08/01/2026 legrandsoir.info  9min #301263

 Des dizaines d'Ong interdites par Israël dès le 1er janvier

Lorsque l'aide est prise pour cible : lecture de la décision d'Israël d'interdire les organisations internationales de secours

Rasem BISHARAT

Dans une démarche aux dimensions politiques et humanitaires graves, les autorités d'occupation israéliennes ont informé 37 organisations internationales de secours de la suspension de leurs activités dans les territoires palestiniens, en particulier dans la bande de Gaza, à compter du 1er janvier 2026. Cette décision a été prise sous le prétexte du non-respect par ces organisations de nouvelles règles imposées par Israël, relatives aux procédures d'enregistrement et à la fourniture de données détaillées concernant leur personnel.

Israël a justifié ces nouvelles règles par des considérations sécuritaires, affirmant qu'elles visent à empêcher ce qu'il qualifie d'« entités hostiles ou soutenant le terrorisme » d'opérer dans les territoires palestiniens. Les autorités israéliennes ont précisé que des accusations telles que l'atteinte à la « légitimité d'Israël », le soutien à des poursuites judiciaires contre des soldats de l'armée israélienne, la négation de l'Holocauste ou la remise en cause des événements du 7 octobre 2023 constituent des motifs suffisants pour le retrait des licences des organisations concernées.

La liste des organisations visées comprend des institutions internationales de premier plan qui constituent l'épine dorsale de l'action humanitaire à Gaza et qui interviennent dans des domaines vitaux tels que la médecine d'urgence, l'aide alimentaire, la protection de l'enfance, le soutien aux réfugiés et la fourniture de services aux personnes en situation de handicap. Cette décision représente ainsi un coup direct porté à la structure humanitaire déjà fragile du territoire. Parmi les organisations les plus notables figurent : Action Against Hunger, ActionAid, CARE, le Danish Refugee Council (DRC), Médecins Sans Frontières, le Norwegian Refugee Council (NRC), Oxfam Novib, Première Urgence Internationale (PUI) et l'International Rescue Committee (IRC).

Les objectifs réels derrière la décision israélienne

Une lecture attentive des positions officielles israéliennes et du contexte politique et sécuritaire entourant cette décision révèle un ensemble d'objectifs non déclarés qui dépassent le cadre administratif annoncé. En premier lieu, Israël cherche à exercer un contrôle accru sur la circulation de l'information et sur la structure humanitaire opérant dans la bande de Gaza, en exigeant la transmission de listes détaillées des employés palestiniens et des organisations partenaires, sous le prétexte de prévenir ce qu'il qualifie d'« infiltration » ou d'éventuels liens avec des entités qu'il classe comme terroristes.

Parallèlement, il est probable que l'interdiction faite aux organisations internationales de travailler sur le terrain réduise la présence de témoins internationaux indépendants, ceux qui documentent la situation humanitaire et les violations liées au déroulement des opérations militaires, limitant ainsi la diffusion de récits de terrain contredisant la narration officielle israélienne.

Cette décision s'inscrit également dans un contexte plus large de manœuvre politique en temps de guerre, dans la mesure où la réduction du rôle des organisations humanitaires permet au gouvernement israélien de recentrer le débat international sur un discours strictement sécuritaire et de se présenter comme une partie engagée dans une lutte contre le « terrorisme », au détriment de la mise en lumière des conséquences humanitaires catastrophiques du conflit.

Cette orientation est indissociable d'une volonté plus profonde d'affaiblir la présence de la société civile internationale dans les territoires palestiniens, à travers l'imposition de restrictions juridiques et administratives qui entravent le travail des organisations non gouvernementales et limitent leur capacité à fournir de l'aide. Cette tendance s'inscrit dans un contexte de relations tendues et cumulatives entre Israël et plusieurs de ces institutions au cours des dernières années, à la suite de rapports et de critiques portant sur ses pratiques dans les territoires palestiniens occupés.

L'impact de la décision israélienne sur la vie des Palestiniens

Les répercussions de cette décision se traduisent de manière directe et sévère dans la vie des Palestiniens, car elle menace de saper ce qui subsiste du système d'aide humanitaire dans la bande de Gaza. Les organisations frappées par l'interdiction constituaient un pilier essentiel dans la fourniture de services vitaux ne souffrant aucun retard, notamment les soins médicaux d'urgence, l'aide alimentaire, le soutien aux réfugiés et les programmes de protection. La paralysie de leur action engendre un vide dangereux dans les services de base, à un moment où le territoire se trouve déjà au bord de l'effondrement humanitaire.

Il est attendu que les civils en paient le prix le plus élevé, en particulier les groupes les plus vulnérables tels que les enfants, les personnes malades et les personnes en situation de handicap. Ces catégories dépendent presque entièrement des programmes de ces organisations pour l'accès aux soins, à l'alimentation et au soutien psychosocial, ce qui fait de la suspension de leurs activités un facteur direct de la détérioration des conditions sanitaires et de l'augmentation de taux de mortalité évitables.

Dans une perspective plus large, cette décision aggrave la crise humanitaire persistante à Gaza, où la population souffre d'une pénurie aiguë de nourriture, d'eau potable et de services de santé. Avec le retrait ou la paralysie des acteurs humanitaires internationaux, l'effondrement de l'infrastructure de services s'accélère et la souffrance d'une population assiégée sous le poids de la guerre et des restrictions continues s'intensifie.

Les effets de cette mesure ne se limitent pas au seul contexte palestinien, mais s'étendent à l'érosion de la confiance de la communauté internationale dans les mécanismes mêmes de l'action humanitaire. Cette décision envoie des signaux préoccupants aux bailleurs de fonds et aux organisations internationales quant à la fragilité de l'environnement de travail humanitaire dans les territoires palestiniens, ce qui pourrait avoir un impact négatif sur le financement futur des programmes de secours et menacer leur pérennité dans l'une des régions du monde les plus dépendantes de l'aide.

Le rôle de la légitimité internationale face à cette décision

La décision israélienne de suspendre les activités d'organisations internationales de secours dans les territoires palestiniens a suscité de vives critiques de la part des Nations unies et de l'Union européenne, dans un contexte marqué par des avertissements quant à de graves conséquences humanitaires pour la population de la bande de Gaza.

Depuis Genève, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a qualifié la décision israélienne de « scandaleuse », mettant en garde contre le fait que la suspension « arbitraire » des activités des organisations humanitaires ne ferait qu'aggraver une situation déjà catastrophique à Gaza. Türk a appelé les États disposant d'une influence à agir de toute urgence et à exercer des pressions sur Israël afin de permettre immédiatement et sans conditions l'acheminement de l'aide humanitaire.

À Bruxelles, l'Union européenne s'est jointe à cette vague de critiques, avertissant que la décision entraverait l'arrivée d'une aide vitale dans un territoire ravagé par deux années de guerre. La commissaire européenne Hadja Lahbib a souligné que Bruxelles avait été claire dans son rejet de l'application de la loi sur l'enregistrement des organisations non gouvernementales dans sa forme actuelle, insistant sur le fait que le droit international humanitaire « ne laisse aucune place au doute » quant à l'obligation d'acheminer l'aide vers les personnes dans le besoin.

Les organisations internationales et les agences des Nations unies s'accordent à considérer que les mesures israéliennes récentes ne peuvent être dissociées de violations graves des principes du droit international humanitaire, lequel impose à la puissance occupante une obligation claire de garantir l'accès de l'aide humanitaire aux populations vivant sous occupation. Ces entités avertissent que l'entrave à l'action humanitaire ne met pas seulement en danger la vie des civils, mais touche de manière particulière les groupes les plus vulnérables, constituant une violation directe des principes fondamentaux régissant la protection des civils en période de conflit armé.

Face à ces développements, le rôle de la légitimité internationale apparaît comme un élément déterminant pour faire face aux conséquences de cette décision, ce qui exige une action à plusieurs niveaux. En premier lieu, une réponse humanitaire urgente s'impose, fondée sur l'exercice de pressions réelles sur Israël afin de permettre la poursuite des activités des organisations humanitaires, en particulier celles qui fournissent des services vitaux, ainsi que sur la garantie de l'entrée de l'aide par des points de passage sûrs, sans entraves administratives ou politiques empêchant son acheminement vers les bénéficiaires.

Sur le plan juridique et des droits humains, il convient d'activer les mécanismes internationaux de responsabilisation, en impliquant la Cour internationale de Justice et les organisations spécialisées en droits humains afin d'examiner la légalité de ces décisions et de déterminer si elles constituent une violation des Conventions de Genève ou des instruments internationaux pertinents. Il est également essentiel de soutenir les commissions internationales d'enquête chargées de documenter les violations affectant les civils et le personnel humanitaire.

En matière de coordination internationale, la nécessité d'une position unifiée de la communauté internationale et des organisations régionales - telles que l'Union européenne, les Nations unies et l'Organisation de la coopération islamique - se fait de plus en plus pressante, afin d'exercer une pression politique et diplomatique concertée pour contraindre Israël à revenir sur cette décision ou à la modifier. Dans ce contexte, la mise en place de mécanismes internationaux de surveillance indépendants apparaît comme une option indispensable pour garantir la sécurité du personnel humanitaire et protéger l'action de secours contre toute attaque ou entrave.

Conclusion

Israël a justifié ces décisions en affirmant qu'elles reposent sur ce qu'il qualifie de critères de « transparence » et sur la lutte contre le terrorisme, soutenant que leur objectif est d'empêcher l'instrumentalisation de l'action humanitaire par des acteurs hostiles ou liés au mouvement Hamas. Toutefois, ces affirmations soulèvent des interrogations croissantes quant à l'utilisation éventuelle des considérations sécuritaires comme couverture visant à restreindre l'action humanitaire et à réduire la présence internationale témoignant de ce qui se déroule à Gaza.

Entre les justifications israéliennes et les avertissements internationaux, les civils de Gaza demeurent pris au cœur d'une crise humanitaire qui ne cesse de s'aggraver, tandis que l'étau se resserre autour des entités qui constituent le dernier lien vital pour des millions de personnes affectées.

Dr Rasem Bisharat
docteur en études de l'Asie occidentale et commissaire aux relations extérieures auprès de l'Organisation Al-Baidar pour la défense des droits des Bédouins et des villages menacés en Palestine

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