19/04/2026 ssofidelis.substack.com  3min #311533

L'Onu, ou l'arène du système qui engendre les crises qu'elle prétend résoudre

Par  Biljana Vankovska, le 16 avril 2026

Après une longue journée de travail, trop fatiguée pour vraiment décompresser, je me surprends à écouter d'une oreille distraite un débat de l'Assemblée générale des Nations unies sur le détroit d'Ormuz. La salle est à moitié vide. Après des dizaines de discours, le constat est presque physiquement douloureux : la vacuité totale. Des diplomates grassement rémunérés qui "brassent du vent", comme on dit - bla, bla, bla. On jurerait qu'un même algorithme a rédigé chaque déclaration. Chaque délégué proclame son engagement en faveur de la paix, du libre-échange maritime, de la Charte, du droit international - y compris ceux dont les gouvernements ont contribué à orchestrer la crise même qui fait l'objet du débat.

Ils s'expriment sans aucune conviction, parfaitement conscients que toute cette mise en scène n'est qu'une mascarade, mais ils jouent leur rôle avec zèle, ne serait-ce que pour justifier leurs salaires et leurs postes. Beaucoup ne comptent pas parmi les esprits les plus brillants de leur pays, mais cela n'a rien d'un hasard : partout et sans exception, la carrière diplomatique récompense la loyauté et le respect des procédures plutôt que le courage ou l'esprit critique.

Pourtant, sous le vernis des platitudes, une tendance commune transparaît : ces représentants de leurs bourgeoisies nationales respectives sont inquiets. Sincèrement, viscéralement inquiets - pour les marchés et les profits. Lorsqu'ils évoquent les souffrances des civils ou alertent sur la hausse du prix des matières premières, ils servent de couverture idéologique aux véritables enjeux : le flux ininterrompu du profit. Pendant des décennies, cette même assemblée a regardé ailleurs pendant le génocide à Gaza, le blocus de Cuba, la destruction du Liban, les sanctions unilatérales illégales, etc. Ce n'est qu'aujourd'hui, alors qu'un conflit armé menace directement les voies maritimes et les chaînes d'approvisionnement mondiales, que les rouages de l'hypocrisie commencent à céder sous leur propre poids.

Ceux qui idéalisent encore l'ONU méconnaissent fondamentalement la nature de cette institution. Elle n'a rien d'un forum neutre pour la paix, et ne l'a jamais été. L'ONU n'est qu'une arène où le capital coordonne ses inquiétudes et gère ses contradictions. Les bourgeoisies se réunissent pour jouer les bons samaritains au service des pauvres tout en veillant jalousement à protéger les artères du commerce international. Comme si la solidarité pouvait s'envisager dans une enceinte conçue pour préserver le système même qui engendre les crises qu'elle prétend résoudre.

P.S. Au moment même où j'allais éteindre la télévision, une voix sincère et courageuse s'est fait entendre, celle de l'ambassadeur d'Afrique du Sud. Je dois présenter mes excuses aux rares exceptions issues du Sud global présentes dans cet imposant palais du pouvoir des grandes entreprises. Malheureusement, la voix de l'Iran n'a été ni entendue ni reconnue. La victime continue de passer pour l'agresseur. Les atteintes au capital sont les plus impardonnables. Quant aux crimes contre l'humanité, ils sont banalisés.

Traduit par  Spirit of Free Speech

Biljana Vankovska

The Chamber of Managed Anxieties

After a long shift, too tired to rest properly, I find myself half-listening to a UN General Assembly debate on the Strait of Hormuz. The chamber is half-empty. After dozens of speeches, the pattern becomes almost physically painful: the sheer hollowness of it all. Well-compensated diplomats "beating the air," as the expression goes-blah, blah, blah. Yo...

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