04/02/2026 linvestigateurafricain.tg  4min #303817

Mali - États-Unis : le retour du dialogue ou une partie d'échecs diplomatique au Sahel ?

Steven WILSON

La scène peut paraître banale : un diplomate américain reçu dans un palais ministériel africain, des poignées de main, des communiqués aux mots soigneusement pesés. Pourtant, la visite de Nick Checker à Bamako, ce 2 février, est tout sauf anodine. À travers ce déplacement, Washington tente de renouer un fil diplomatique distendu avec le Mali, dans un contexte sahélien profondément bouleversé par les ruptures politiques, les recompositions géostratégiques et la montée en puissance de nouveaux partenariats non occidentaux.

Depuis les coups d'État successifs et la création de la Confédération des États du Sahel (AES), le Mali a clairement pris ses distances avec ses partenaires traditionnels. Le retour d'un haut responsable américain à Bamako fait réfléchir. Les États-Unis cherchent-ils à tourner la page des tensions passées ou à reprendre pied dans une région où leur influence s'est considérablement érodée ?

Une main tendue américaine dans un contexte de méfiance assumée

La nomination récente de Nick Checker à la tête du bureau des affaires africaines du département d'État n'est pas fortuite. Sa visite au Mali intervient dans un moment où Washington semble vouloir revoir son approche du Sahel, après des années de relations heurtées marquées par des sanctions, des suspensions de coopération et une méfiance réciproque. À Bamako, le discours américain a été soigneusement calibré : respect de la souveraineté, partenariat fondé sur le respect mutuel et rejet de toute ingérence.

Ce changement de ton tranche avec les postures passées. Il traduit une prise de conscience : l'isolement diplomatique n'a pas produit les résultats escomptés, ni en matière de sécurité, ni en matière de gouvernance. Les autorités maliennes, elles, accueillent cette ouverture avec prudence. Si Bamako parle d'un partenariat « gagnant-gagnant », le souvenir des pressions occidentales reste vif, et la confiance, fragile.

Sur le plan sécuritaire, la question de la lutte contre le terrorisme reste centrale. Les États-Unis disposent encore d'une expertise, de moyens technologiques et de capacités de renseignement non négligeables. Mais le Mali, désormais engagé dans une nouvelle architecture sécuritaire avec ses partenaires de l'AES, ne semble plus disposé à accepter des coopérations déséquilibrées ou conditionnées politiquement.

L'ombre portée de l'AES et la bataille de l'influence au Sahel

La référence explicite faite par le ministre malien des Affaires étrangères à la Confédération des États du Sahel n'est pas anodine. Elle signifie clairement que toute coopération future devra s'inscrire dans une logique régionale nouvelle. Le Mali ne parle plus seulement en son nom, mais comme partie prenante d'un bloc politique et sécuritaire en construction, aux côtés du Burkina Faso et du Niger.

Pour Washington, le défi est immense. Le Sahel est devenu un terrain de rivalités géopolitiques où s'entrecroisent influences russe, chinoise, turque et désormais régionales. La volonté américaine d'élargir les discussions à d'autres pays de la zone montre une tentative de repositionnement stratégique. Mais la question demeure : les États-Unis sont-ils prêts à dialoguer avec des régimes qui revendiquent ouvertement leur rupture avec l'ordre diplomatique traditionnel ?

Sur le plan économique, les perspectives sont réelles mais encore floues. Le Mali regorge de ressources, notamment minières, et cherche à diversifier ses partenariats. Les États-Unis pourraient y voir une opportunité, à condition de proposer des investissements crédibles, respectueux des priorités locales et non perçus comme des instruments de pression politique.

La visite de Nick Checker à Bamako marque peut-être le début d'un nouveau chapitre, mais certainement pas un retour à la situation d'avant. Le Mali d'aujourd'hui n'est plus celui d'hier, et le Sahel encore moins. Entre souveraineté affirmée, alliances régionales renforcées et méfiance envers les puissances occidentales, Bamako avance désormais selon ses propres lignes.

Reste à savoir si Washington est prêt à jouer selon ces nouvelles règles, ou s'il tentera, une fois de plus, d'imposer les siennes. Au Sahel, le temps des discours est révolu : seules les actions concrètes, équilibrées et respectueuses diront si cette main tendue américaine est sincère... ou simplement stratégique.

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