15/01/2026 reseauinternational.net  7min #301864

«Ma morale me suffit» : l'ego de Trump, talon d'Achille de l'empire

par Mounir Kilani

La déclaration effrontée de Trump au New York Times expose au grand jour l'arrogance hégémonique des États-Unis. Dans la lecture stratégique des guerres hybrides, ce narcissisme du pouvoir américain est identifié comme une vulnérabilité majeure. Le monde multipolaire aurait tort de ne pas en faire son miel.

L'aveu obscène de l'impérialisme

Le 8 janvier 2026, dans le sanctuaire impérial du Bureau ovale, Donald Trump a craché au visage du monde une vérité que les élites américaines murmurent depuis des décennies : le droit international n'est qu'une farce pour les faibles, et le seul frein au pouvoir absolu de l'Oncle Sam serait la «morale personnelle» d'un homme rongé par son propre ego.

Interrogé par le New York Times sur les limites de son autorité de commandant en chef - au lendemain de l'invasion du Venezuela, de menaces contre l'Iran et la Chine, et du caprice d'annexer le Groenland -, Trump a répondu avec un cynisme désormais familier :

«Ouais, il y a une seule chose. Ma propre morale. Ma propre conscience. C'est la seule chose qui peut m'arrêter. (...) Je n'ai pas besoin du droit international. Je ne cherche pas à faire de mal aux gens».

Et, comme pour dissiper tout malentendu sur son respect des normes :

«Oui... mais ça dépend de ce qu'est votre définition du droit international».

Cette sortie n'est pas une gaffe isolée d'un histrion. C'est l'aveu brut d'un système impérial qui se considère au-dessus de tout : lois, traités, souveraineté. Trump, milliardaire de l'immobilier recyclé en président, incarne à la perfection l'exceptionnalisme américain - cette idéologie qui justifie invasions, coups d'État et pillages depuis plus de deux siècles. Des massacres amérindiens aux bombes sur Hiroshima, du Vietnam à l'Irak, les États-Unis n'ont jamais obéi qu'à leur propre «morale» : celle du plus fort.

Trump n'est pas une rupture ; il est une levée du refoulement. Là où ses prédécesseurs enveloppaient la domination dans un langage humanitaire, lui assume la nudité du rapport de force. Ce n'est pas une dérive, c'est une clarification.

Ce moment de vérité brute s'inscrit dans une dynamique historique : les empires en fin de cycle engendrent des figures de pouvoir hyper-personnalisées et narcissiques. De Rome à l'Empire britannique après Suez, la personnalisation extrême du pouvoir accompagne toujours le déclin. Trump n'est pas seulement un individu excessif ; il est un symptôme. Un diagnostic pour les manuels du futur : «syndrome de l'empire tardif, phase terminale narcissique».

L'hypocrisie occidentale à nu : un «ordre fondé sur des règles»... pour les autres

Cette déclaration intervient au pire moment pour un empire en déclin. Quelques jours après l'opération commando au Venezuela - violation flagrante de la Charte de l'ONU, maquillée en «libération humanitaire» -, Trump parade en conquérant romain, évoquant une prolongation de l'occupation pour «sécuriser» les ressources pétrolières.

Comble du grotesque, il publie sur Truth Social une fausse capture d'écran le présentant comme «Acting President of Venezuela» depuis janvier 2026. Le président américain se proclame chef d'un État souverain, tournant en dérision le principe même de souveraineté. Le narcissisme ne se dissimule plus ; il se pavane.

L'Europe, fidèle vassale, bredouille des protestations sans conséquence. Emmanuel Macron, après avoir salué la chute de Maduro, ose une critique timorée. La presse française rappelle mollement les principes du droit international - principes qu'elle oublie si commodément quand il s'agit de soutenir les aventures atlantistes en Ukraine ou en Syrie.

Mais qui trompe-t-on ? Les États-Unis n'ont jamais respecté l'«ordre fondé sur des règles» qu'ils imposent aux autres. Ils paralysent l'ONU quand elle les contrarie, ignorent la Cour pénale internationale sauf pour poursuivre des dirigeants africains, et piétinent les accords dès qu'ils menacent leurs intérêts.

À cette hypocrisie juridique s'ajoute une réalité matérielle : l'impérialisme américain est d'abord économique. Le dollar comme arme, les sanctions comme siège, l'énergie comme butin. Le Venezuela n'est pas une cible idéologique, mais comptable.

La Doctrine Monroe version 2.0.
L'hémisphère ? Une table de marché.
Le Venezuela, lui, est aujourd'hui en promotion : «libération forcée». Faites vos jeux.

Trump ne fait que déchirer le masque. Son «je n'ai pas besoin du droit international» est la devise officieuse de Washington. Cette arrogance narcissique n'est pas un accident ; c'est le cœur même du système.

En affirmant ne reconnaître que sa «morale personnelle», Trump nie explicitement l'article 2 §4 de la Charte des Nations unies. Ce n'est plus une infraction ; c'est une déclaration de sécession juridique.

Groenland : du caprice grotesque à la menace assumée

Le projet d'annexer le Groenland n'est plus une provocation marginale. Entre le 9 et le 11 janvier 2026, Trump multiplie les déclarations sidérantes : les États-Unis «vont faire quelque chose là-bas, qu'ils le veuillent ou non» ; la défense groenlandaise se résume à «deux traîneaux à chiens» ; une annexion préventive se justifie face à la Russie et la Chine.

Face à cette arrogance coloniale décomplexée, l'ensemble des partis groenlandais répond sans ambiguïté : «Nous ne voulons pas être américains».

La scène est révélatrice : ce qui est présenté à Washington comme une nécessité stratégique est vécu ailleurs comme une agression. L'arrogance trumpienne n'est pas une maladresse verbale, mais une politique de prédation assumée, fondée sur le mépris des peuples jugés trop faibles.

Un précédent dangereux est posé : si l'annexion devient une option déclarative pour une grande puissance, plus aucune frontière n'est juridiquement stable.

Un impérialisme sans frontières : Cuba, Colombie, Mexique sous pression

L'agression contre le Venezuela n'a pas refermé la séquence de menaces. Depuis la capture de Maduro, Trump désigne de nouveaux ennemis régionaux. Cuba est accusée d'avoir fourni des agents de sécurité au régime - agents que Trump a cyniquement déclarés «morts». La Colombie et le Mexique sont sommés de coopérer, sous peine de représailles.

Le message est limpide : l'Amérique latine demeure une zone de chasse impériale. Le Venezuela n'est pas une exception ; il est un précédent.

Réactions internationales : l'ordre mondial fissuré

Face à cette escalade, l'ONU a exprimé de «graves préoccupations». La Chine, la Russie, le Brésil et plusieurs pays du Sud global ont condamné fermement l'opération et les déclarations de Trump.

Plus révélateur : certains alliés traditionnels reconnaissent désormais que lorsque des membres permanents du Conseil de sécurité violent ouvertement le droit international, ce ne sont pas seulement des règles qui sont bafouées, mais la crédibilité même de l'ordre international issu de 1945 qui s'effondre. La police du monde vient de s'auto-dénoncer. Le suspect principal est le gardien de la paix. Fin de la partie.

Le narcissisme comme talon d'Achille stratégique

Dans la pensée stratégique russe des guerres hybrides, Trump apparaît comme l'archétype du narcissique politique : obsédé par sa grandeur, avide d'admiration, prévisible dès lors que son ego est attaqué. Cette hypertrophie de l'ego n'est pas une pathologie individuelle. Il est la forme concentrée d'un narcissisme impérial collectif. Lorsqu'un empire ne paie jamais le prix de ses crimes, il finit par confondre puissance et impunité.

Dans les guerres hybrides, un dirigeant comme Trump réagit de manière impulsive, disproportionnée, souvent autodestructrice. Toucher à son image de «gagnant», c'est l'exposer à des erreurs coûteuses. La réponse efficace n'est ni l'imitation ni la surenchère, mais le contre-narcissisme stratégique : froideur, durée, coalition.

L'Occident décrit Trump comme «imprévisible». C'est faux. Il est émotionnellement lisible et stratégiquement brut. Ce qui manque, ce n'est pas la prévisibilité de Trump, mais la volonté d'exploiter rationnellement ses failles.

Trump n'est que le symptôme : déconstruire l'empire

Ne nous y trompons pas : Trump n'est pas une anomalie. Il est le produit pur d'un système gangrené par l'impérialisme, le capitalisme prédateur et le suprématisme occidental. Démocrates ou républicains, les crimes sont les mêmes ; seuls changent le ton et le vernis moral.

Cette «morale personnelle» n'est qu'un euphémisme pour le pillage planétaire. Face à cela, le monde multipolaire doit accélérer : renforcer les BRICS, contourner le dollar, bâtir des alliances souveraines - et exploiter sans relâche les failles narcissiques de ses adversaires.

L'heure de la revanche multipolaire

La phrase de Trump du 8 janvier 2026 est un cadeau empoisonné pour Washington. Elle révèle au grand jour l'hypocrisie d'un empire à bout de souffle. Ce narcissisme n'est pas une force ; c'est une bombe à retardement.

Ce n'est pas la morale qui arrête l'empire.
Ce n'est pas le droit qui freine l'hégémonie.
Ce sont les rapports de force.

L'empire américain ne tombera pas sous les bombes ennemies, mais sous le poids de son propre miroir.
Trump y contemple sa grandeur imaginaire.
Le monde, lui, apprend enfin à briser le verre.

Le temps des Yankees dominateurs touche à sa fin.

 Mounir Kilani

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