23/04/2026 reseauinternational.net  5min #311951

Les manœuvres impérialistes de la Grande-Bretagne en Iran

par Rohan Rice

Keir Starmer et Trump jouent la comédie devant les caméras. En coulisses, la Grande-Bretagne demeure un partenaire impérialiste mineur œuvrant à la destruction de l'Iran.

Depuis le début des frappes aériennes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février 2026, le gouvernement britannique, dirigé par le parti travailliste de Keir Starmer, trompe activement le public britannique sur son rôle dans les tentatives de destruction du gouvernement iranien actuel.

Il est essentiel, tout d'abord, de comprendre l'ingérence britannique en Iran qui dure depuis des siècles. Depuis le XIXe siècle, la Grande-Bretagne cherche à contrôler l'Iran afin d'asseoir son hégémonie coloniale sur la région. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, elle a colonisé le sud du pays. En 1921, elle a soutenu un coup d'État contre le gouvernement d'Ahmad Shah pour mettre fin à l'influence soviétique à Téhéran et prendre le contrôle du reste du pays. Ce coup d'État a été suivi, en 1953, d'un autre coup d'État contre le gouvernement de Mohammad Mossadegh, cette fois-ci orchestré conjointement par les services de sécurité britanniques et américains. La révolution islamique de 1979 a mis un terme à la domination britannique et américaine sur l'Iran. Depuis lors, la Grande-Bretagne et les États-Unis ont cherché conjointement à soumettre l'Iran, jusqu'à ce que l'occasion se présente de reprendre le contrôle de ce pays qui a toujours été une épine dans le pied de l'hégémonie impérialiste anglo-américaine. Cette occasion est arrivée.

Le 1er mars 2026, Keir Starmer et le ministère britannique de la Défense ont annoncé que le Royaume-Uni adopterait une posture défensive dans le conflit iranien. Ils ont déclaré que le Royaume-Uni autoriserait désormais l'US Air Force à utiliser ses bases, tant nationales qu'internationales, pour mener des attaques contre l'Iran. Le gouvernement britannique a réaffirmé n'avoir eu aucune connaissance des plans américano-israéliens avant le raid aérien qui a coûté la vie à l'ayatollah Khamenei et s'est publiquement désolidarisé de cette attaque.

Toutefois, le 21 février 2026, l'iPaper  a rapporté que depuis le mardi 17 février, "au moins 28 vols militaires américains ont utilisé des bases aériennes au Royaume-Uni et à Chypre pour mener l'un des plus importants renforcements de la présence militaire américaine au Moyen-Orient depuis des décennies". L'article indique que "des vols ont décollé et atterri sur des bases aériennes de l'US Air Force situées au Royaume-Uni, notamment à Mildenhall et à Lakenheath, où le Pentagone bénéficie d'un accès de longue date grâce à un contrat de location".

De même, le 20 février, Declassified UK a publié un  article soulignant que "plusieurs des avions de chasse les plus avancés de Grande-Bretagne, les F-35, ont été transférés à Chypre il y a quinze jours afin de renforcer la défense aérienne en Méditerranée orientale". Autrement dit, ils y ont été transférés aux alentours du 6 février.

Bien sûr, un tel plan ne se met pas en place du jour au lendemain. Sans oublier l'assassinat par les États-Unis du général Qassem Soleimani, commandant des Gardiens de la révolution iraniens, en 2020, le 20 janvier 2026, soit plus d'un mois avant le début des dernières frappes, Declassified UK avait publié un  article contenant les informations suivantes :

"Dimanche et lundi, quatre avions de transport militaires américains ont décollé de la base aérienne américaine de Lakenheath, dans le Suffolk, à destination présumée de la base aérienne de Muwaffaq Salti, en Jordanie. [...] Selon certaines informations, les États-Unis déploient également au moins douze avions de chasse F-15 et quatre avions ravitailleurs KC-135 Stratotanker depuis Lakenheath vers cette base jordanienne. Ces appareils semblent appartenir à la 48e escadre de chasse de l'US Air Force, basée à Lakenheath et à la base aérienne de Feltwell, dans le Norfolk, et qui compte près de 7000 militaires d'active, d'après l'armée américaine.

La Royal Air Force a également dépêché un Airbus A400 de transport militaire à Tel Aviv lundi, après l'envoi la semaine dernière d'un Airbus A330 à Beersheba, près de la principale base aérienne israélienne de Nevatim. Le Royaume-Uni a également envoyé des avions de transport militaire au Koweït, à Bahreïn et en Arabie saoudite la semaine dernière, mais on ignore s'il s'agit de vols réguliers".

Rien de tout cela n'est mentionné dans la presse grand public, au Parlement, ni ailleurs. Bien que l'on puisse attribuer ces faits à une simple coïncidence, il semble probable que la Grande-Bretagne ait autorisé ces avions américains à atterrir sur son territoire et qu'elle ait soupçonné un événement majeur. Cela laisse penser que la Grande-Bretagne a joué un rôle déterminant dans la coordination de cette attaque contre l'Iran, comme elle le fait depuis des siècles.

Keir Starmer, cependant, continuera de feindre l'ignorance publique car cela fonctionne auprès du public britannique. La querelle très médiatisée entre Starmer et Trump n'est qu'un coup de pub destiné à protéger la réputation du Parti travailliste et à alimenter l'image de Trump. Ce n'est qu'une mascarade. Le 3 mars, lors du journal télévisé du soir sur Channel 4, le journaliste politique Gary Gibbon a déclaré : "D'après mes sources à Whitehall, les contacts en matière de renseignement et de défense avec les États-Unis - cet aspect important de la relation [britannico-américaine] - se poursuivent exactement comme avant". Ce point a ensuite été réitéré par la correspondante américaine, Anushka Asthanana, lors d'une émission le 16 mars. C'est précisément là le point crucial : l'impérialisme anglo-américain poursuit un plan très clair et très destructeur, mis en œuvre en secret ; et ce, depuis des décennies.

La Grande-Bretagne demeure l'une des principales puissances coloniales et capitalistes mondiales, et son rôle dans cette recolonisation du Moyen-Orient ne saurait être ignoré sous prétexte que les États-Unis le dénoncent avec plus d'véhémence. De même, cela démontre une fois de plus que l'impérialisme est inscrit dans l'ADN du Parti travailliste (comme dans celui de tous les partis britanniques), qu'il l'a toujours été et qu'il le sera toujours.

Ni collaboration, ni trahison. Victoire pour le front anti-impérialiste !

source :  Black Agenda Report via  China Beyond the Wall

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