
Par Fereshteh Sadeghi, le 23 septembre 2026
Pour la République islamique, la défense la plus durable contre les attaques étrangères et la déstabilisation interne passe par une population mobilisée bien au-delà des casernes.
Quelques jours avant la célébration par l'Iran du 46e anniversaire de la Défense sacrée, nom donné à la guerre de 1980-1988 imposée par l'ancien dictateur irakien Saddam Hussein à la République islamique nouvellement établie, Téhéran a accueilli un genre très particulier d'exercice militaire. Les participants n'étaient pas des soldats de carrière, mais de simples citoyens.
Des dizaines de milliers d'hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes, ont pris part aux manœuvres " Janfadaa-ye Iran" le vendredi 18 septembre. L'exercice était organisé par le quartier général Mohammad Rasoulollah du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) à Téhéran, en coopération avec le Basij, la force populaire de volontaires affiliée au CGRI. Son commandant, le général de brigade Hassan Hassanzadeh, a précisé que 500 000 personnes se sont inscrites à l'événement, tandis que les organisateurs en attendaient à peu près 313 000.
La campagne "Janfadaayan-e Iran" [soit : Les Sacrifiés pour l'Iran] est un mouvement populaire lancé en mars 2026 à la suite de la guerre de 40 jours menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Elle a débuté sous forme de registre de guerre plutôt que de formation militaire conventionnelle, offrant aux civils un moyen direct de manifester leur volonté de servir.
Au départ, le mouvement cherchait à recenser les volontaires iraniens désireux et capables d'aider les forces armées. Cependant, dès l'ouverture des inscriptions, il a rapidement pris une ampleur sans précédent. Les responsables de la campagne affirment que plus de 31,6 millions d'Iraniens se sont inscrits, un chiffre qui a surpris même les autorités et a été maintes fois rapporté par les médias nationaux.
Des partisans de la République islamique vivant en diaspora ont également cherché à rejoindre le mouvement, demandant comment s'inscrire depuis l'étranger.
Selon Sasan Zare, porte-parole de la campagne Janfadaa,
"32 % des volontaires sont des femmes et la majorité d'entre elles ont moins de 46 ans".
L'armée n'a pas officiellement annoncé le déploiement de volontaires de Janfadaa dans le cadre d'opérations défensives, bien que des volontaires aient été, selon certaines informations, mobilisés dans les zones situées autour des ports du sud et des îles iraniennes du golfe Persique.
Une force pour le front intérieurSix mois après le début de la campagne, les responsables militaires réfléchissent à la manière de mettre à contribution cette formidable force de réserve pour défendre les villes et villages iraniens, en particulier Téhéran, contre les cellules séparatistes et les troubles armés au cas où les États-Unis et Israël reprendraient leur guerre contre l'Iran. Ces effectifs seraient chargés de défendre le front intérieur tandis que l'armée et le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) pourraient se concentrer sur une offensive militaire extérieure.
Leurs calculs s'appuient sur les troubles de janvier 2026, lorsque plusieurs villes iraniennes ont été le théâtre de violences que Téhéran a imputées à des agents américains et israéliens agissant aux côtés de manifestants antigouvernementaux. À l'époque, le Mossad avait ouvertement exhorté les Iraniens à descendre dans la rue.
Dans un message en persan publié sur X, l'agence avait alors déclaré :
"Sortez ensemble dans les rues. L'heure est venue. Nous sommes avec vous. Pas seulement à distance ou par des mots. Nous sommes aussi avec vous sur le terrain".
Les informations faisant état de rencontres entre certaines figures de l'opposition iranienne et des groupes israéliens afin de mener une lutte commune contre ce qu'ils appellent le "régime iranien" ont accru l'inquiétude de Téhéran. Les médias israéliens ont également évoqué une coopération entre Tel-Aviv et des groupes séparatistes kurdes et baloutches interdits, actifs dans le nord-ouest et le sud-est de l'Iran.
Pour les stratèges iraniens, il ne s'agit pas de fronts distincts, mais d'éléments d'un projet plus global visant à exploiter les manifestations, les clivages communautaires et les troubles armés pour en faire une campagne de renversement du régime.
Dès la troisième semaine de septembre, la nouvelle de la mobilisation à Téhéran s'était répandue dans tout l'Iran. Des panneaux d'affichage annonçant l'événement sont apparus partout dans la capitale.
L'un d'eux posait la question suivante : "Savez-vous épauler une arme ?", l'image de l'arme remplaçant son nom. Un autre posait la même question en utilisant l'image d'un fusil de précision.
Crédit photo © The Cradle

Le message confirme que le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) et les Basij ont fait leur choix. Ils ont décidé de constituer une force de volontaires entraînés, pouvant être mobilisée en cas de crise pour défendre les villes contre les menaces intérieures. Cette initiative permettrait aux forces armées régulières de se consacrer à la lutte contre les ennemis au-delà des frontières iraniennes sans être contraintes de mobiliser un grand nombre de militaires entraînés ni de laisser le front intérieur sans défense.
Zare a déclaré que
"26 % des volontaires se sont dits prêts à participer à des opérations de sécurité et militaires, tandis que 20 % apporteront leur aide aux opérations de secours et de sauvetage. Et 20 % supplémentaires s'engageraient dans les services sociaux".Pourquoi les Iraniens se sont-ils engagés
Pendant plus de 200 nuits, les habitants se sont rassemblés sur la place Ekhtiyariyeh, au nord de Téhéran, pour manifester leur soutien à l'État. Ils ont bravé la pluie, la neige, le froid hivernal et la chaleur estivale, y compris pendant les nuits de raids américano-israéliens au cours desquelles les bâtiments voisins du ministère de la Défense et de l'industrie de défense ont été bombardés.
Sediqeh, une femme de 54 ans inscrite en mars, a également participé aux entraînements de septembre. Elle confie à The Cradle :
"Je veux que l'ennemi voie que les Iraniens sont toujours là, qu'ils ne battent pas en retraite et ne cèdent pas".
Mme Sadat est assise dans un stand aménagé pour les activités culturelles pour enfants. Enseignante d'une cinquantaine d'années, elle a rejoint Janfadaa dès les débuts de la campagne et a participé aux manifestations du 18 septembre :
"Nous n'avons qu'une seule vie, et si nous ne la sacrifions pas pour la patrie, à quoi sert-elle alors ? Le Guide, l'ayatollah Ali Khamenei, a sacrifié la sienne pour l'Iran et le peuple iranien. Nous suivons son exemple".
Hussein, 39 ans, s'est posté à l'entrée de la place, agitant son drapeau en direction des voitures qui passent. Cet employé du secteur privé explique à The Cradle qu'il n'a rejoint le mouvement que récemment, car
"cette campagne montre au monde entier la force, la résilience, la popularité et la légitimité de la République islamique".
M. Bahadori est un religieux de 51 ans coiffé d'un turban blanc. Il vit dans le centre de Téhéran mais se rend chaque soir en voiture dans ce quartier, où il officie en tant qu'imam d'une mosquée locale avant de rejoindre le rassemblement nocturne sur la place. M. Bahadori a rejoint la campagne
"pour défendre le pays, la religion et le peuple iranien". Il explique à The Cradle qu'"Au-delà de mon devoir religieux, je veux défendre l'Iran, car s'il n'y a pas de patrie, il n'y aura pas non plus de religion".
Le cheikh chiite invoque la maxime largement citée attribuée au prophète Mahomet selon laquelle "l'amour de sa patrie fait partie de la foi".
Un millier de bataillons se formentLes organisateurs de Janfadaa n'ont pas l'intention de s'arrêter à la capitale.
Des formations et des marches devraient progressivement être organisées dans d'autres provinces, en adaptant la structure de la campagne aux conditions locales et aux besoins en matière de défense.
Ils affirment que le mouvement cherche à contribuer à
"instaurer une sécurité durable, démontrer la toute-puissance du peuple et renforcer la résistance face aux menaces des ennemis de notre pays".
Des stages de formation devraient désormais débuter, axés dans un premier temps sur la préparation militaire aussi bien que sur les opérations de sauvetage et de secours.
Ces dernières seront menées en coopération avec la Société du Croissant-Rouge iranien, conférant ainsi à la campagne un rôle de défense civile parallèlement à son rôle sécuritaire.
Les volontaires seront ensuite répartis en 1 000 "bataillons de résistance nationale" à travers le pays. Ce dispositif rassemblerait sous une même bannière Janfadaayan tous ceux qui se déclarent prêts à se sacrifier pour la patrie, faisant de cet engagement de masse en temps de guerre une réserve structurée pour la prochaine confrontation de l'Iran.
Traduit par Spirit of Free Speech