📚 24/09/2026 ssofidelis.substack.com  14min ⁂️ #327761

L'Allemagne s'est désindustrialisée au profit de Kiev, engraissant les barons de l'énergie fossile de Trump

Par  Nate Bear, le 23 septembre 2026

J'ai entendu l'autre jour une statistique selon laquelle la production des industries allemandes grandes consommatrices d'énergie - comme le ciment, le verre ou l'acier - s'est effondrée de 20 % ces six dernières années. Je ne sais pas pourquoi cela m'a paru trop choquant pour être vrai, compte tenu de l'état de la gouvernance des élites en Occident, mais c'est pourtant le cas. Quelques recherches ont confirmé que  c'est bien sûr le cas.

Et si la raison de cette désindustrialisation rapide est tragique, elle n'est pas vraiment surprenante. L'Allemagne a commis un suicide économique parce qu'elle a décidé, tant de son propre chef que par le biais de décisions de l'UE, de se passer du gaz russe.

Ce graphique illustre la situation désastreuse dans laquelle se trouve l'Allemagne.

Après le choc pandémique, la production industrielle du pays est revenue à ses niveaux de référence en 2021 et a commencé à reprendre, avant de s'effondrer après l'invasion de l'Ukraine par la Russie et la réaction de l'Europe, entraînant l'interdiction effective des importations de combustibles fossiles russes (une interdiction légale totale  entrera en vigueur l'année prochaine). Depuis, la production dans tous les secteurs industriels allemands a fortement diminué, mais ce sont les industries grandes consommatrices d'énergie les plus dépendantes du pétrole et du gaz (la ligne bleu clair mise en évidence sur le graphique) qui en ont le plus pâti. Ce qui signifie que les salariés souffrent et perdent leur emploi. Qu'ils cherchent donc des réponses, des alternatives et des boucs émissaires. D'où la défaite écrasante du parti au pouvoir, la CDU, et les victoires tant de l'AfD, parti anti-immigration et opposé à la guerre en Ukraine, que du parti de gauche Die Linke, pro-immigration et anti-guerre, lors des  élections de ce week-end.

Ces secteurs ne sont pas marginaux. Au cours des cinquante dernières années, l'Allemagne a fait figure de géant industriel européen, de puissance économique qui, contrairement à la majeure partie du continent, avait conservé une base industrielle importante après la privatisation et la financiarisation des années 1980 et 1990. Les cinq secteurs représentés par la ligne bleu clair (sidérurgie, verrerie, papeterie, industrie chimique et raffinage) sont ceux qui transforment essentiellement le pétrole et le gaz en produits finis. Ils représentent  77 % de la consommation énergétique industrielle totale du pays et près de 20 % de la production industrielle totale de l'Allemagne. Nous parlons là d'une part considérable de l'économie allemande. Et celle-ci s'effondre  mois après mois.

La rapidité de cet effondrement est stupéfiante. Et la cause de l'effondrement vient de la décision d'interdire les importations de gaz russe et de  passer à du gaz naturel liquéfié américain plus coûteux (le gaz norvégien et qatari venant compléter l'approvisionnement). À première vue, on pourrait se dire que c'est une situation de remplacement à l'identique, où une source est simplement remplacée par une autre. Le problème avec le GNL américain, c'est qu'il doit d'abord être liquéfié, puis pompé, chargé et transporté sur plus de cinq mille cinq cents kilomètres par voie maritime, engendrant des coûts considérables, pris en charge soit par les importateurs industriels, soit par les clients des produits finis, soit par les deux. Il en résulte une hausse des dépenses, des faillites d'entreprises, des pertes d'emploi et le déclin des zones urbaines industrielles. Le chômage en Allemagne a augmenté de 30 %, un chiffre choquant, depuis 2020 et se situe désormais à son  plus haut niveau depuis plus d'une décennie.

Contrairement au GNL américain onéreux, le gaz russe arrivait, comme chacun sait, directement dans le pays via le gazoduc Nord Stream, mais celui-ci a été  saboté par des Ukrainiens, probablement en collaboration avec les services secrets ukrainiens, la CIA et le MI6. (Vous vous souvenez peut-être qu'à l'époque, les médias grand public n'ont cessé de clamer pendant des semaines que la Russie en était responsable, bien que cela n'ait absolument aucun sens et que l'actuel ministre des Affaires étrangères polonais ait tweeté ses remerciements aux États-Unis pour cet acte de sabotage. C'était le bon vieux temps. Bref).

L'Allemagne, qui importait  55 % de son gaz de Russie en 2021, n'importe désormais plus aucun gaz russe, une victoire morale douteuse quand on passe à du gaz acheté aux copains de Trump dans le secteur des énergies fossiles (nous y reviendrons). Et en prenant ces décisions, les élites dirigeantes allemandes ont détruit leur propre base industrielle.

J'entends déjà les critiques : Non, Nate, c'est la faute de la Russie. Quel choix l'Allemagne avait-elle donc ?! Ça ne tient pas la route. Tout ce qui a mené l'Allemagne et l'Europe à ce point de rupture avec la Russie a été un choix entre deux options. Et l'une de ces options a été choisie par les élites politiques européennes, tandis que l'autre, non. Voilà comment cela fonctionne. Nos dirigeants politiques se voient proposer différentes lignes de conduite, puis ils prennent des décisions politiques aux conséquences concrètes qui déterminent le cours futur des événements. La relation de cause à effet est bien réelle. La guerre en Ukraine a été co-créée. Oui, la Russie a appuyé sur la gâchette, mais en refusant si longtemps de traiter la réalité sur l'Ukraine, ce sont les dirigeants européens qui ont chargé le pistolet. Et une fois la gâchette actionnée, plutôt que de régler rapidement le conflit à Istanbul en avril 2022  alors qu'un accord était à portée de main, ils ont continué à charger l'arme, cette fois littéralement via l'Ukraine qui n'est plus guère qu'une plate-forme permettant à l'Occident de frapper la Russie. Zelensky l'a d'ailleurs confirmé, énumérant dans un tweet  les systèmes occidentaux utilisés lors des frappes sur Moscou ce week-end. La Russie a inévitablement riposté, Zelensky s'est lamenté, et cette farce tragique et meurtrière continue. Et les victimes, ce sont les jeunes hommes ukrainiens, dont 27 000 sont désormais tués chaque mois  selon le Polonais Donald Tusk. Ces jeunes hommes sont envoyés au front  menottés, tandis que les marchands d'armes s'enrichissent et que l'Ukraine  s'effondre démographiquement.

L'élément le plus absurde de ce revirement sur le gaz est peut-être le postulat sous-jacent auquel on demande aux Européens de croire. Même si cela coûte plus cher et entraîne l'effondrement d'industries, les États-Unis constitueraient une source de gaz plus honorable, plus éthique et plus sûre que la Russie. On nous demande de croire que lier la sécurité énergétique européenne à un empire en déclin et à la plus grande entreprise d'extermination de masse de l'histoire est en quelque sorte le choix stratégique et moral le plus judicieux. C'est une blague.

On aurait pu éviter d'en arriver là. La guerre n'est jamais imputable à une seule partie au conflit. C'est toujours un échec global de l'art de gouverner et de la diplomatie. L'Allemagne aurait pu préserver son industrie et l'Europe avoir conclu un accord avec la Russie bien avant 2022, voire avant 2014, et enfin à Istanbul en avril 2022. Un accord qui aurait permis de préserver les relations avec la Russie, son gaz bon marché, comme les emplois et les entreprises qui en dépendent. De nombreuses occasions ont été délibérément ignorées par l'Europe et les États-Unis, notamment fin 2021, lorsque Poutine a une nouvelle fois  proposé des négociations sur un accord global concernant la neutralité de l'Ukraine.

Mais quand on examine qui a tiré profit de cette guerre, on peut se demander si la paix a jamais eu une véritable chance. Mon  dernier article s'est penché sur le cadre parfait fourni à Palantir par la guerre d'Ukraine pour s'immiscer dans les fonctions vitales de l'État ukrainien. Et le passage de l'Allemagne au GNL américain s'est avéré tout aussi lucratif pour une autre frange corrompue de l'élite oligarchique américaine : les barons des énergies fossiles partisans du mouvement MAGA.

En 2021, les États-Unis fournissaient environ 5 % de l'ensemble du gaz européen. Ce chiffre s'élève désormais à  26 % et ne cesse d'augmenter. Et pour ce gaz importé sous forme de GNL,  les importations en provenance des États-Unis ont doublé, passant de moins de 30 % en 2021 à près de 60 % aujourd'hui.

L'un des principaux bénéficiaires est la société Cheniere Energy, basée à Houston, dont le PDG Jack Fusco  a assisté à un dîner à Mar-a-Lago organisé pour des dirigeants du secteur des énergies fossiles en 2024, lors duquel Trump a demandé à l'assemblée 1 milliard de dollars pour financer sa campagne de réélection, promettant en échange de faire tout ce que les magnats du pétrole pourraient souhaiter. Un document de divulgation de la SEC montre qu'à la suite de cette réunion, M. Fusco a personnellement fait don de 250 000 dollars à la campagne de réélection de Trump. Ce même document indique que le montant total des contributions de M. Fusco aux campagnes soutenant Trump s'élève à un demi-million de dollars. Cet investissement s'est avéré payant. Alors que Cheniere n'était qu'un fournisseur marginal de GNL européen, l'entreprise fournissait dès 2025 pas moins de  25 % des importations européennes de GNL.

Venture Global, une entreprise gazière basée en Virginie, a également tiré profit de la guerre en Ukraine et du passage de l'Allemagne au GNL américain. L'année dernière, Venture Global  a fait don d'un million de dollars pour l'investiture de Trump et sa porte-parole chargée des affaires publiques,  Shaylyn Haynes, est une ancienne responsable de l'administration Trump. Et depuis 2022, Venture Global a signé  de nombreux contrats pour fournir du GNL à l'Europe, contrats qui ont contribué à  plus que doubler son chiffre d'affaires, passant de 6 milliards de dollars en 2021 à près de 14 milliards de dollars en 2025.

Un troisième grand gagnant est la société de combustibles fossiles de Pennsylvanie EQT Corporation, dirigée par Toby Rice. Rice  a personnellement fait don de près d'un quart de million de dollars à des comités d'action politique MAGA, et la branche d'EQT chargée des dessous-de-table  a également versé un quart de million de dollars à un super PAC aligné sur Trump. Rice figure également parmi les dirigeants du secteur des combustibles fossiles présents au dîner  "Mar-a-Lago 2024". Cette pratique de corruption s'est également avérée très lucrative, le chiffre d'affaires d'EQT ayant bondi d'environ 3 milliards de dollars en 2022 à plus de 8,5 milliards de dollars en 2025, le pays étant désormais un fournisseur important de gaz à l'Europe. À titre d'exemple, la Lituanie, qui partage une frontière terrestre de 300 km avec la Russie, reçoit désormais  pas moins de 40 % de son gaz d'EQT.

Enfin, deux des noms les plus déshonorants de l'histoire, Chevron et ExxonMobil, ont également profité de la guerre pour imposer le GNL américain en Europe. Chevron a récemment  vendu sa première cargaison de GNL à l'Europe et  prévoit d'étendre massivement ses activités en Europe en liant explicitement cette expansion à la guerre en Ukraine, tandis qu'Exxon est un fournisseur de longue date de l'Europe. Les deux entreprises sont également d'importants donateurs de Trump et du Parti républicain. En 2024, Exxon a soudoyé des candidats avec  plus de 680 000 dollars de dons, tandis que son PDG, Darren Woods, était également présent au dîner de Mar-a-Lago. Bien plus proche de Trump, le patron de Chevron,  Mike Wirth a régulièrement accès,  selon certaines informations, à de hauts responsables de l'administration Trump et entretient des contacts fréquents avec le secrétaire au Trésor Scott Bessent. Bessent  a récemment déclaré s'entretenir avec Wirth pour obtenir son aide dans l'application du régime de sanctions contre la Russie et l'Iran. Chevron mène également sur le terrain la campagne destinée à voler le pétrole vénézuélien.

Compte tenu de tous ces enjeux, on comprend mieux pourquoi Trump, malgré ses promesses initiales de mettre fin à la guerre, finit par s'y montrer indifférent contrairement à la détérioration des relations entre l'Europe et la Russie et à l'abandon par l'Europe du gaz russe au profit du GNL produit par ses méga-donateurs. De la vente d'armes américaines à l'Ukraine  via une caisse noire de l'OTAN au remplacement du gaz russe par du GNL américain, la guerre en Ukraine aura été une entreprise extrêmement lucrative pour Trump Inc, ses donateurs et le complexe militaro-pétrolier américain.

Quelle que soit la suite des événements en Ukraine, le complexe militaro-pétrolier américain continuera d'engranger de l'argent sale tandis que l'Europe passe de l'État-providence à la guerre. Les dirigeants européens réarment désormais le continent avec frénésie,  augmentant leurs achats d'armes américaines d'un pourcentage écœurant de  217 %, alors même que de nombreux gouvernements de l'UE procèdent à des coupes sombres dans le secteur public, l'Allemagne étant  l'un des pires contrevenants. L'Allemagne est également le pays qui renforce le plus agressivement son appareil militaire, le principal fabricant d'armes allemand Rheinmetall ayant augmenté ses ventes de 50 % en 2024 pour atteindre 9,75 milliards d'euros. Et pour répondre à cette nouvelle demande en armement, Rheinmetall  transforme des usines qui fabriquaient auparavant des voitures en sites de production d'armes. En substance, l'Allemagne a décimé sa vaste base industrielle en un temps record et troque désormais une économie industrielle contre une économie de guerre.

Cette évolution intervient alors que la propagande de guerre anti-russe en Europe a atteint son paroxysme, les responsables politiques européens tenant constamment des propos bellicistes dans un environnement médiatique saturé d'articles et de reportages sur la prétendue menace russe.

Bien qu'une guerre ne soit pas imminente et qu'aucun renforcement militaire actif ne soit observé sur le front, l'orientation actuelle est particulièrement inquiétante.

Si une nouvelle guerre à l'échelle du continent devait éclater en Europe suite aux politiques imprudentes et autodestructrices appliquées à la Russie, ce sont les criminels de toujours qui en tireront profit, tandis que, comme d'habitude, c'est le petit peuple qui y laissera sa peau.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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