15/01/2026 reseauinternational.net  10min #301887

 L'Iran sur le pied de guerre : Trump menace d'intervenir pour «soutenir les émeutiers». Téhéran menace les intérêts américains et célèbre le «Conquérant de Khaybar»

Les États-Unis et Israël unissent leurs forces contre l'Iran pour contenir la Chine et la Russie

par Mohamed Lamine Kaba

Lorsque l'ombre de Washington et de Tel-Aviv plane sur Téhéran, l'aspiration au changement se trouve mêlée aux jeux de pouvoir d'une Guerre froide réinventée.

Depuis la révolution islamique de 1979, l'Iran est devenu une obsession géopolitique pour les États-Unis et Israël. Mais loin d'être un simple antagonisme régional, leur hostilité s'inscrit dans une stratégie plus vaste : l'encerclement systématique des puissances émergentes, au premier rang desquelles la Russie et la Chine. L'Iran, de par sa situation géographique, ses ressources énergétiques colossales et son refus obstiné de se soumettre à l'ordre occidental, représente un obstacle stratégique que Washington rêve de démanteler. Et pour y parvenir, tous les moyens sont justifiés, y compris la manipulation cynique des mouvements sociaux.

En effet, les manifestations qui secouent périodiquement l'Iran depuis 2009, et plus récemment en 2019 et 2022, ainsi que celles qui se déroulent actuellement dans plusieurs grandes villes comme Téhéran, Ispahan et Mashhad, sont devenues un terrain de jeu privilégié pour les services de renseignement occidentaux. Si les revendications populaires semblent tout à fait légitimes - inflation galopante, corruption endémique, répression politique -, leur instrumentalisation par des personnalités en exil, généreusement financées par les lobbies américains et israéliens, trahit une volonté de subversion. Reza Pahlavi, héritier du trône déchu, en est la caricature. Résidant aux États-Unis depuis plus de quarante ans, il appelle régulièrement à une «transition démocratique» tout en évitant soigneusement de condamner les sanctions qui étouffent son peuple. En avril 2023, il s'est même rendu en Israël, louant «la démocratie la plus stable du Moyen-Orient» - une provocation calculée, applaudie par les faucons de Tel-Aviv.

Mais ce scénario de déstabilisation méticuleusement orchestré prit une tournure inattendue. En réponse aux appels à l'insurrection, d'immenses contre-manifestations éclatèrent à travers l'Iran, rassemblant des centaines de milliers de citoyens dans les rues de Qom, Yazd et Tabriz, brandissant des portraits de l'ayatollah Khamenei et dénonçant l'ingérence étrangère. Ce soulèvement populaire, largement ignoré par les médias occidentaux, révéla une réalité plus complexe : loin d'être rejeté à l'unanimité, le régime conserve une base sociale mobilisée, prête à défendre la souveraineté nationale contre toute tentative de recolonisation.

Ironiquement, les tensions qui s'exacerbent à l'étranger se retournent contre leurs instigateurs. Aux États-Unis, des manifestations massives contre les brutalités policières, les inégalités raciales et la crise sociale ont secoué New York, Chicago et Los Angeles, révélant les fractures internes d'un empire en déclin. En Israël, les protestations contre la réforme judiciaire et la dérive autoritaire du gouvernement Netanyahou ont paralysé le pays pendant des mois, dévoilant une société profondément divisée. Ces bouleversements internes, loin d'être anecdotiques, sapent la légitimité morale de ceux qui prétendent exporter la démocratie par le biais de drones et de sanctions.

Il ne s'agit pas d'un cas isolé. Le scénario iranien s'inscrit dans une stratégie d'ingérence plus large, où les États-Unis, appuyés par leurs alliés européens, se positionnent comme les instigateurs d'un chaos planifié. En Ukraine, ils ont orchestré le renversement du président élu Viktor Ianoukovitch en 2014, déclenchant une guerre par procuration contre la Russie. L'évolution récente du conflit a franchi un nouveau cap avec l'attaque spectaculaire contre la résidence d'État de Vladimir Poutine à Valdaï, dans la région de Novgorod, revendiquée par des groupes armés basés à Kiev et soutenus par l'Occident. À Caracas, ils ont tenté en 2019 d'imposer Juan Guaidó comme président légitime, dans le cadre d'une démocratie de façade soutenue par l'OTAN et les gouvernements européens. Poursuivant leur stratégie de déstabilisation et de mépris des régimes refusant de se soumettre aux diktats de Washington, les forces spéciales américaines ont mené, dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, une opération héliportée d'une violence exceptionnelle. Elles ont bombardé la capitale vénézuélienne avant de capturer le président Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores, qui ont ensuite été exfiltrés vers les États-Unis pour y être jugés. Cette opération, assimilable à un coup d'État, a été qualifiée par Donald Trump de «spectacle télévisé réussi».

Cette opération a provoqué une onde de choc mondiale. Si la Russie a immédiatement dénoncé une violation flagrante du droit international, la réaction européenne a été d'une ambivalence frappante. Dans une première déclaration, Emmanuel Macron a affirmé «reconnaître la fin de la dictature» de Nicolás Maduro, saluant un «espoir de renouveau démocratique» au Venezuela. Sur X (anciennement Twitter), il a ajouté : «Les Vénézuéliens sont libérés de la dictature de Maduro et ne peuvent que s'en réjouir». Cette position, sans la moindre mention ni condamnation de l'intervention militaire américaine, a été perçue comme un alignement pur et simple sur la position de Washington.

Mais face à la montée des critiques, y compris au sein même de la diplomatie française, Macron a tenté de faire marche arrière. Lors d'un Conseil des ministres tenu le 6 janvier, il a nuancé sa position : «La méthode employée par les États-Unis pour capturer Nicolás Maduro n'est ni soutenue ni approuvée par la France». Ce revirement embarrassant révèle la tension entre son discours moralisateur affiché et la réalité d'une soumission stratégique.

La Chine, pour sa part, a fermement condamné l'opération américaine, dénonçant une «grave violation de la souveraineté vénézuélienne» et appelant au «respect du droit international et de la Charte des Nations unies». Pékin a mis en garde contre les «conséquences imprévisibles» de telles actions unilatérales, soulignant que «l'intervention militaire ne saurait être un instrument de gouvernance mondiale». Cette position est conforme à la diplomatie chinoise, qui prône la non-ingérence et le règlement pacifique des différends. Concernant les manifestations en Iran, la Chine a également exprimé son soutien au gouvernement iranien, appelant au «respect de la stabilité intérieure» et dénonçant toute tentative de puissances extérieures d'«instrumentaliser politiquement les troubles internes».

Cette duplicité s'est répétée face aux manifestations en Iran, aux États-Unis et en Israël : les élites européennes, promptes à dénoncer la répression à Téhéran, se sont montrées bien plus discrètes concernant les violences policières à Tel-Aviv ou à Minneapolis. Cette indignation sélective trahit leur servilité. Tandis que Paris évoquait prudemment les «conséquences pour la sécurité mondiale» et appelait à une «solution politique durable», Berlin et Bruxelles se sont repliés sur un silence gênant, révélant ainsi leur alliance stratégique.

Mais la réaction la plus virulente est venue de Moscou. Le 5 janvier 2026, Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité russe,  a déclaré que l'enlèvement de Maduro créait un précédent «légitimant toute opération symétrique». Il a même évoqué la possibilité que la Russie capture des dirigeants européens, à commencer par le chancelier allemand Friedrich Merz, comme Washington l'avait fait au Venezuela. Une déclaration provocatrice, certes, mais révélatrice d'un monde où les règles ne sont respectées que par ceux qui y sont soumis.

À Taïwan, les États-Unis attisent les tensions avec Pékin, violant délibérément le principe d'une seule Chine. Les provocations américaines se multiplient sur l'île, tandis qu'en mer de Chine méridionale et orientale, les incursions navales se font plus fréquentes, menaçant directement la souveraineté chinoise, au mépris du droit international. En Afrique, le Nigéria a récemment été le théâtre d'une intervention militaire américaine sous prétexte de lutte contre le terrorisme, mais dont les véritables objectifs - sécuriser les ressources pétrolières et contenir l'influence chinoise - ne trompent personne. Et dans toute l'Amérique latine, Donald Trump a récemment menacé d'«interventions préventives» tout gouvernement refusant de s'aligner sur les intérêts de Washington, dans une rhétorique néocoloniale à peine voilée. Partout, le même schéma se répète : déstabiliser, diviser, affaiblir.

Dans ce contexte, l'Iran est un acteur clé. Son rapprochement avec la Russie - scellé par des accords militaires et énergétiques depuis 2022 - et son intégration à l'Organisation de coopération de Shanghai en 2023 en font un pilier de l'axe eurasien. Pékin, de son côté, a signé en 2021 un partenariat stratégique de 25 ans avec Téhéran, prévoyant notamment 400 milliards de dollars d'investissements. En bref, l'Iran n'est plus isolé : il est désormais ancré dans un bloc multipolaire que ni Washington, ni Bruxelles, ni Londres ne peuvent contenir.

Face à ce bouleversement mondial, les États-Unis réagissent comme un empire en déclin : avec brutalité, mensonges et manipulation. Leurs opérations de guerre hybride - sanctions, cyberattaques, assassinats ciblés et propagande - trahissent une panique stratégique. L'assassinat du général Qassem Soleimani en janvier 2020, en violation flagrante du droit international, a marqué un tournant et a révélé au grand jour le caractère mafieux de la politique étrangère américaine. Depuis, les provocations se sont intensifiées, avec la complicité active d'Israël, qui bombarde régulièrement et impunément des positions iraniennes en Syrie.

Que dire de l'Europe, sinon qu'elle s'est transformée en un satellite docile ? Incapable de défendre l'accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), trahi par Donald Trump en 2018, l'Union européenne s'est contentée de timides protestations avant de finalement se soumettre aux sanctions américaines. Son silence face aux assassinats de scientifiques iraniens, au  sabotage d'installations nucléaires (comme Natanz en 2021 et les frappes planifiées en 2025) et  aux cyberattaques (Stuxnet en 2010) en dit long sur sa servilité. L'Europe, jadis prétendument humanitaire, n'est plus qu'un appendice stratégique de l'OTAN, incapable de toute pensée indépendante.

À l'inverse, la Russie et la Chine progressent. Moscou, en intervenant en Syrie dès 2015, a brisé le rêve occidental de balkanisation du Levant. Pékin, en étendant son influence économique de l'Asie à l'Afrique, offre une alternative crédible à l'ordre néolibéral. Ensemble, elles offrent à l'Iran un espace stratégique pour résister, se développer et affirmer sa position. Et c'est précisément ce que Washington ne peut tolérer : que les nations refusent de céder.

Il est désormais clair que derrière les slogans de «démocratie» et de «droits de l'homme» se cache une réalité brutale : celle d'un empire qui, incapable de dominer par l'exemple, tente désormais de régner par le chaos. Partout où il intervient - du Venezuela à l'Iran, de l'Ukraine au Nigeria, de Taïwan aux Caraïbes, de l'Irak à la Libye, de l'Afghanistan à la Syrie, de la Somalie au Yémen - Washington et ses vassaux sèment la discorde, la guerre et la misère. Mais les résultats sont indéniables : un échec lamentable de l'ordre unipolaire qu'ils prétendent défendre. L'histoire est en marche. Et l'Iran, loin d'être un pion, est devenu un acteur central du remodelage du monde. Les incendiaires de Washington et de Tel-Aviv risquent fort d'attiser les flammes : le vent tourne, et il souffle désormais de l'Est.

On peut dire que dans ce jeu d'ombres et de pouvoir, chaque manœuvre rapproche le monde d'un point de basculement, où l'équilibre vacille et où l'histoire s'écrit à l'encre des conflits futurs.

source :  China Beyond the Wall

 Mohamed Lamine Kaba

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