📑 09/09/2026 euro-synergies.hautetfort.com  7min #326135

 Le sommet de l'Ocs s'est ouvert à Bichkek, la capitale du Kirghizistan

Le signal de Bichkek

Karl Richter

Source: https://www.facebook.com/karl.richter.798

Question à prix: où se trouve Bichkek ? À elle seule, cette question en dit long sur le niveau et l'horizon de la presse allemande dite de qualité. Ces jours-ci, celle-ci n'a pas grand-chose à offrir en dehors du dénigrement de Poutine et d'une haine hystérique envers l'AfD. Bichkek, la capitale du Kirghizstan (anciennement Kirghizie), n'apparaît pas sur son écran radar.

C'est une erreur. Car, la semaine dernière, à Bichkek, dans l'ombre de manchettes plus tapageuses, un signal a été envoyé qui pourrait s'avérer incomparablement plus important pour le monde du 21ème siècle que les démonstrations belliqueuses du gouvernement Merz ou les grossièretés de Trump. L'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) y a tenu son sommet de deux jours, qui coïncidait cette fois avec le 25ème anniversaire de l'organisation. Une raison suffisante pour y regarder d'un peu plus près.

Avec le bloc des BRICS, l'OCS constitue le deuxième grand regroupement de pays non occidentaux qui se considère — du moins implicitement — comme une organisation concurrente de l'Occident. Contrairement aux BRICS, l'Organisation de coopération de Shanghai est toutefois clairement limitée à l'espace eurasiatique. Néanmoins, selon ses propres chiffres, ses dix États membres — la Chine, l'Inde, le Pakistan, la Russie, la Biélorussie, l'Iran, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan — représentent plus de 40% de la population mondiale et environ 36 à 38% de la production économique mondiale. C'est presque autant que le bloc des BRICS — environ 40% — et nettement plus que le G7, qui ne produit plus qu'environ 28% de la richesse économique mondiale. Au vu de tels chiffres, le monde aurait tout intérêt à compter avec l'Organisation de coopération de Shanghai. Pourtant, elle est pratiquement absente des médias grand public allemands.

Des chefs d'État et de gouvernement de 21 pays ont participé au sommet de Bichkek. Parmi eux figuraient les représentants des principaux États non occidentaux: le dirigeant chinois Xi Jinping, le Premier ministre indien Narendra Modi, le chef du Kremlin Vladimir Poutine, le président turc Erdoğan et le chef du gouvernement iranien Pezeshkian. Même le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, était présent. Le sommet avait pour devise: «25 ans de l'OCS: ensemble pour une paix, un développement et une prospérité durables».

La déclaration finale du sommet a condamné les «attaques militaires contre le territoire de la République islamique d'Iran, qui ont fait de nombreuses victimes civiles et causé des dommages considérables à l'économie du pays». Les attaques des États-Unis et d'Israël violaient — ce que presque personne ayant toute sa raison ne saurait contester — «les principes et les normes du droit international ainsi que la Charte des Nations unies».

Dans le même temps, à la suite de la mort de l'ancien Guide suprême de l'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, tué lors de la frappe de décapitation américaine menée fin février, les signataires ont exprimé leurs «sincères condoléances». L'OCS a affirmé son soutien à la «souveraineté et à l'intégrité territoriale» de l'Iran et s'est prononcée en faveur d'un règlement politique et diplomatique du conflit dans le Golfe. Le «droit inaliénable» de Téhéran d'utiliser l'énergie nucléaire à des fins pacifiques a également été réaffirmé.

La déclaration portait également sur les «mesures coercitives unilatérales» qui contrevenaient aux règles de l'ONU et de l'OMC et pouvaient avoir des «répercussions négatives sur l'économie mondiale». Les Européens et les Américains étaient ainsi visés, eux qui, à la manière de flibustiers, se sont désormais mis à saisir des biens russes, comme les navires de la prétendue «flotte fantôme», voire à s'approprier des pays entiers tels que le Venezuela, riche en pétrole.

Dans le domaine économique, les discussions ont porté sur de nouvelles voies de financement et de transport. Le pays hôte, le Kirghizstan, œuvre à la création de son propre fonds de développement de l'OCS et d'un fonds d'investissement destiné aux grands projets.

Les perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales provoquées par la guerre avec l'Iran, en particulier autour du détroit d'Ormuz, renforcent l'importance de nouveaux corridors énergétiques et de transport, et donc celle de l'intégration économique du grand espace eurasiatique. L'objectif est d'établir un «système commercial multilatéral ouvert, transparent, équitable, inclusif et non discriminatoire» — alors que l'Occident y a depuis longtemps renoncé avec ses sanctions démesurées et, en dernière analyse, suicidaires contre la Russie et la Chine.

Rappelons-le : le libre-échange mondial était autrefois une doctrine anglo-américaine. Aujourd'hui, l'Oncle Sam impose des droits de douane punitifs à la moitié du monde, tandis que l'Organisation de coopération de Shanghai a fait sien le libre-échange mondial. Elle connaît la valeur d'un espace économique exempt de droits de douane et d'autres barrières.

Le dirigeant chinois Xi Jinping a conclu avec le président kirghiz Sadyr Japarov un traité d'«éternel bon voisinage, d'amitié et de coopération» et a évoqué une «période dorée». La Chine renforce notamment sa position en Asie centrale grâce à la ligne ferroviaire Chine-Kirghizstan-Ouzbékistan. De son côté, l'Ouzbékistan a plaidé en faveur du corridor transafghan menant aux ports de l'océan Indien. L'Azerbaïdjan et l'Arménie ont profité du sommet pour discuter de leur processus de paix.

Les tensions internes de l'organisation, qui ne sont un secret pour personne, se sont manifestées dans les relations entre l'Inde et le Pakistan. Modi a parlé d'un «grave défi pour l'humanité tout entière» et a exigé qu'il n'y ait «aucune place pour le deux poids, deux mesures». Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a, quant à lui, évoqué les «immenses sacrifices» consentis par son pays dans la lutte contre le terrorisme. La déclaration commune a finalement condamné le terrorisme sous toutes ses formes; le «deux poids, deux mesures» est, en la matière, inacceptable.

Sans grand effort d'imagination, on peut également reconnaître dans cette formule l'Occident, qui soutient ou pratique lui-même le pire terrorisme — y compris d'État — en Iran et dans les territoires palestiniens, mais garde le silence sur les attaques terroristes ukrainiennes contre la population civile russe. Ces doubles standards moraux sont aujourd'hui devenus synonymes des «valeurs occidentales» tant invoquées. Il n'est guère surprenant que de vastes parties du monde ne veuillent plus en entendre parler.

Outre les dix membres actuels de l'OCS, plus d'une douzaine d'autres États, dont l'Arabie saoudite et le Vietnam, cherchent actuellement à se rapprocher davantage de l'organisation en qualité de partenaires de dialogue. Au cours de ses vingt-cinq années d'existence, celle-ci s'est révélée être un moteur fiable de l'intégration économique et politique de l'immense masse continentale eurasiatique. Dans cette fonction, elle continuera de gagner en importance au cours des prochaines années. Aux côtés du bloc des BRICS, l'OCS est ainsi en bonne voie de devenir un acteur puissant de l'ordre mondial multipolaire du 21ème siècle. L'Occident du dollar, engagé sur la voie du déclin, ne peut plus qu'observer ce processus avec envie: il n'est désormais plus en mesure de l'arrêter.

Ironie de l'histoire: au début des années 2000, Poutine et son successeur temporaire à la tête du Kremlin, Dmitri Medvedev, ont invité à plusieurs reprises les Européens à participer à un espace économique commun s'étendant de Lisbonne à Vladivostok, dans lequel l'Allemagne devait jouer le rôle de partenaire privilégié. La concrétisation de cette vision aurait contrarié le travail de sape mené depuis des siècles par les cercles d'influence transatlantiques, lequel — selon l'aveu du cofondateur de STRATFOR George Friedman — n'avait d'autre objectif que d'empêcher un rapprochement entre les deux grandes puissances continentales eurasiatiques que sont l'Allemagne et la Russie. C'est pourquoi, déjà à l'époque, les Européens ne furent pas autorisés à accepter l'offre russe. Cela n'était pas dans leur intérêt.

Aujourd'hui, un quart de siècle plus tard, en raison des sanctions suicidaires contre la Russie et de la politique de faillite menée par leurs élites parasitaires, les Européens ne sont plus qu'un appendice exsangue et sans force de l'espace des peuples eurasiatiques, en chute libre sur les plans économique, politique et démographique. La future grande puissance eurasiatique est en revanche construite de manière autonome par des dirigeants prévoyants tels que Poutine, Xi Jinping, Modi et d'autres — malgré toutes les divergences d'intérêts. Ils n'ont plus besoin de l'Occident pour cela.

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