
Par Paul Street, le 5 février 2026
Le syndrome d'Avakian Derangement et le timing étrange et inquiétant de l'attaque de Rolling Stone contre Refuse Fascism.
"Mes amis, si cela ressemble au fascisme, si ça sent le fascisme, si ça agit comme le fascisme, si ça s'habille comme le fascisme, si ça parle comme le fascisme, si ça tue comme le fascisme et si ça ment comme le fascisme, alors frères et sœurs, c'est bien du fascisme. Il est là, maintenant. Il est dans ma ville. Il est dans votre ville. Il faut le combattre, le dénoncer, s'y opposer, le démasquer, le renverser, le chasser et le faire disparaître !"
- Tom Morello, concert de bienfaisance à Minneapolis, le 30 janvier 2026.
"L'élément le plus marquant de la manifestation récente contre l'ICE, c'était"l'éléphant dans le salon". Pendant près de deux heures, une file interminable d'intervenants ont pris la parole par un froid glacial. Ils avaient des points de vue différents et se concentraient sur des aspects spécifiques. Mais tous avaient en commun de ne pas mentionner la nécessité de faire tomber le régime fasciste de Trump. Les intervenants de divers courants et organisations ont dénoncé ce que les gens réprouvent. Mais pas un mot sur l'urgence de chasser Trump avant qu'il ne soit trop tard. Pourtant, la plupart des manifestants que c'est l'unique moyen de se débarrasser de l'ICE et de lutter efficacement contre toutes les autres horreurs dénoncées.".
- Militant de Refuse Fascism, le 31 janvier 2026
"À bas le dictateur, maintenant !"
- Déclaration inscrite sur une pancarte lors d'une veillée en hommage à Alex Pretti, le 1er février 2026.
"Refuse Fascism se prépare depuis des années à relever ce défi, mais ses liens avec un ancien radical des années 1960 sont-ils devenus un boulet freinant son ambitieux programme ?"
- Rolling Stone, le 26 janvier 2026.
Deux slogans clairement confirmés
L'article de Rolling Stone, très critique envers Bob Avakian et l'organisation Refuse Fascism (RF), ne manque pas d'ironie, alors que RF se distingue depuis plus de neuf ans par sa vision claire et son opposition militante à Donald Trump, au trumpisme et au régime Trump [1]. Intitulé "Le groupe antifasciste en lutte contre Trump - et certains critiques de gauche", l'article a été publié au moment même où les terribles événements du Minnesota, notamment l'exécution extrajudiciaire de deux manifestants pacifiques par les forces de l'ordre chargées de faire appliquer les lois sur l'immigration de Trump, ont confirmé l'adéquation parfaite des slogans de RF avec la situation actuelle aux États-Unis et dans le monde :
- "Au nom de l'humanité, nous refusons de laisser s'installer une Amérique fasciste !"
- "À bas le régime fasciste de Trump, maintenant !"
À ce stade, honnêtement, nul ne peut nier que Trump, le trumpisme et le régime de Trump correspondent parfaitement à la définition du fascisme donnée par RF :
"Le fascisme implique un changement qualitatif dans la gouvernance de la société. Il instaure un nationalisme xénophobe, le racisme, la misogynie et la restauration agressive de « valeurs traditionnelles » oppressives. Des foules fascistes et la menace de violence se déchaînent pour développer le mouvement et consolider le pouvoir. Le fascisme repose sur une structure et une dynamique. La dissidence est progressivement criminalisée. La vérité est censurée. Groupe après groupe, les opposants sont diabolisés et pris pour cible, menant à de véritables horreurs. Ces phénomènes ont pris des proportions dramatiques sous les régimes MAGA de Trump. Une fois au pouvoir, le fascisme abolit les droits démocratiques traditionnels. Quelle que soit la manière dont il accède au pouvoir, le fascisme n'est jamais légitime. L'histoire a démontré qu'il faut enrayer le fascisme avant qu'il ne soit trop tard".
La première année de Trump au pouvoir illustre la justesse de deux points clés soulignés par RF depuis le retour au pouvoir de l'ogre orangé :
- Rien de décent ni d'équitable ne peut émaner du gouvernement américain sans destitution du régime fasciste de Trump
- Espérer voir le régime fasciste de Trump s'effondrer ou le vaincre par le biais d'élections truquées revient à capituler en toute irresponsabilité morale face aux horreurs infligées à un rythme toujours plus soutenu. (Même en supposant - ou plutôt en imaginant - des élections non truquées en 2026 et 2028, laisser le régime écocfasciste hautement destructeur de Trump-Miller-Vance-Hegseth-Rubio au pouvoir jusqu'au 20 janvier 2029, voire une année supplémentaire, n'est que pure folie).
Voulez-vous voir disparaître l'ICE (la Gestapo nationale et/ou les SS de Mein Trumpf), et pas seulement de votre propre ville ? Êtes-vous contre la suprématie blanche ? Vous opposez-vous aux attaques criminelles contre d'autres pays et soutenez-vous l'État de droit international ? Souhaitez-vous préserver un environnement viable ? Défendre l'humanité des personnes LGBT+ ? Souhaitez-vous des élections libres et équitables, des droits constitutionnels fondamentaux, des médias indépendants, le libre accès à la science, à l'éducation, à la pensée critique, à la liberté culturelle, à la vérité et à la décence humaine fondamentale ? Reconnaître et soutenir l'humanité et l'égalité des femmes ? Soutenir le droit d'asile et le droit à des conditions de vie décentes au-delà des frontières ? Soutenir un avenir qui vaille la peine d'être vécu ?
Si vous vous ralliez à la cause d'une humanité décente en répondant oui à toutes ces questions, alors vous savez bien que le régime de Trump doit disparaître, et vite, avant qu'il ne soit trop tard. Ce régime fasciste au pouvoir aux États-Unis cherche à redéfinir le gouvernement et la société américains selon des principes fascistes, c'est-à-dire génocidaires, racistes, militaristes, patriarcaux, xénophobes, nationalistes, fondamentalistes chrétiens, autoritaires et dictatoriaux. Comme l'a déclaré Tom Morello lors de son concert de charité à Minneapolis, il y a six jours :
"Mes amis, si cela ressemble au fascisme, si ça sent le fascisme, si ça agit comme le fascisme, si ça s'habille comme le fascisme, si ça parle comme le fascisme, si ça tue comme le fascisme et si ça ment comme le fascisme, alors mes frères et sœurs, c'est bien du fascisme. Il est là, maintenant. Il est dans ma ville. Il est dans votre ville. Il faut le combattre, le dénoncer, s'y opposer, le démasquer, le renverser, le chasser et le faire disparaître !"
Comme un mauvais conseil à une victime d'infarctus
Conseiller aux gens d'attendre les prochaines élections, alors que le régime fasciste de Trump n'a pas la moindre intention de les organiser de manière transparente et équitable, ni de respecter les résultats s'ils ne lui conviennent pas, relève de la négligence, voire de l'imprudence. Cela revient à dire à quelqu'un en pleine crise cardiaque de prendre deux aspirines et rendez-vous chez un très mauvais médecin - le sinistre Parti démocrate "opposition factice" ou Hollow Resistance - lui-même au plus mal et qui pourrait bien disparaître dans neuf mois et trente-trois jours. Seul un mouvement d'unité populaire massif, déterminé et durable, résolu à " unir tous ceux qui peuvent l'être, quels que soient leurs points de vue et perspectives" (selon les termes de RF dans son Appel à la conscience, appel à l'action de mars 2025), peut faire évoluer la situation. C'est ce que RF n'a cessé de revendiquer et de mettre en œuvre.
C'est précisément cette revendication essentielle, à savoir le retrait immédiat du régime Trump, qui fait défaut lors des manifestations anti-ICE justifiées et porteuses d'espoir qui ont embrasé le pays en réponse aux exécutions extrajudiciaires de Renee Gracie et Alex Pretti à Minneapolis. C'est "l'éléphant dans le salon" de ces manifestations, bien que beaucoup en soient pleinement conscients.
Le texte suivant, rédigé par un militant de RF dans une grande ville américaine, correspond en tout point à ce que j'ai pu observer et entendre dans tout le Midwest américain depuis le retour au pouvoir de Trump :
« En réfléchissant à notre expérience locale, notre équipe a généralement conclu que l'aspect le plus crucial (mais pas nécessairement évident) de ces événements a été un énorme tabou. Un nombre impressionnant d'intervenants se sont succédé pendant près de deux heures par un froid glacial. Ils ont émis des points de vue divers et se sont concentrés sur des problématiques différentes. Mais tous ont évité de mentionner l'urgence de chasser le régime fasciste de Trump. La foule a largement approuvé ces propos, manifestant bruyamment son soutien, car les intervenants ont su trouver les mots justes. Ils étaient très en colère et déterminés : "Fuck ICE", "À bas l'ICE", "Arrêtez tout", "Grève générale". Beaucoup ont également exprimé avec émotion leur solidarité envers les immigrants. Les intervenants de divers courants et organisations ont également dénoncé ce que les gens réprouvent : le racisme, le génocide à Gaza, les atteintes au pouvoir d'achat, les sommes faramineuses consacrées à la "défense" plutôt qu'à l'éducation, etc. Mais pas un mot sur l'urgence de chasser Trump avant qu'il ne soit trop tard. Pourtant, la plupart des manifestants savaient que c'est l'unique moyen de se débarrasser de l'ICE et de lutter efficacement contre toutes les autres horreurs dénoncées. Les gens l'ont bien compris, et c'est le message que nous leur avons transmis via nos banderoles, documents et autres interactions. 'Si vous voulez vous débarrasser de l'ICE, il faut faire partir Trump maintenant !' Et nous n'avons recueilli que des approbations, souvent très appuyées. »
Et c'est précisément mon expérience dans une ville universitaire "bleue" (c'est-à-dire qui vote démocrate) où les intervenants se débattent dans les ornières électorales, tout en désapprouvant gentiment les diverses exactions de Trump, sans jamais toutefois appeler à la destitution immédiate du régime fasciste. Et ce silence persiste, même si les participants, eux, reconnaissent (souvent à voix basse) que l'éviction immédiate de Trump est "indispensable pour se débarrasser de l'ICE et remettre sérieusement en cause toutes les autres abominations" ! Lors d'un rassemblement policé sur le campus d'un immense hôpital de l'administration des anciens combattants, l'un des participants m'a remis une pancarte artisanale, tandis que les intervenants libéraux prônaient le calme, la paix, le vote pour les démocrates (pas plus reluisants que ceux de la République de Weimar) et le respect du droit aux conventions collectives.
Contributions essentielles d'un "chef de secte" diabolisé
Comment et pourquoi Refuse Fascism a-t-il réussi à voir juste dès le début, contrairement à toutes les autres organisations "de gauche" du pays, à l'exception du Parti communiste révolutionnaire (RCP) ? La réponse tient en partie au fait que la direction de RF a intégré des dirigeants du RCP (Revcom) qui étudient depuis longtemps les discours et les écrits du brillant théoricien et stratège communiste révolutionnaire Bob Avakian. Avakian est un théoricien prolifique du matérialisme historique et dialectique. Depuis trois décennies, il soutient que le capitalisme américain (ou "capitalisme-impérialisme" dans le langage du RCP), ainsi que les structures et idéologies d'oppression qui l'accompagnent, telles que la domination de la classe bourgeoise, la suprématie blanche, le patriarcat, le nationalisme xénophobe et le fondamentalisme chrétien, interagissent entre elles et avec les évolutions du système capitaliste mondial, engendrant ainsi la version américaine du fascisme - un sujet d'autant plus préoccupant qu'il se joue à la tête de la superpuissance impériale la plus meurtrière de l'histoire, en pleine catastrophe climatique et dans un monde truffé d'armes nucléaires ! Selon l'analyse "scientifique" d'Avakian, avec laquelle je suis tout à fait d'accord, ce fascisme américain représente une grave menace existentielle non seulement pour la "démocratie" électorale et l'État de droit bourgeois américains, qui étaient auparavant la norme, mais aussi pour les acquis sociaux et politiques arrachés de haute luette par les mouvements populaires américains d'antan, sans oublier la menace pour l'humanité elle-même.
Les avertissements d'Avakian et l'analyse qui les sous-tend se sont pleinement confirmés pendant les deux mandats de Trump et l'interrègne pathétique de Biden, propices au fascisme. Tout comme sous Obama, la Maison Blanche de Biden a parfaitement illustré la vision d'Avakian et des Revcoms (et ma propre compréhension, acquise bien avant que je ne lise un seul mot d'Avakian), à savoir que le Parti démocrate est prisonnier du capitalisme et de l'impérialisme américains, d'où son incapacité à lutter contre le fascisme.
RF a été à l'avant-garde morale et intellectuelle de la lutte contre le trumpisme-fascisme, en grande partie grâce au travail intellectuel d'Avakian. Avakian, que Peisner qualifie d'"albatros", a été un facteur déterminant pour que RF, grâce à l'influence de ses cofondateurs et dirigeants ouvertement affiliés au RCP, "soit prête depuis des années à affronter la situation" - autrement mieux préparée que tout autre mouvement aux États-Unis, à l'exception du RCP lui-même.
Avakian ne se contente pas de présenter une analyse particulière de la manière dont les systèmes d'oppression sous-jacents qui façonnent l'Amérique et le monde ont produit le régime fasciste monstrueux de Trump. C'est aussi une réflexion cohérente et incisive sur les dérives de la gauche aux États-Unis et dans le monde, une gauche qui a laissé passer l'occasion en raison de ses nombreux travers non révolutionnaires et anti-révolutionnaires, notamment son attachement excessif et néfaste à une politique identitaire subjectiviste paralysante, l'"enlisement" fatal d'une politique électorale fétichisant les bulletins de vote, une approche économiste réductionniste et impérialiste parasitaire, un culte prolétarien dépassé, un réformisme omniprésent, un communautarisme excessif, l'entraide, l'anti-étatisme, l'anti-avant-gardisme, l'individualisme, la spontanéité, l'anti-intellectualisme, le carriérisme universitaire, etc. Ces fléaux, auxquels les Revcoms sont mieux immunisés que tout autre groupe radical grâce au long cheminement intellectuel d'Avakian, ont engendré une "gauche radical" souvent impuissante à comprendre :
- l'essence fasciste du trumpisme et les ingrédients historiques et matériels fondamentaux du cocktail fasciste américain concentrés dans la mouvance et le parti de Trump
- l'administration Trump47 est un régime fasciste en passe d'imposer une nouvelle forme de gouvernance dictatoriale.
- le besoin urgent d'un soulèvement populaire massif et pérenne pour contraindre à la destitution le régime Trump, avant qu'il ne renforce son pouvoir fasciste à la tête de la superpuissance la plus dangereuse et meurtrière de l'histoire mondiale, et avant que les préjudices infligés au monde ne soient irréversibles.
Depuis des années, je suis frappé par l'incapacité et le refus obstiné de certaines organisations marxistes autoproclamées, qu'on voit régulièrement lors des manifestations, de reconnaître l'évidence plus criante que jamais : le régime Trump est fasciste. Des militants de deux de ces groupes (que je ne nommerai pas dans l'intérêt de l'unité du front populaire) m'ont même dit, à tort, qu'on ne peut pas parler de fascisme tant que le fascisme n'a pas pleinement consolidé son pouvoir meurtrier en réprimant toute manifestation dans le sang. Cette vision absurde, synonyme de déni, explique leur inquiétante insistance à s'opposer à "l'agenda Trump" sans toutefois appeler à la fin du régime Trump lui-même.
Ce qui m'aiguille vers une autre métaphore médicale. Quiconque vous dit que nous ne sommes pas vraiment confrontés au fascisme parce que le régime ne nous massacre pas encore dans les rues, dit en substance qu'on ne souffre pas de cancer de la gorge tant qu'une tumeur maligne ne nous empêche pas d'avaler et de parler.
Et d'ailleurs, plus de 40 personnes sont mortes détenues par l'ICE depuis le retour au pouvoir de Trump, l'année dernière, et le régime Trump vient de procéder à deux exécutions extrajudiciaires publiques de manifestants à Minneapolis. Comme dit Morello : "Si ça tue comme le fascisme..."
Et après Trump ?
Comprendre et combattre le régime Trump est une chose, mais se demander ce qui se passera après sa destitution en est une autre.
Si Avakian a raison - et tout le cheminement intellectuel et politique qu'il m'a fallu accomplir au cours des trois dernières décennies me dit qu'il a raison -, le fascisme ne pourra être relégué aux oubliettes de l'histoire que lorsque l'humanité se soulèvera pour mener une véritable révolution socialiste pour éradiquer toute oppression et exploitation dans le monde, et bâtir un avenir communiste où la maxime régnante serait "à chacun selon ses besoins, à chacun selon ses capacités".
L'"ambitieux programme" de RF
Refuse Fascism est prêt depuis des années à relever ce défi, mais ses liens avec un ancien radical des années 1960 sont-ils désormais un boulet pour son ambitieux programme ?
Derrière cet éloge, certes mérité, se cache une affirmation étrange. Les années 1960 se sont achevées le 1er janvier 1970, et toute personne considérée comme radicale à cette époque devient donc un "ancien radical des années 1960". Avakian est toujours en vie, il pense et écrit encore beaucoup, faisant de lui un radical des années 2020, et non un personnage de musée d'un autre siècle (même si je ne doute pas que ses nombreux détracteurs/"critiques de gauche" adoptent volontiers l'image) !
Le "programme ambitieux" de RF ? Essayez plutôt "l'appel urgent et désintéressé de Refuse Fascism aux masses et aux organisations afin qu'elles se soulèvent contre un régime fasciste menaçant toute perspective d'avenir décent, avant qu'il ne soit trop tard".
Rolling Stone se garde ici de s'interroger sur les raisons pour lesquelles un tel programme n'est pas devenu la priorité d'autres organisations libérales, progressistes et de gauche, pourtant urgentes et nécessaires.
Le syndrome dérangeant d'Avakian (ADS)
"Aucune autre organisation, à part le RCP, n'a affirmé que ce régime est fasciste, qu'il se radicalise très rapidement et que les processus habituels de gouvernance de ce pays ne suffiront pas à y remédier",
a déclaré Andy Zee, leader du Revcom et de RF, à David Peisner.
"C'est à Avakian qu'on doit cette analyse. Sans elle, Refuse Fascism n'aurait pas vu le jour".
Cette réflexion est juste et pertinente, et mérite d'être approfondie, d'autant que Peisner reconnaît que RF "est prêt depuis des années à faire face à cette situation" (contrairement aux groupes de gauche, libéraux ou progressistes, ce que Peisner omet de mentionner).
Peisner le pense-t-il ? Au lieu de se plonger dans les écrits et les discours d'Avakian sur ces thèmes, une démarche indispensable pour réaliser un reportage responsable, Peisner a interrogé des militants de gauche marginaux américains qui ont déclaré au journaliste que le RCP n'est autre qu'un "culte de la personnalité" autour d'Avakian - et que RF doit donc être écarté. Au lieu d'aborder le sujet troublant des raisons pour lesquelles la "gauche" américaine non avakienne et anti-avakienne (dont peu d'adeptes seraient capables de citer ne serait-ce qu'une idée substantielle et sérieuse sur les écrits et les discours d'Avakian) a échoué à "identifier cette dérive [fasciste]", Peisner se contente de citer des militants "de gauche" anonymes et peu convaincants (à l'exception d'un "marxiste" inconnu nommé Max Elbaum) pour expliquer pourquoi le RCP et RF s'avéreraient soi-disant sans intérêt.
Rolling Stone s'interroge alors sur ce qui pourrait entraver la lutte contre le trumpisme-fascisme : la posture étrangement anti-intellectuelle d'une partie de la "gauche" [2] à l'égard d'un penseur communiste de premier plan qui a surpassé tous les autres penseurs radicaux par ses écrits et ses discours, et a su décrire avec précision la situation actuelle et les moyens de la surmonter ? On pourrait qualifier cela de "syndrome dérangeant anti-communiste" (ADS) vis-à-vis d'Avakian, syndrome moins préjudiciable si un autre penseur radical proche d'Avakian proposait une analyse similaire du moment historique actuel et de la manière de lui faire face. À ce jour, aucun intellectuel de ce type n'a émergé, illustrant ainsi un grand désert moral et intellectuel au sein de la "gauche".
Traduction
Dans la majeure partie de son article, Peisner prétend rester neutre, se contentant apparemment de laisser les "critiques de gauche" s'en prendre à Revcom, Avakian et RF. Cependant, il fait une exception à cette règle :
"Refuse Fascism a parfois été présenté comme un leurre destiné à attirer les progressistes qui haïssent Trump vers le culte de Bob [3]. Mais ce n'est pas le cas. Les organisateurs de Refuse Fascism que j'ai rencontrés sont sincères dans leur désir impérieux de renverser l'administration Trump. Les membres du RevCom semblent pour la plupart intelligents, bien intentionnés et sensés, tant qu'ils ne parlent pas d'Avakian".
Peisner a eu la décence de reconnaître la sincérité des militants de RF désireux de renverser Trump. Voici une version utile de la dernière phrase du passage :
"Les Revcoms de RF n'évoquent guère Avakian, car ils savent que les journalistes libéraux anticommunistes comme moi et une grande partie de la 'gauche' américaine ont des a priori négatifs à l'égard de Bob Avakian, même si nous ignorons presque tout de son travail. J'ai interrogé des militants de RF affiliés à Revcom à propos d'Avakian, et leurs réponses m'ont semblé absurdes, mal intentionnées et risibles. C'est sans doute parce que j'ai été programmé par l'idéologie de la classe dirigeante pour percevoir le communisme révolutionnaire comme un concept stupide, néfaste et irrationnel".
Peisner semble porter le fardeau de ladite idéologie.
Un timing étrange et inquiétant
Quel est donc le "programme ambitieux" cité par David Peisner ? Au risque de passer pour un complotiste, il me semble que le calendrier des attaques libérales et de gauche contre les militants de Revcom, qui ont joué un rôle de premier plan dans les mouvements sociaux et politiques américains, est pour le moins inquiétant. Il y a trois ans et demi, des groupes libéraux et de gauche favorables au droit à l'avortement ont lancé une attaque néo-mccarthyiste haineuse et calomnieuse contre Rise of 4 Abortion Rights (RU4AR), car l'un de ses trois fondateurs, le brillant communiste révolutionnaire et ouvertement "disciple de Bob Avakian", Sunsara Taylor, était également membre de Revcom. Cette attaque s'est produite juste après l'horrible décision Dobbs de la Cour suprême, laquelle réduit les femmes à l'esclavage, sans rencontrer de résistance significative et soutenue de la part du "mouvement" libéral démocrate des femmes et en faveur du droit à l'avortement. Elle survient alors que le bien-fondé et la légitimité de la position de RU4A, très critique envers la soumission servile de l'establishment du Planning familial, sont clairement établis. Le moment choisi pour lancer cette campagne nauséabonde, semblable à celle de COINTELPRO, contre RU4A n'est certainement pas le fruit du hasard.
Kristofer Goldsmith, le leader libéral de gauche de "Veterans Against Fascism" et influenceur sur les réseaux sociaux, a lancé l'automne dernier une attaque malveillante et mensongère de type néo-mccarthyiste en ligne ( Substack et Instagram ) contre RF. Il a accusé RF d'être la marionnette d'une "secte avakienne" pernicieuse [3] cherchant à prendre le contrôle de l'esprit des honnêtes militants anti-Trump, à la manière du film L'Invasion des profanateurs.
Le moment choisi par Goldsmith pour lancer son attaque est loin d'être anodin. Elle a été lancée alors que des milliers de personnes se rassemblaient à Washington, le 22 novembre, pour réclamer la destitution de Trump lors d'un événement baptisé "Remove the [Trump] Regime" [Renversons le régime [Trump]], associé à un concert anti-Trump gratuit de folk-rock progressiste avec le groupe Dropkick Murphys. Ce rassemblement suit le grand succès remporté par RF, qui a rassemblé des milliers de personnes à Washington le 5 novembre pour réclamer la démission immédiate de Trump. Tout comme le rassemblement du 14 juin, l'action du 5 novembre a attiré l'attention des médias mainstream, avec notamment un reportage élogieux dans l'émission influente de Rachel Maddow sur MSNBC.
La diffamation sans scrupules de RF par Goldsmith témoigne de sa détermination à canaliser la colère anti-Trump vers les institutions établies de manière sûre et dysfonctionnelle, alors que RF affirme que le régime Trump doit être renversé par une action de masse dès maintenant, et non après les élections de mi-mandat ou présidentielles.
- Ces élections sont trop lointaines, compte tenu des incroyables et probablement irréversibles dégâts infligés jour après jour par le régime Trump.
- Le régime Trump est prêt, et déjà en train de se subvertir.
- Le régime Trump ne respectera aucun engagement qui n'aille pas dans son sens.
L'article de Peisner dans Rolling Stone est principalement basé sur ses propres recherches menées à Washington DC il y a près de trois mois. Pourquoi n'est-il diffusé qu'aujourd'hui, alors que la terreur du régime dans le Minnesota pousse les foules à ovationner Tom Morello, après que le rockeur a déclaré : "C'est du putain de fascisme... ici... maintenant... dans ma ville... dans votre ville, et il faut y résister, le dénoncer, le contester, s'y opposer, le renverser et le chasser" ? Comme aime à dire mon ami de gauche, "Bumps" Willard : "Réfléchissez-y". De tels moments exigent-ils que certains libéraux et progressistes semi-influents, comme Goldsmith et Peisner, œuvrent pour le compte de la droite en rabaissant et marginant ceux qui pourraient rallier le peuple à une lutte à la hauteur de la menace fasciste à laquelle nous sommes confrontés ?
Les Goldsmith et Peisner de ce monde font-ils partie de l'opposition contrôlée et factice, chargée de contenir les mouvements populaires dans les limites imposées par les maîtres capitalistes et impérialistes de la nation, passés d'une démocratie bourgeoise "ordinaire" au fascisme ? Je suis incapable de décrypter les pensées de Peisner et de ses rédacteurs en chef de Rolling Stone, mais comment ne pas les soupçonner d'avoir gardé leur article en réserve pour un contexte où les événements prouveraient à nouveau, dans toute leur ampleur, la justesse du diagnostic et de la prescription de RF, influencés par Avakian ? De tels évènements exigent-ils des bonnes âmes libérales et progressistes américaines qu'elles fassent le travail de la droite en s'efforçant de rabaisser et de marginaliser ceux qui rallieraient le peuple à une lutte à la mesure de la menace à laquelle nous sommes confrontés ?
"De quel bord êtes-vous ?"
À quel camp appartiennent donc Peisner, les rédacteurs et l'éditeur de Rolling Stone, ainsi que les prétendus "critiques de gauche" à l'égard de RF évoqués par Peisner ? Nous vivons une tentative avérée de prise de pouvoir fasciste et de reconfiguration du gouvernement et de la société américains, comme Avakian l'a prédit et expliqué depuis de nombreuses années. Ces fournisseurs/victimes de l'ADS [L'Active Denial System (ADS) est un système d'armes non létales à énergie dirigée développé pour l'armée américaine par Raytheon] consacrent leur temps et leur énergie à démolir les partisans d'Avakian au sein de l'organisation qui a fait plus que toute autre pour "répondre à l'appel" - lutter pour alerter le peuple américain sur la menace fasciste qu'il affronte, lui et l'humanité tout entière, et sur la manière de la vaincre -, en grande partie grâce au travail d'Avakian. Pour enfoncer le clou, RF a toujours répondu à l'appel d'Avakian en faveur de l'unité du front populaire et de la solidarité sans faille du mouvement, au-delà des différences politiques et idéologiques - l'exact opposé de la division cynique dépeinte et encouragée dans l'étonnant article de Peisner.
Peisner et ses rédacteurs sont bien entendu libres de rejeter et de critiquer RF selon leurs propres critères, mais leur attaque anticommuniste à peine voilée contre RF et les Revcoms soulève une question intéressante : quels autres groupes, s'il en reste, se disent « prêts à saisir l'occasion » en s'attaquant au "problème flagrant" - à savoir la nécessité de chasser Trump avant qu'il ne soit trop tard ? ! RF aimerait certainement en savoir plus sur de telles organisations. RF n'a jamais prétendu pouvoir mener à bien son "programme ambitieux" en faisant cavalier seul ! RF appelle depuis longtemps tous ceux qui condamnent ce que le régime de Trump inflige à l'Amérique et au monde à s'unir, former un front commun et rendre l'Amérique ingouvernable pour des monstres fascistes dépravés et névrosés comme Trump, Stephen Miller, Russell Vought, Pete Hegseth, Sam Alito, Pam Bondi, JD Vance, Marco Rubio, Mike Johnson, Elon Musk, Larry Ellison, Joe Lonsdale, Tom Homan, Clarence Thomas, John Thune, Steve Bannon, Josh Hawley, Cory Lewandowski, et bien d'autres encore.
Peinsner, Goldsmith et d'autres libéraux et gauchistes peuvent se plaindre tant qu'ils veulent du grand méchant Bob Avakian, mais le régime fasciste enragé de Trump ne sera endigué que grâce aux idées d'Avakian, des Revcoms et de RF : « L'unique espoir de l'humanité passe par le soulèvement de millions d'honnêtes citoyens. Nous ne sommes pas en mesure d'attendre de futures élections truquées. Il faut chasser le régime fasciste de Trump du pouvoir. »
Notes
1. En toute transparence, je siège au conseil d'administration de Refuse Fascism (RF) depuis trois ans. Cela dit, le présent texte ne prétend PAS être une réponse officielle de RF à l'article de Rolling Stone sur RF. Il est possible, voire probable, que les dirigeants et les membres de RF ne soient pas d'accord avec mes propos. Je m'exprime ici en tant que commentateur politique professionnel, même si mon point de vue est bien sûr influencé par ce que j'ai vécu et appris en participant à RF.
2. Les personnes souhaitant mieux comprendre les contributions d'Avakian et ses « critiques de gauche » trouveront peut-être utiles mes articles suivants, qui peuvent servir d'introduction : « In Defense of Bob Avakian and the Revcoms » (À la défense de Bob Avakian et des Revcoms), 29 janvier 2024 thebobavakianinstitute.org ; « Against Neo-McCarthyism and More » (Contre le néo-maccarthysme et plus encore), 5 février 2024, thebobavakianinstitute.org ; « Partie 3 : Toujours plus de calomnies et de stupidité à gauche », 5 février 2024, thebobavakianinstitute.org. Une excellente introduction au « nouveau communisme » d'Avakian dans Clark Kissinger, « 85 Down, I Still Have 15 to Go... but Trump Has to Go Now », 12 janvier 2026, revcom.us. Également fortement recommandé : Ishak Baran et KJA, « Ajith : A Portrait of a Residue of the Past », Demarcations (décembre 2014), ajith_a_portrait_of_the_residue_of_the_past.pdf.
3. D'après mon expérience, l'accusation de sectarisme est grotesque. Au fil des ans, les Revcoms m'ont simplement suggéré d'inclure écrits et discours d'Avakian dans les commentaires et analyses que je consulte pour essayer de comprendre le monde et déterminer ce qu'il faut faire face au chaos mortel que le capitalisme et les structures et idéologies d'oppression qui y sont liées ont causé à l'humanité. Je procède apparemment de manière inhabituelle pour les intellectuels de gauche occidentaux en réponse à ces suggestions : j'ai lu, écouté et appris d'Avakian. Quel sectarisme de ma part ! J'ai fait de même avec Marx, Engels, Lénine, Trotsky, Mao, Gabriel Kolko, Michael Parenti, Giovanni Arrighi, Paul Sweezy, Samir Amin, Eric Hobsbawm, Raymond Lotta, EP Thompson, Eric Foner, EH Carr, Raymond Williams, CB Mcpherson, Ralph Miliband, WEB DuBois, C Wright Mills, Jean Paul Sartre, Simone de Beauvoir, William Appleman Williams, George Orwell, Rosa Luxembourg, Albert Camus, Albert Soboul, David Harvey, David Montgomery, John Bellamy Foster, Michael Yates, Ellen Meikens-Wood, Rachel Carson, Barry Commoner, Andreas Malm, Immanuel Wallerstein, David Graeber, Ralph Nader, Henry Giroux, Terry Eagleton, Arnold Kettle, Naomi Klein, Margaret George, Harry Braverman, Alex Carey, Alexander Cockburn, Patrick Cockburn, Michael Albert, Richard Wolff, Rudolph Rocker, Thomas Piketty, Doug Henwood, Noam Chomsky, et d'innombrables autres intellectuels et militants.
Je n'ai jamais vu les Revcoms faire ou dire quoi que ce soit concernant Avakian qui ressemble de près ou de loin à la dévotion servile dont font preuve les foules envers les réformateurs sociaux-démocrates Bernie Sanders et Noam Chomsky. Ces derniers ont (a) refusé à tort de reconnaître l'essence fasciste de Trump et (b) évité « l'éléphant dans le salon » : l'urgence de chasser le fasciste Trump avant qu'il ne soit trop tard. Ne me lancez surtout pas sur les cultes développés autour de Barack Obama et John Edwards pendant la campagne des primaires présidentielles dans l'Iowa, que j'ai couverte et suivie en 2007-2008 !
Traduit par Spirit of Free Speech
The Paul Street Report
The Elephant in the Room
If it looks like fascism, sounds like fascism, acts like fascism, dresses like fascism, talks like fascism, kills like fascism and lies like fascism, brothers and sisters, it's fucking fascism. It's here, it's now. It's in my city. It's in your city, and it must be resisted, protested, defended against, stood up to, exposed, denounced, ousted, overthrow...