
Jour 61 - Lettre d'une insomniaque
par Cassandre G
Soixante et un jours. Soixante-et-une nuits. Soixante et un cycles d'attente, de peur et de silence.
Anna Novikova, Vincent Perfetti, Vyacheslav Prudchenko : trois vies humaines enfermées depuis le 17 novembre 2025 - déjà deux mois. Trois histoires effacées par des numéros d'écrou. Trois personnes en détention provisoire, présumées innocentes. Et pourtant, ce ne sont pas des criminels. Ce sont des citoyens qui ont choisi l'humanité plutôt que la haine, la solidarité plutôt que l'indifférence.
Des voix commencent à s'élever. Des citoyens écrivent des lettres à Anna, contactent ses avocats, préparent des demandes de visite. Ces démarches concrètes montrent que la solidarité ne se limite pas aux mots. Chaque geste compte. Chaque citoyen qui refuse d'oublier allume une étincelle qui éclaire la nuit.
Le labyrinthe judiciaire
Anna est toujours à Fleury-Mérogis, écrou n°494701, bâtiment Peupliers. Son dossier compte plus de 3000 pages qui tournent en rond autour de ses activités humanitaires et des personnes qu'elle a pu rencontrer. Elle est assistée par des avocats expérimentés et aguerris ; deux cabinets sérieux travaillent activement sur le dossier. Anna a pu les rencontrer en prison et en a désigné un. À ce stade de l'enquête et de l'instruction, la discrétion est requise - secret de l'instruction et présomption d'innocence -, mais cela ne doit susciter aucune inquiétude : ils communiqueront en temps utile, lorsque cela sera pertinent.
Vincent Perfetti est à Fresnes. Vyacheslav Prudchenko dans une cellule dont on ignore encore le lieu exact.
Soixante et un jours sans acte d'accusation écrit transmis aux familles. Soixante et un jours de silence médiatique assourdissant. Soixante et un jours où l'arbitraire devient routine.
La première audience devant le juge n'est pas prévue avant environ un mois et demi. Chaque jour qui passe allonge l'attente, chaque nuit confirme l'arbitraire. Mais la conscience de milliers de citoyens qui refusent l'oubli est une présence qui traverse ces murs.
Le crime d'humanité
Depuis 2014, Anna a convoyé du lait, des médicaments, des peluches, vers les enfants du Donbass. Son «crime» : avoir voulu que ces vies comptent. Chaque colis, chaque sourire qu'elle a aidé à envoyer devient aujourd'hui une accusation. Des actes simples, humanitaires, transformés en espionnage.
Vincent Perfetti, soixante-trois ans, Corse, n'a fait que présider l'association. Vyacheslav Prudchenko, ukraino-français, a collé sur l'Arc de Triomphe une affiche disant «La Russie n'est pas mon ennemie».
Coller une affiche = prison. Envoyer des peluches = prison. Convoyer de l'aide médicale et humanitaire nécessaire = prison.
Il existe deux sortes d'interdits : ceux qu'on nous explique, et ceux qu'on ne nous explique jamais. Les premiers protègent l'ordre. Les seconds protègent ceux qui décident de l'ordre. Anna, Vincent et Vyacheslav ont franchi la ligne invisible des seconds.
En droit français, l'intelligence avec une puissance étrangère est une infraction grave. Personne ne le conteste. Mais lorsque les soupçons semblent naître d'un contexte géopolitique où tout engagement humanitaire d'un côté du conflit devient automatiquement suspect, et que la détention se prolonge sans éléments accablants rendus publics, une question s'impose : ne frôle-t-on pas une forme de sanction préventive pour opinion dissidente ?
Criminaliser l'empathie pour les civils du Donbass selon les fantasmes bellicistes de nos politiques, c'est ouvrir une porte dangereuse. J'y vois et perçois la volonté d'établir un délit d'opinion et un état de terreur : non pas punir des crimes, mais museler ceux qui refusent le narratif unique.
Ainsi, la longue attente en cellule devient alors un avertissement adressé à tous ceux qui osent penser autrement. Mais ce n'est pas qu'eux qu'on enferme : c'est la solidarité, la dissidence, le refus de haïr sur commande.
Le Donbass oublié
Le Donbass est la région qui a le plus souffert de cette guerre, et celle dont on parle le moins. Depuis 2014 - douze ans maintenant -, les populations civiles y subissent bombardements et répressions de Kiev. Huit ans de guerre civile, puis quatre années de guerre totale.
Le Donbass est oublié par l'Europe. Ses enfants meurent sous les bombes et les sanctions. Anna et SOS Donbass n'ont voulu qu'une chose : que ces enfants vivent. Et pour cela, on les enferme.
L'absurdité de ces accusations révèle autre chose : Anna et ses camarades ne sont pas emprisonnés pour ce qu'ils ont fait, mais pour ce qu'ils représentent. Des citoyens qui refusent la haine imposée. Des humanitaires qui agissent selon leur conscience plutôt que selon les injonctions géopolitiques du moment. Des dissidents dans une Europe qui ne tolère plus la dissidence.
Les murmures commencent
Aujourd'hui, en Europe, on condamne sans procès, on détient arbitrairement des personnes pour des mots et de l'aide humanitaire. Et trop peu de gens semblent s'en soucier. Cette affaire restera une marque indélébile de la répression et de la fascisation progressive de nos «pseudo-démocraties».
Mais le silence médiatique commence à vaciller. Des médias alternatifs publient. Des citoyens s'organisent. Des voix s'élèvent. Les craquements apparaissent toujours. L'histoire nous l'enseigne : Tarnac, Outreau, etc. - les fictions finissent par exploser quand elles ne tiennent plus.
Pour l'instant, nous sommes encore dans la phase froide, celle où les médias mainstream dorment et répètent les communiqués officiels. «Un réseau d'espions démantelé». Personne ne pose la question essentielle : et si c'était une erreur ? Et si c'était pire qu'une erreur ?
Mais la phase chaude approche. Chaque lettre, chaque article, chaque citoyen qui refuse d'oublier accélère le moment où cette affaire deviendra intenable pour ceux qui l'ont orchestrée.
Chaque lettre envoyée, chaque message adressé à Anna est un écho dans la spirale du silence. Chaque citoyen lucide est un trait de lumière dans l'obscurité.
Ce que nous pouvons faire
Face au système bureaucratique qui efface les noms et uniformise les récits, la résistance est un verbe simple : se souvenir. Se souvenir des prénoms, des visages, des histoires. Et les répéter, obstinément.
Anna. Vincent. Vyacheslav.
Chaque fois que leur nom est écrit ou prononcé, une lueur tenace s'obstine à ne pas oublier.
Chaque geste compte.
Écrire à Anna (elle reçoit bien le courrier, et ça soutient énormément son moral). Voici l'adresse :
Anna NOVIKOVA Numéro d'écrou : 494701 MAISON D'ARRÊT FEMMES de FLEURY-MÉROGIS 7 AVENUE DES PEUPLIERS 91705 STE GENEVIEVE DES BOIS CEDEX France
Écrire lisiblement en français (pas de messages codés ou symboles), photos OK, coordonnées au dos pour réponse. Pas de colis ni argent.
Selon les dernières nouvelles de la famille, Anna s'adapte aux conditions et tient moralement (visite d'un aumônier orthodoxe). Elle a reçu les vêtements envoyés. La visite consulaire reste bloquée (double nationalité).
Merci à tous ceux qui pensent à elle - chaque lettre ébranle l'arbitraire.
Son emprisonnement n'est pas une sanction pour des actes, mais une punition pour ce qu'elle représente : l'humanité, la liberté de conscience, la solidarité.
Anna Novikova n'est pas une espionne. Ni Vincent Perfetti, ni Vyacheslav Prudchenko.
Un système qui criminalise l'empathie est un système épuisé, qui craint l'humanité de ses citoyens. Il n'emprisonne pas des personnes, mais des îlots de tolérance.
Ces prévenus, séquestrés par un État à bout de souffle, sont un avertissement terrifiant : ce que nous acceptons aujourd'hui, nous le subirons demain.
Cassandre G. 17 janvier 2026 - Jour 61
Concernant l'Affaire Anna Novikova et SOS Donbass
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