
par Philippe Rosenthal
L'OTAN et l'UE se disputent le contrôle de la politique de défense européenne. Cela concerne le contrôle de l'argent provenant de la hausse spectaculaire des dépenses de défense en Europe.
L'Alliance, qui assure la sécurité de l'Europe sous la direction américaine depuis la Seconde Guerre mondiale, a toujours été opposée à ce que Bruxelles empiète sur ses compétences en matière de défense. Cela entraîne un conflit entre l'UE et les États-Unis. Ici, il ne faut pas oublier la trahison de certains pays du bloc pour manger dans la gamelle US, déclinant les zones d'influence aussi entre les pays de l'UE.
Les exigences de Washington, qui ont poussé les alliés à investir davantage dans leurs armées, ont contraint l'UE à revoir sa politique de production d'armements. Il s'agit de savoir qui contrôlera l'augmentation de la production et quel impact cela aura sur l'armement utilisé en Europe à l'avenir. Un des points centraux du débat est le rôle des armes américaines dans ce réarmement, l'OTAN rejetant le slogan défendu par l'UE (essentiellement le slogan de Macron) dans le cadre de sa stratégie industrielle : Achetez européen.
"L'UE et l'OTAN s'accordent sur la nécessité pour les Européens de prendre la direction de la défense du continent. Mais elles divergent sur les moyens d'y parvenir", a expliqué, selon le Financial Times, Giuseppe Spatafora, analyste à l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne. "Trump n'aime pas l'Union européenne, qu'il considère comme une machine bureaucratique", rappelait-il.
Bruxelles cherche à "favoriser la coopération intra-européenne dans le secteur de la défense", tandis que "pour l'OTAN, la politique industrielle de défense doit rester transatlantique", a-t-il ajouté, une analyse qui se discute car l'Allemagne joue le cheval de Troie US dans le bloc et vise ses intérêts en premier. Les États-Unis veulent imposer leurs armes aux pays de l'UE après avoir imposé leur pétrole et leur gaz GNL. "L'Alliance peut définir les types d'armements dont les Européens ont besoin. Mais quand il s'agit des outils réglementaires et financiers pour y parvenir, elle a peu de choses à offrir", précise-t-il.
L'Union européenne et l'OTAN sont donc en profond désaccord sur la répartition des dépenses militaires, selon le Financial Times, qui qualifie la situation de "guerre de territoire". Ce jeudi, le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se rencontrent. "Il n'y aura pas de couverture médias", annonce le site de l'OTAN.
L'enjeu est de savoir comment seront répartis les fonds que les pays européens allouent à des fins militaires. "Face à la menace russe et à l'évolution de la politique de sécurité américaine, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, ont appelé à une augmentation significative des dépenses de défense européennes. Ils insistent sur la nécessité d'une industrie de défense européenne plus forte et d'une coopération renforcée entre l'UE et l'OTAN", avertissait la première chaîne de télévision allemande ARD en février 2025.
Celle qui n'a pas été élue par les citoyens européens et qui fut une catastrophe politique dans ses diverses fonctions en Allemagne, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mise sur une règle spéciale. Il s'agit d'une clause spéciale des règles européennes en matière de dette qui autorise des dépenses de défense plus élevées. "Je proposerai d' activer la clause de sauvegarde pour les investissements de défense", avait-elle déclaré lors de la Conférence de Munich sur la sécurité. "Cela permettra aux États membres d'accroître sensiblement leurs dépenses de défense", rajoutait-elle.
La question centrale est de savoir comment seront répartis les fonds que les pays européens allouent à des fins militaires.Les dépenses militaires des pays européens connaissaient une hausse record, avec des investissements de l'Union européenne atteignant 343 milliards d'euros en 2024, et une estimation de 381 milliards d'euros pour 2025. Cette augmentation de 19% en 2024 marquait une accélération majeure (62,87% depuis 2020) pour atteindre environ 2,1% du PIB européen.
En 2026, l'Europe accélère massivement ses dépenses militaires, se rapprochant de l'objectif de mille milliards de dollars pour reconstruire son industrie de défense face à la Russie. L'exigence de Trump de forcer les pays de l'OTAN à augmenter leur dépense de 5% du PIB d'ici 2035 a rapporté ses fruits, mais "cela accentue les tensions déjà vives entre les Européens et l'OTAN", note le Financial Times.
L'OTAN estime que ces fonds devraient être exclusivement dépensés au sein de l'Alliance, mais l'UE ne souhaite pas perdre le contrôle de ces fonds. "L'OTAN sait quelles armes sont nécessaires et en quelles quantités", continue le quotidien financier anglophone, en avertissant que l'UE ne souhaite pas acheter que des armes US surtout qu'elle possède une expertise en matière d'industrie, de renforcement des capacités, de chaînes d'approvisionnement et d'élaboration de cadres réglementaires.
L'UE est inquiète car elle souhaite savoir quelle somme de ses dépenses devra partir pour financer les États-Unis. C'est que l'OTAN s'oppose au slogan des élites européennes et du président français, Emmanuel Macron, qui scande dans le vent : "Nous devons établir, une fois pour toutes, une véritable préférence européenne dans nos secteurs les plus stratégiques".
Chose étrange, von der Leyen a en février dernier plaidé pour une "préférence européenne" dans les secteurs stratégiques afin de renforcer la souveraineté industrielle de l'UE alors que l'Allemagne, pays dont elle est issue, ne va pas dans ce sens comme le rapportait La Tribune en février dernier : "Mais entre Paris qui pousse et Berlin qui freine, le projet divise toujours les Vingt-Sept".
L'Allemagne achète volontiers les armes US. Avec les États-Unis qui veulent imposer leurs normes et armes, l'Allemagne n'investit pas dans la construction solide d'une production européenne de la défense. L'UE ne fait pas bloc contre les États-Unis, même si l'actuel chancelier allemand, Friedrich Merz, a plaidé en juillet dernier pour un renforcement de l'industrie européenne de la défense et pour une coopération plus étroite au sein de l'UE afin d'accroître l'indépendance de la politique de sécurité européenne. La défense européenne se traduit en allemand par "la défense de l'Europe par l'Allemagne".
"L'Union européenne a validé, le 18 décembre, un prêt à taux zéro de 90 milliards d'euros pour l'Ukraine. Mais l'accord ouvre une nouvelle ligne de fracture : Berlin s'oppose à toute incitation à acheter en priorité du matériel militaire européen", signalait en janvier dernier L'Essentiel de l'Éco, confirmant le jeu sournois de Berlin.
Les tensions sont actuellement vives entre l'OTAN et l'UE sur la volonté de l'UE d'acheter Made in Europe. Les capitales européennes estiment que, puisqu'elles augmentent les dépenses militaires, leur répartition devrait être déterminée par l'UE. "Cette situation suscite des inquiétudes à Washington et dans d'autres pays membres de l'OTAN non-membres de l'UE", poursuit le quotidien financier anglophone.
Rutte continue également d'être critiqué en Europe pour sa soumission excessive à Trump. Les capitales européennes estiment que le secrétaire général de l'Alliance minimise leur rôle au sein du bloc. Quant à la fonction de von der Leyen, il est facile d'envisager son double jeu envers la France et les pays de l'UE qui veulent privilégier la production des armes européennes. C'est une Allemande qui défend les intérêts politiques de Berlin. L'Allemagne se moque des intérêts stratégiques de la France. Le seul objectif de Berlin est de caresser Macron dans le sens du poil pour qu'il livre la bombe atomique française et le siège français à l'ONU à Berlin. L'Allemagne n'a jamais eu l'intérêt de quitter sa collaboration avec les États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. D'abord, les élites de ce pays ont été mises en place par les États-Unis.
Observateur Continental a averti que les États-Unis étaient en train d'imaginer une nouvelle OTAN sans la France, mais avec l'Ukraine en incluant l'Allemagne. Il existe bien une lutte pour les zones d'influence entre l'UE et l'OTAN mais Ursula von der Leyen est le pion US qui va saborder le projet politique de Macron d'une Europe forte reposant sur les produits militaires fabriqués dans l'UE. La lutte d'influence dépasse l'UE et l'OTAN. Elle existe entre les pays principaux de l'UE, en particulier entre la France et l'Allemagne qui veut le leadership militaire sur Paris. L'analyste du Financial Times porte des œillères qui l'empêchent de voir les actions de Berlin à l'intérieur de l'UE.
source : Observateur Continental