
par Patrick Reymond
Le monde est bâti sur le pétrole, mais tous les dérivés du pétrole ne se valent pas.
- L'invisible, auquel personne ne pense, le goudron. Et oui, si certains disent qu'il faudra passer à la voiture électrique, c'est être complétement aveugle. La voiture dépend essentiellement du réseau. Sans goudron, point de routes (ou alors dans quel état pitoyable !), et il en faut beaucoup, ne serait ce que pour l'entretien.
En France, le chiffre qui court sur les besoins (entretien + extension), c'est 5 millions de tonnes; alors qu'on en dispose de 2.5. Cherchez l'erreur. Donc, le réseau considéré comme "secondaire", est à l'abandon au profit des grandes métropoles et grands axes. Les préfets, apparemment bloquent tout ce qu'ils peuvent de projets considérés comme ne desservant pas des bassins de populations assez important. Bien sûr on ne parle pas de pénurie, mot tabou, mais essentiellement de finances comme alibi. De fait, la pénurie fait flamber les prix et désavantage les moins fortunés des autorités politiques locales. Point à la ligne.
- les fiouls lourds utilisés par la marine marchande (ou pas), très denses en énergie, c'est avec le goudron, un quasi résidu, mais indispensable, que de petits rigolos voulaient faire interdire, mais bon, ils nous ont toujours pas dit ce qu'ils feraient de ces fiouls lourds, une fois qu'ils ne seraient plus utilisés dans la marine ? Mieux le raffiner ? Est ce possible. De fait, remplacer les fiouls lourds, c'est surtout les faire brûler dans les endroits où l'on est le moins regardant, les pays les plus pauvres, et, quand les pays dits riches régresseront, ils y reviendront aussi.
- l'essence des véhicules particuliers. Le secteur automobile, a au fond été développé pour utiliser ce qui n'était à l'origine qu'un résidu aussi, si l'on excepte le détachant pour vêtements. De fait, vu les quantités produites, le seul usage de détachant était très insuffisant Pendant longtemps, d'ailleurs, la démocratisation de la voiture n'a pas été d'actualité. Et elle se dé-démocratise. Le maintien de la flotte automobile en France provient du fait que si on compte très bien les véhicules neufs mis en circulation, on compte très mal ce qui ne circulent plus et qui rouillent tranquillement, surtout dans les campagnes, sans que les fichiers administratifs en tiennent compte et puissent en tenir compte. Et ce chiffre peut être très important.
De plus, le maintien du parc automobile ne se fait qu'avec un vieillissement important des voitures, d'abord, beaucoup plus fiables qu'avant.
- Les fiouls moyens de l'aviation, de l'agriculture, de la pêche, du chauffage, et des liaisons venant des ports/aéroports, vers les centres de transformation et des transporteurs assurant les liaisons internes.
De fait, s'il y a quelque chose d'absolument en décroissance, c'est le chauffage, quelque chose d'absolument futile à 90%, c'est le transport aérien et le tourisme à longue distance (aérien ou terrestre). Mais le tourisme est lié, surtout, et sa fréquence, surtout, à la position sociale. Le très riche voyage énormément, les 20% les plus aisés, beaucoup, et ce jusqu'à la caricature, à tel point que ce globe trotter voit cela comme le sens de la vie. Il lui sera très difficile ne serait ce que de l'envisager, avant que le sol ne se dérobe sous ses pieds
Socialement, la baisse marquée en août de la consommation pétrolière en France est très divergente :
- Le carburant routier baisse de 6.6%,
- le gazole baisse de 9.2%,
- L'essence baisse de 2%,
- le fioul domestique devient marginal et baisse de 45%,
- le carburéacteur des gens riches (plus 1.4%), augmente. Clair résultat en réalité d'une réalité multiséculaire : la lutte des classes. Le haut de la société ne se prive pas de ses voyages, indispensables selon eux, et fait reposer l'ajustement sur les 80% les moins aisés.
Les coups de sabre sur la protection sociale, la flambée de l'inflation sur les carburants, produit exactement le même résultat politique que la politique allemande de 1930-1933, celle de Bruning notamment : la flambée des extrêmes, la déclassification de la classe politique dite "modérée", en fait, totalement extrémiste dans sa soumission à Washington, à l'euro, à l'Allemagne, au libéralisme économique.
Dernière nouvelle en date, l'aéroport de Vatry (Paris), qui sert d'aéroport surtout de fret, vire tout le monde. Il n'y a plus d'avions chinois qui arrivent. La nouvelle taxe sur les petits colis (chinois), a fait chuter le trafic, sans impressionner beaucoup le monde économique d'Extrême Orient. Au lieu d'acheminer des petits colis, les plate-forme comme Ali express et autre livrent de grosses quantités en Europe (donc, non imposés en dehors des frais de douane ordinaires), et expédie à partir de stockages européens, sans cette nouvelle taxe C'était cousu de fil blanc, et sur le site d'Ali express, il est de plus en plus souvent indiqué "envoi local". En gros, il a fallu moins de trois mois aux Chinois pour s'adapter, et Macron et "L'Europe", pour passer pour des cons. De toute façon, cette taxe, vu le différentiel de prix, n'est pas compétitive.
- La crise de l'agriculture et de la pêche, dépendante du prix du fioul est aussi le résultat de ce gaspillage d'énergie pour les activités futiles (voyages, croisières et tourisme), au détriment de l'indispensable.
Mais, là aussi, dire la vérité, n'est même pas pensable dans la bouche de nos dirigeants. Et surtout, pas question de penser à orienter différemment, notamment en taxant -enfin- le carburéacteur, nettement moins cher pour l'utilisateur que pour les réelles et indispensables activités économiques.
Bref, plus que de pénurie de pétrole, la souffrance révélée est celle du libéralisme économique et de ses méfaits. "L'économie est l'art du choix et tout choix est politique." La classe dirigeante au pouvoir n'entend, en rien, renoncer à ses habitudes et train de vie, même si on fonce dans le mur, que cela crée une crise sociale et politiques dont on a des effets visibles.
Dans la crise qui secoue le pays, on peut noter aussi l'extension des différentes usines à gaz réglementaires, qui compliquent chaque chose. On peut dire que la réforme du Baccalauréat "À la carte" est aussi un cocktail de mécontentement, dans la vie lycéenne et aussi après. En effet, quand on fait des diplômes "à la carte", trouver des formations supérieures peut relever du mariage de Courteline, d'Ubu et de Kafka, mâtiné de Rabelais réunis.
source : La Chute