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À Port-Bouët, un wôrô-wôrô, taxi collectif très utilisé à Abidjan, assure chaque jour le transport de milliers de passagers dans les quartiers populaires de la capitale économique ivoirienne.
Des taxis collectifs d'Abidjan aux plateformes régionales de paiement instantané, la monnaie électronique gagne du terrain en Côte d'Ivoire et dans l'espace UEMOA. Portée par l'essor du mobile money, cette transformation des usages facilite les transactions du quotidien, tout en posant de nouveaux défis économiques et réglementaires.
À Abidjan, payer un trajet de wôrô-wôrô en scannant un QR code est devenu courant. Les chauffeurs affichent désormais les codes des principaux opérateurs de paiement mobile, permettant aux passagers de régler leur course sans espèces. Cette pratique répond notamment au manque de petite monnaie, source fréquente de tensions dans les transports urbains et les petits commerces.
Cette évolution s'inscrit dans une dynamique régionale plus large. Selon les données de la BCEAO, le volume des transactions de monnaie électronique dans l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a connu une croissance spectaculaire au cours de la dernière décennie. La Côte d'Ivoire figure parmi les pays les plus avancés, avec un taux d'utilisation supérieur à 80 %, aux côtés du Bénin. En 2024, près de 250 millions de comptes étaient recensés dans la zone, dont environ un tiers en Côte d'Ivoire.
Un succès sous pression
Malgré cet engouement, le secteur reste fragile sur le plan financier. Les établissements de monnaie électronique continuent d'enregistrer des pertes, sous l'effet d'une forte concurrence et de politiques tarifaires agressives. Cette pression a conduit à une restructuration du marché, marquée par une réduction du nombre d'opérateurs agréés.
Pour accompagner cette mutation, les autorités monétaires ont renforcé le cadre réglementaire et lancé de nouvelles infrastructures. La création des établissements de paiement et la mise en service de la plateforme régionale de paiement instantané visent à améliorer l'interopérabilité entre acteurs et à fluidifier les échanges numériques.
Si la monnaie électronique s'impose progressivement comme un outil central de l'économie quotidienne, son succès à long terme dépendra de la sécurité des transactions, de la confiance des utilisateurs et de la capacité des opérateurs à bâtir des modèles durables. En Afrique de l'Ouest, la transition vers les paiements numériques est en marche, mais son équilibre reste à consolider.