Par Grain
Les terres agricoles asiatiques deviennent une cible majeure pour les projets carbone. La région produit déjà plus de la moitié des crédits carbone mondiaux. D'ici 2030, les pays asiatiques devraient générer près de 10 milliards de dollars des États-Unis de crédits carbone par an.
Des milliers d'agriculteurs et agricultrices asiatiques, confrontés en première ligne à la crise climatique, sont invités à rejoindre ces projets, ce qui se traduit souvent par la perte du contrôle de leurs terres et une modification durable de leurs pratiques agricoles pour des décennies. Ces projets carbone peuvent prendre diverses formes. Certains entraînent l'expulsion d'agriculteurs et agricultrices de leurs terres pour faire place à des plantations d'arbres. D'autres concluent des contrats avec des petites exploitations pour qu'elles cultivent selon certaines pratiques, plantent des arbres ou modifient leurs modes de pâturage.
Les gouvernements, les responsables des sociétés de crédits carbone et les ONG de conservation affirment aux communautés agricoles qu'en participant à ces projets, elles contribueront à résoudre la crise climatique tout en gagnant de l'argent. La vérité est bien différente - et les agriculteurs et agricultrices doivent être conscients qu'il existe des risques et des dangers sérieux à s'engager dans ces dispositifs.
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Les projets de crédits carbone ciblent les communautés agricoles asiatiques avec de fausses promesses de revenus et de bénéfices climatiques, tout en les dépossédant de leurs terres et en contrôlant leurs pratiques agricoles.
L'agriculture peut constituer une source importante d'émissions de dioxyde de carbone, notamment lorsque des pesticides et des engrais chimiques sont utilisés ou lorsque des forêts sont rasées pour libérer des terres. Mais l'agriculture peut également retirer du carbone de l'atmosphère et le stocker dans les sols. L'agriculture à petite échelle fondée sur l'agroécologie est, par exemple, un moyen à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de séquestrer une partie du carbone présent dans l'atmosphère. C'est pourquoi les organisations paysannes affirment que les agriculteurs et agricultrices peuvent contribuer à refroidir la planète.
Mais si ce travail accompli par les communautés agricoles pour réduire les émissions et stocker du carbone dans les sols ne servait pas à refroidir la planète, mais au contraire à justifier que les entreprises les plus polluantes du monde échappent à l'obligation de réduire leurs propres émissions ?
Partout dans le monde, les grandes entreprises se précipitent pour s'emparer de terres agricoles pour des projets qui permettent, selon elles, de réduire les émissions ou de stocker du carbone dans les sols et les arbres. Elles affirment que ce carbone peut être mesuré et vendu à d'autres entreprises sous forme de crédits. Une entreprise qui achète un "crédit carbone" peut alors prétendre réduire ses émissions de gaz à effet de serre, même si ce n'est pas le cas. Au lieu de réduire sa consommation de combustibles fossiles, une entreprise peut simplement acheter des crédits issus de projets carbone.
Comme nous le montrons dans ce document, ces projets peuvent prendre différentes formes. Certains entraînent l'expulsion d'agriculteurs et agricultrices de leurs terres pour faire place à des plantations d'arbres. D'autres concluent des contrats avec des petites exploitations pour qu'elles cultivent selon certaines pratiques, plantent des arbres ou modifient leurs modes de pâturage.
Les crédits carbone sont extrêmement controversés et de nombreux experts estiment qu'il s'agit simplement d'une escroquerie utilisée par les entreprises pour éviter de réduire leurs propres émissions. Au fil des ans, de nombreux scandales ont révélé que des développeurs de projets carbone avaient exagéré les quantités de carbone prétendument stockées ou les émissions qu'ils affirmaient avoir évitées. Dans d'autres cas, des communautés ont été lésées ou n'ont pas reçu les paiements promis issus de la vente de crédits carbone. Pourtant, malgré ces scandales et ces problèmes majeurs, la demande mondiale de crédits carbone est en plein essor.
Les terres agricoles asiatiques sont une cible majeure pour les projets carbone. La région produit déjà plus de la moitié des crédits carbone mondiaux. L'Asie de l'Est représente la moitié des crédits générés dans la région, tandis que l'Asie du Sud en représente 31 % et l'Asie du Sud-Est 12 %. D'ici 2030, la région devrait générer près de 10 milliards de dollars des États-Unis de crédits carbone par an1
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Les gouvernements asiatiques sont en train d'accélérer la mise en place de marchés communs de crédits carbone, ainsi que des mécanismes de coopération internationale. Cela permettra à des pays comme Singapour et le Japon de déclarer des réductions d'émissions nationales en autorisant leurs entreprises à acheter des crédits carbone issus de projets menés à l'étranger. Aujourd'hui, des milliers d'agriculteurs et agricultrices asiatiques, en première ligne de la crise climatique, sont invité·es à rejoindre ces projets, ce qui se traduit souvent par la perte du contrôle de leurs terres et la modification de leurs pratiques agricoles pour plusieurs décennies.
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