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Un véhicule blindé appartenant aux Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes.
Un accord intégrant la zone autonome kurde à l'État syrien a été conclu entre Damas et les Kurdes. Salué par les États-Unis et la France, le texte réduit les ambitions d'autonomie tout en évitant une reprise immédiate de la guerre. Malgré certaines garanties, des incertitudes persistent sur la décentralisation et la protection des minorités.
Après des mois d'impasse politique et de combats violents, le pouvoir syrien et les autorités kurdes ont annoncé un accord qualifié de « global », actant l'intégration progressive des forces et de l'administration de la zone autonome kurde au sein de l'État syrien.
Salué par Washington et Paris comme une « étape historique », le texte marque un tournant majeur dans le conflit syrien, tout en portant un coup sévère aux aspirations d'autonomie des Kurdes du nord et du nord-est du pays.
Des brigades kurdes dans l'armée
L'accord prévoit le déploiement des forces de sécurité de Damas dans les territoires contrôlés jusqu'ici par l'administration autonome, née au cours de la guerre civile. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, conserveront toutefois une existence encadrée, intégrées à l'armée syrienne sous la forme d'une division composée de trois brigades commandées par des officiers kurdes.
À Kobané, ville hautement symbolique de la lutte contre l'État islamique, une brigade spécifique sera également incorporée à l'appareil militaire national. Les administrations civiles locales seront, quant à elles, absorbées par les institutions de l'État, avec le maintien des fonctionnaires en poste.
Pour de nombreux habitants, cet accord permet avant tout d'éviter une nouvelle guerre. « Il éloigne le spectre imminent des combats », confie un résident de Qamichli à L'Orient-Le Jour. Mais les zones d'ombre demeurent nombreuses. Le texte reste flou sur la décentralisation administrative et sécuritaire, tandis que Damas affirme vouloir reprendre le contrôle total des institutions et des postes-frontières avec la Turquie et l'Irak. Les États-Unis et la France, désignés comme garants, se sont engagés à surveiller la mise en œuvre, Paris assurant ne pas vouloir « lâcher » les Kurdes.
Si le président Ahmad el-Chareh a récemment accordé des droits nationaux à la minorité kurde, notamment la reconnaissance officielle de sa langue, la méfiance persiste. Les récents massacres visant d'autres minorités nourrissent les craintes d'une partie de la population kurde, qui redoute que l'unification ne se fasse au prix de nouvelles violences et d'une marginalisation durable.