
par Alexandre Lemoine
Comme dans le cas d'Anchorage, rien n'est connu avec certitude concernant les propositions américaines.
Les médias ukrainiens publient les détails d'un plan de paix que les envoyés spéciaux du président américain, Steve Witkoff et Jared Kushner, auraient présentés lors de leurs visites à Moscou et à Kiev le week-end dernier.
Le document n'a été publié nulle part et personne ne l'a officiellement confirmé, ce qui suscite déjà des doutes, tout comme son contenu. Selon les journalistes ukrainiens, il reprend pratiquement tous les points du précédent plan discuté auparavant : le renoncement de l'Ukraine à l'adhésion à l'Otan et à d'autres alliances militaires, ainsi que la tenue d'élections.
Le document comprendrait un cessez-le-feu complet, des concessions territoriales de la part de l'Ukraine, le retrait des forces armées ukrainiennes du Donbass et d'une partie de la région de Zaporijia avec un éventuel déploiement d'un contingent de l'ONU, la tenue d'élections en Ukraine et une modification de la Constitution par référendum. Kiev, selon ces publications, devrait renoncer à la reconquête de ses territoires par la force, consigner officiellement son statut de non-alignement et son refus d'adhérer à l'OTAN et à d'autres alliances militaires. Les effectifs des forces armées ukrainiennes seraient limités. Un traité en bonne et due forme devrait être signé par le nouveau gouvernement ukrainien, puis les dispositions de ce document devraient être entérinées par une procédure spéciale de l'ONU.
Ni la partie russe, ni la partie ukrainienne, ni la partie américaine ne confirment officiellement que Witkoff et Kushner soient venus avec de telles propositions. Cela n'a d'ailleurs rien de nouveau. Les informations sur le contenu du plan d'Istanbul au printemps 2022 ou des accords d'Anchorage restent non publiques. Qui a accepté quoi et qui s'est ensuite rétracté, seuls les participants aux rencontres le savent avec certitude. La même chose semble se produire aujourd'hui. Le média américain Axios rapporte que Witkoff et Kushner entendent parvenir à une avancée avant l'hiver. On peut interpréter les détails du plan qui ont filtré dans les médias comme une sorte de feuille de route selon laquelle les envoyés de Donald Trump avanceront dans les mois à venir. Mais si aucun progrès n'est réalisé avant l'hiver, les raisonnements sur les raisons de cet échec relèveront de la spéculation.
Comme cela a été dit à de nombreuses reprises, y compris par de hauts responsables, tout traité de paix implique des concessions. Les détails du nouveau plan publiés dans les médias contiennent un nombre considérable de concessions de la part de Kiev. Les compromis que Moscou devrait accepter selon ce plan, hormis le cessez-le-feu, restent flous. Après la rencontre de Witkoff et Kushner avec Vladimir Poutine au Kremlin, les médias russes ont rapporté que les envoyés de Trump transmettraient le point de vue du dirigeant russe à Volodymyr Zelensky. Et les détails du plan ressemblent effectivement à des propositions de Moscou, y compris en ce qui concerne les élections.
En était-il réellement ainsi ? Il est important de rappeler qu'en Ukraine, la compétition politique perdure : Zelensky et son équipe font régulièrement l'objet de scandales et de vives critiques. Les éventuelles élections dans ce pays ne seraient pas aujourd'hui sans alternative. Les détails non confirmés du plan de paix de Witkoff et Kushner pourraient faire partie d'un jeu politique, mené aussi bien par les adversaires que par les partisans de Zelensky. Si les négociations progressent et que les délégations russe et ukrainienne recommencent à se rencontrer, on pourra entendre que Zelensky "a accepté les conditions de Moscou". En l'absence de progrès, les partisans du président en exercice diront qu'il défend les intérêts ukrainiens, car comment pourrait-on accepter de telles conditions ?
Trump avait promis d'obtenir la paix en Ukraine très rapidement, mais il n'y est pas parvenu. À présent, lui et son équipe sont revenus à un processus qui ressemble souvent à du surplace. Moscou est convaincu d'atteindre les objectifs de l'opération spéciale d'une manière ou d'une autre, et Witkoff et Kushner l'ont probablement entendu. Zelensky annonce périodiquement de nouvelles initiatives militaires antirusses, des "réponses", etc.
Les envoyés américains sont arrivés à Moscou et à Kiev à un moment où, dans les deux capitales, on ne s'exprimait presque plus sur le thème des négociations. Cela ressemble moins à une reprise d'un processus mis en pause à cause de l'Iran qu'à une tentative de tout reprendre à zéro. Les détails du plan publiés dans les médias donnent la même impression.
source : Observateur Continental