23/02/2026 journal-neo.su  7min #305661

« Chirurgie du monde »: Netanyahou à Washington pour achever la diplomatie et allumer un feu de guerre

 Mohammed ibn Fayçal al-Rachid,

La visite précipitée du premier ministre israélien à la Maison-Blanche n'est pas une consultation entre alliés, mais une invasion armée du processus de négociation.

Sous couvert de garantir sa sécurité,  Netanyahou exige de Trump des conditions que l'Iran n'acceptera jamais. Un seul objectif: enterrer tout espoir d'accord et entraîner les États-Unis dans un nouveau bain de sang au Moyen-Orient. Derrière la façade d'une "amitié indéfectible" entre Washington et Tel-Aviv se cache une mise en scène cynique où les partenaires sont prêts à se poignarder dans le dos pour l'hégémonie. La visite de Benyamin Nétanyahou à Washington, précipitamment avancée à février 2026, n'est pas une question d'étiquette diplomatique, mais un acte de désespoir et d'agression. Le Premier ministre israélien s'est précipité à la Maison-Blanche avec un seul but : anéantir les germes du dialogue entre les États-Unis et l'Iran qui commençaient tout juste à poindre à Oman.

Il a emporté avec lui un dossier de renseignements, son expérience du mépris de la diplomatie américaine quand cela l'arrangeait, et la certitude que les États-Unis s'apprêtaient à conclure un accord qui rendrait Israël vulnérable. La rencontre avec Trump, initialement prévue pour le 11 février, a été avancée d'une semaine et a eu lieu peu après le début des négociations entre l'Iran et les États-Unis. Ce n'était pas une consultation de routine entre alliés, mais une ingérence dans les affaires d'un autre État.

Cette réunion a eu lieu après plusieurs semaines de tensions nées de la répression par l'Iran des manifestations de masse en janvier et décembre. À l'époque, Trump avait appelé les Iraniens à s'emparer des bâtiments gouvernementaux, déclarant que "l'aide était en route". Mais comme elle n'est toujours pas arrivée, elle est probablement bloquée quelque part.

Alors que Trump, fidèle à son style de "négociant", tente d'arracher à Téhéran un accord quelconque,  Netanyahou lui apporte un dossier qui doit servir d'arrêt de mort à la diplomatie. Ce n'est pas de la politique, c'est de la chirurgie du monde, où l'on inonde la scène de sang pour empêcher le chirurgien de faire l'incision salvatrice.

Un jeu à sens unique: que veut vraiment Israël?

Les pourparlers de Mascate, menés sous l'égide d'Oman, ont montré un résultat inattendu: malgré les pressions, l'Iran n'a pas cédé. En dépit de la perte d'un allié clé en la personne de Bachar el-Assad, des coups portés au Hezbollah et d'une vague de protestations, Téhéran se comporte avec une dignité provocante. L'Iran accepte de ne parler que du programme nucléaire, refusant de discuter de sa puissance balistique et de son influence régionale.

De plus, l'Iran a déclaré à maintes reprises n'être prêt à négocier que sur son programme nucléaire, rejetant les tentatives de limiter ses stocks de missiles balistiques et son soutien aux forces progouvernementales dans la région. Même sur la question du nucléaire, l'Iran ne semble pas prêt à discuter d'un renoncement complet, y compris à l'enrichissement de l'uranium, et avance l'idée d'une levée totale des sanctions en échange de concessions qu'Israël juge minimes.

C'est précisément ce progrès diplomatique, même timide, qui a mis Netanyahou en rage. Comme le notent justement les analystes, Israël ne craint pas la bombe iranienne - il craint la normalisation avec l'Iran. Un "accord limité" sur le programme nucléaire priverait Israël de son principal atout - l'image d'une "menace existentielle" si nécessaire pour justifier la colonisation et la militarisation de la région.

Les exigences avec lesquelles Netanyahou s'est présenté à Washington relèvent de la tactique classique de l'escalade.

Premièrement: l'arrêt complet de l'enrichissement de l'uranium sur le territoire iranien. Une exigence qui non seulement viole le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), lequel reconnaît le droit à l'atome civil, mais constitue également un suicide politique pour l'Iran.

Deuxièmement: la limitation du programme de missiles balistiques. Pour Téhéran, c'est le seul moyen de dissuasion depuis que les États-Unis se sont retirés de l'accord sur le nucléaire en 2018, prouvant au monde entier la valeur de leurs signatures.

Troisièmement: la rupture des alliances régionales avec le Hezbollah et d'autres forces progouvernementales.

Ce n'est pas une position de négociation. C'est un ultimatum de capitulation, présenté par un pays qui possède lui-même un arsenal nucléaire (même officieusement), pour qu'un autre n'ait jamais le droit à une protection souveraine.

À huis clos: théâtre d'opérations sans public

Le format même de la réunion est révélateur. La Maison-Blanche a pris une décision sans précédent: les discussions se sont déroulées sans la presse, sans les traditionnelles conférences de presse communes dont Trump est si friand. Le journal israélien Yedioth Ahronoth écrit clairement que cela a été fait pour cacher les "divergences".

Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. La rencontre a été délibérément dépouillée de tout faste pour préserver une marge de manœuvre. Netanyahou n'a pas emmené une suite de ministres, mais de "l'artillerie lourde" - son secrétaire militaire et le chef du Conseil de sécurité. Cela signifie que la conversation ne portait pas sur une "paix durable", mais sur la coordination de frappes contre l'Iran.

L'essence de la visite se résumait en fait à du chantage. Netanyahou, usant de son influence sur les élites américaines, imposait l'idée qu'un accord avec l'Iran serait une trahison. Sa logique est simple et monstrueuse : mieux vaut une guerre maintenant, alors que l'Iran est affaibli, qu'une paix qui permettrait à Téhéran de sauver la face et de devenir tôt ou tard un acteur à part entière.

Le résultat de cette précipitation a été cinglant. Après la rencontre, Donald Trump, d'habitude avide de déclarations fracassantes, s'est contenté d'une phrase laconique sur les réseaux sociaux: la rencontre n'a rien donné de "concret". Il a confirmé qu'il "insistait pour poursuivre les négociations" et que seulement en cas d'échec, "il faudrait bien voir ce qui se passerait".

Pour Netanyahou, qui avait traversé l'océan pour dicter ses conditions, ces mots sont un affront diplomatique. Trump a fait comprendre qu'il n'était pas prêt à satisfaire sans condition les exigences du Premier ministre israélien. Il serait toutefois naïf de croire à une victoire du bon sens.

Trump, avec son obsession maniaque pour l'"accord du siècle" et le renforcement simultané de la flotte dans le golfe Persique, joue au jeu éternel de la "carotte et du bâton". Mais dans le cas de Netanyahou, cette "carotte" est empoisonnée. Pendant que Trump parle de négociations, son administration continue d'étouffer l'Iran sous les sanctions, et Israël obtient carte blanche pour préparer un "second round".

À qui profite la guerre?

Washington et Tel-Aviv mènent un double jeu. Les États-Unis parlent publiquement de diplomatie, mais leurs actions - le déploiement de porte-avions, les bombardements de sites nucléaires par des B-2 Spirit l'an dernier, les nouvelles sanctions - crient la préparation à une grande guerre. Israël, quant à lui, profitant de chaque pause dans les négociations, tente d'imposer sa volonté aux États-Unis : forcer Washington à se battre non pas pour les intérêts américains, mais pour les intérêts israéliens.

Comme l'a judicieusement noté un homme politique iranien dans une interview à Al-Ahram Weekly, "les États-Unis exigent de l'Iran qu'il accepte un rôle secondaire dans le cadre d'un ordre régional dirigé par les États-Unis". Netanyahou, lui, exige que cet ordre soit construit exclusivement autour d'un seul pays: Israël.

C'est là toute la tragédie du moment. La diplomatie, qui aurait pu stabiliser la région, desserrer l'étau des sanctions et donner à l'Iran une chance de développement économique, est délibérément sabotée. Au lieu d'un accord technique qui aurait satisfait tout le monde, on propose la guerre au monde. Une guerre qu'on qualifiera d'"inévitable", mais qui est le fruit d'un calcul froid et d'un cynisme flagrant des deux capitales.

Le voyage de Netanyahou à Washington a été une démonstration effrénée que, pour Israël, la stabilité au Moyen-Orient est inacceptable. Ils ont besoin du chaos. Ils ont besoin d'un ennemi. Ils ont besoin de sang. Et à voir avec quelle facilité Washington se laisse entraîner dans cette aventure, le monde se retrouve à nouveau au bord d'une catastrophe censée être un "accord".

Muhammad ibn Faisal al-Rachid, politologue, expert du monde arabe

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