lieux des possibilités d'une entrée en guerre des États-Unis contre l'Iran.
Selon juin malgré le renforcement considérable des moyens militaires américains au voisinage de l'Iran, l'équilibre stratégique n'a pas changé substantiellement et reste favorable à l'Iran pour des raisons expliquées dans son article.
Il relève le peu d'enthousiasme de la haute hiérarchie militaire américaine pour une guerre qui demanderait un engagement dans la durée pour avoir une chance raisonnable d'être gagnée, c'est-à-dire d'obtenir un changement de régime et/ou une acceptation de toutes les exigences de Washington. Cette dernière hypothèse est à écarter car si le sort des armes est incertain, il est par contre hors de doute que si le gouvernement iranien cédait aux desiderata de Washington et de Tel-Aviv, c'est-à-dire s'il se privait de tout moyen de dissuasion, il serait discrédité sur la scène intérieure et très fragilisé face à des tentatives de subversion. Il deviendrait également une cible facile pour le régime sioniste qui reviendrait à la charge sous un prétexte ou un autre.
La déstabilisation interne couplée à une intervention militaire massive serait probablement le meilleur moyen pour les États-Unis d'obtenir à bref délai le résultat recherché. Le problème est qu'avec leurs alliés sionistes ils ont actionné trop tôt leurs agents qui ont échoué à déstabiliser le régime en place en janvier dernier.
Nous serons bientôt fixés sur la concrétisation ou pas d'une attaque contre l'Iran ainsi que sur la physionomie et peut-être l'issue de la confrontation.
Mounadil al-Djazaïri
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Malgré quatre semaines de préparatifs, les choix de Trump concernant l'Iran restent les mêmes
par Moon of Alabama
Il y a quatre semaines, le président américain Donald Trump a menacé la République islamique d'Iran d'une nouvelle attaque en raison de son programme nucléaire.
C'était une erreur car, comme je l'ai expliqué, l'Iran n'est pas une proie facile :
"L'Iran est cependant également prêt. Il a renforcé son armement en missiles et a promis de les utiliser contre les positions américaines au Moyen-Orient et contre Israël en représailles à toute attaque. Il a également promis de fermer le détroit d'Ormuz, par lequel transite une part importante de l'approvisionnement mondial en pétrole. Une fermeture sélective, permettant par exemple le passage des pétroliers à destination de la Chine, est également envisageable. Mais même une fermeture partielle et prolongée entraînerait une flambée soudaine des prix du pétrole et du gaz dans le monde entier, et réduirait les chances de victoire des Républicains aux élections de mi-mandat.
Les principaux alliés arabes des États-Unis au Moyen-Orient ont refusé de participer à toute intervention contre l'Iran. L'Arabie saoudite, les Émirats Arabes Unis et le Qatar ont clairement indiqué qu'ils n'autoriseraient aucune opération américaine contre l'Iran menée depuis ou à travers leur territoire. (...)
Le conflit qui se profile a peu de chances d'être aussi bref que la récente campagne de douze jours. Il pourrait facilement dégénérer en guerre d'usure...
Ce que Trump souhaite, c'est une nouvelle victoire symbolique. Comme à son habitude, il a commencé par une menace colossale dans l'espoir d'obtenir une concession mineure qui lui permettra de se défiler. Je doute que l'Iran soit disposé à lui accorder ce qu'il demande".
Depuis lors, les États-Unis ont renforcé leurs défenses aériennes dans la région et doublé le nombre de leurs forces d'attaque aérienne au Moyen-Orient.
Mais, selon un groupe de réflexion militaire américain, cela reste loin d'être suffisant pour soutenir une campagne :
"Cette force est capable de mener des frappes punitives contre l'Iran et d'assurer la protection des alliés et partenaires des États-Unis dans la région. Cependant, elle manque de Marines, de forces d'opérations spéciales (SOF) pour les raids ou les opérations terrestres, et de moyens logistiques pour une campagne aérienne prolongée. (...)
- Le niveau de force actuel est comparable à celui utilisé lors de l'opération Desert Fox, qui avait consisté en quatre jours de frappes punitives à longue portée.
- Le grand nombre d'avions cargo (C-17 et C-5M) et de ravitailleurs (KC-135 et KC-46A) se dirigeant vers le Moyen-Orient n'indique aucun déploiement de forces terrestres.
- Les forces américaines manquent d'unités d'opérations spéciales et d'unités d'infanterie nécessaires pour mener des raids ou des opérations à terre.
- Les forces disponibles sont également insuffisantes pour un changement de régime au-delà de frappes ciblées et limitées.
- Enfin, les forces disponibles sont insuffisantes pour une campagne aérienne prolongée, s'étalant sur plusieurs semaines. Cela nécessiterait un renforcement logistique considérable, ce qui est possible mais prendrait du temps supplémentaire.
D'autres analystes partagent cet avis ( archivé) :
"Les services de renseignement israéliens ont conclu que même avec l'arrivée imminente de l'USS Gerald R Ford plus tard cette semaine, les États-Unis n'ont la capacité militaire de soutenir qu'une offensive aérienne intense de quatre à cinq jours, ou une semaine de frappes de moindre intensité, a déclaré un responsable du renseignement israélien au Financial Times".
L'Iran, contrairement aux États-Unis, est capable de combattre longtemps et notamment de bloquer le détroit d'Ormuz, avec des conséquences économiques pour le monde, pendant plusieurs mois.
Le renforcement des forces américaines au cours du mois dernier n'a donc pas modifié l'équilibre stratégique.

L'Iran a les moyens de mener une longue guerre dans son voisinage immédiat, tandis que les États-Unis dépendent d'un système logistique dont la mise en place demande des mois.
La Maison-Blanche, en ordonnant ce renforcement militaire, croyait à tort que l'Iran céderait sous la pression :
"L'envoyé spécial de Trump dans la région, Steve Witkoff, a déclaré à Fox News ce week-end que le président était "curieux" de savoir pourquoi l'Iran n'avait pas "capitulé" face aux exigences américaines, compte tenu de la menace d'une attaque militaire imminente.
"Pourquoi, sous cette pression, avec la puissance maritime et navale que nous déployons, ne sont-ils pas venus nous dire : "Nous affirmons ne pas vouloir l'arme [atomique], alors voici ce que nous sommes prêts à faire ?" Et pourtant, il a pas l'air difficile de les amener à cela", a-t-il déclaré".
Si Witkoff et Trump avaient pris la peine de se renseigner un peu sur les cinq mille ans d'histoire glorieuse de l'Iran, ils auraient su que menacer son peuple ne fonctionne pas :
"Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a réagi sur les réseaux sociaux en déclarant : "Vous vous demandez pourquoi nous ne capitulons pas ? Parce que nous sommes iraniens"".
Le bluff de Trump a été démasqué. Il se trouve désormais dans la situation délicate de devoir reculer et s'exposer aux critiques du lobby sioniste, ou de ruiner sa présidence en attaquant l'Iran.
En divulguant l'information au Washington Post, l'armée américaine lui offre une porte de sortie ( archivé) :
"Alors que l'administration Trump envisage une attaque contre l'Iran, le plus haut gradé du Pentagone a averti le président Donald Trump et d'autres responsables que des pénuries de munitions essentielles et un manque de soutien de la part des alliés ajouteraient un risque important à l'opération et au personnel américain, selon des personnes au fait des discussions internes.
Le général Dan Caine, chef d'état-major des armées, a fait part de ses inquiétudes lors d'une réunion à la Maison-Blanche la semaine dernière avec Trump et ses principaux conseillers, ont indiqué ces sources, prévenant que toute opération majeure contre l'Iran se heurterait à des difficultés car les stocks américains de munitions ont été considérablement amenuisés par la défense d'Israël et le soutien à l'Ukraine par Washington".
Le manque d'options militaires satisfaisantes explique pourquoi Trump hésite à prendre la décision de mener une nouvelle guerre contre l'Iran.
Mais le temps presse. Maintenir une importante force expéditionnaire stationnée pendant des mois au Moyen-Orient coûte très cher et en diminue les capacités.
Malgré le renforcement des forces américaines, la situation stratégique de base reste inchangée par rapport à il y a quatre semaines :
"Cela laisse à [Trump] le choix de se dégonfler sans gagner ou de tout miser sur l'escalade, y compris sa présidence.
Puisse-t-il faire un choix avisé".
source : Moon of Alabama via Mounadil al Djazaïri