05/02/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #303939

Agoa : un sursis commercial pour l'Afrique du Sud ou le révélateur d'une dépendance stratégique ?

Steven WILSON

La décision des États-Unis de réactiver l'African Growth and Opportunity Act (Agoa) pour une durée d'un an a été accueillie avec soulagement dans plusieurs capitales africaines, et particulièrement à Pretoria. Depuis plus de deux décennies, ce dispositif permet à des pays africains d'exporter certains produits vers le marché américain sans droits de douane, offrant ainsi un avantage compétitif crucial dans des secteurs comme l'agriculture, le textile ou certaines industries manufacturières.

Mais derrière cette  annonce qui semble positive se cache une réalité plus nuancée. La durée limitée du renouvellement, le maintien de droits de douane élevés sur plusieurs produits et les tensions politiques persistantes entre Washington et Pretoria posent une question essentielle : l'Agoa est-il encore un levier durable de développement pour l'Afrique, ou devient-il un instrument de pression dans un monde où les alliances économiques se redessinent ?

Un soulagement immédiat, mais un avantage fragile

Pour les exportateurs sud-africains, la reconduction de l'Agoa représente d'abord une bouffée d'oxygène. Les États-Unis constituent un marché stratégique, non seulement par sa taille, mais surtout par la valeur ajoutée qu'il offre. Les produits agricoles et certains biens manufacturés sud-africains y trouvent des débouchés importants, souvent plus rémunérateurs que sur d'autres marchés.

Cependant, cet avantage reste limité. Le renouvellement pour une seule année crée un climat d'incertitude qui freine les investissements. Les entreprises, qu'elles soient locales ou étrangères, ont besoin de visibilité pour planifier leurs productions, leurs chaînes d'approvisionnement et leurs expansions. Un accord commercial dont l'avenir est incertain ne constitue pas une base solide pour des décisions à long terme.
À cela s'ajoute un facteur majeur qu'est le maintien de droits de douane de 30 % sur plusieurs catégories de produits sud-africains. Cette situation réduit considérablement l'impact réel de l'Agoa. En pratique, certains secteurs continuent de subir des coûts élevés qui annulent une partie des bénéfices attendus. Le gain existe, mais il demeure partiel, voire marginal pour certaines industries.

L'Agoa, miroir des tensions géopolitiques et des recompositions économiques

Au-delà des chiffres du commerce, l'Agoa est aussi un baromètre politique. Les relations entre l'Afrique du Sud et les États-Unis se sont complexifiées ces dernières années, notamment en raison des positions diplomatiques de Pretoria sur certaines questions internationales et de son rapprochement avec d'autres puissances émergentes.

Dans ce contexte, la reconduction temporaire du programme peut être interprétée comme un signal ambivalent. D'un côté, Washington montre qu'il ne souhaite pas rompre complètement les liens économiques. De l'autre, la durée limitée et les restrictions persistantes traduisent une certaine prudence, voire une forme de pression indirecte.
Pour l'Afrique du Sud, le risque d'une exclusion future du programme constitue un enjeu stratégique majeur. Une telle décision pourrait affecter non seulement les exportations, mais aussi la confiance des investisseurs. Les marchés financiers et les grandes entreprises surveillent de près la stabilité des accords commerciaux, car elle conditionne la rentabilité des projets industriels et agricoles.

La dépendance à des dispositifs commerciaux unilatéraux, décidés et renouvelés par des partenaires extérieurs, peut-elle constituer une  stratégie de développement durable ? De plus en plus, les économies africaines cherchent à diversifier leurs marchés, notamment vers l'Asie, le Moyen-Orient ou les échanges intra-africains dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

La réactivation de l'Agoa pour un an ressemble à un répit plus qu'à une solution. Elle permet de maintenir un flux commercial vital, mais elle ne règle ni les tensions politiques, ni les incertitudes structurelles qui pèsent sur les relations entre Washington et Pretoria. Pour l'Afrique du Sud comme pour le reste du continent, l'enjeu n'est peut-être plus seulement d'obtenir des préférences tarifaires... mais de construire une souveraineté économique capable de résister aux fluctuations de la diplomatie internationale.

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