16/04/2026 reseauinternational.net  4min #311256

Ia et production de loques humaines en série

par Rorik Dupuis Valder

Tous les enseignants savent que l'intelligence artificielle est un fléau. Ils savent qu'elle est devenue une véritable addiction pour les élèves, qui y font systématiquement appel dans leurs travaux de rédaction et de réflexion. L'IA abâtardit la jeunesse, elle aspire ses facultés d'endurance et d'engagement ; elle lui ôte son esprit critique, sa liberté de choix, sa radicalité. C'est un poison conformant, abrutissant, déshumanisant.

L'enseignement à distance pendant la période du Covid (2020-2021) a clairement montré l'aberration, tant d'un point de vue cognitif que psychologique, de l'apprentissage par écrans interposés. On voulait faire croire que la présence charnelle de l'enseignant, sa voix, ses gestes, ses regards, pouvaient être réduits à une image pixelisée, et que les interactions sociales avec les camarades de classe pouvaient être réduites à l'envoi d'émoticônes sur un forum de discussion... Ridicule.

Apprendre et enseigner, cela se fait avec l'autre, en présence de l'autre. L'acquisition et la transmission du savoir, pour qu'elles soient efficaces, ne peuvent se passer de la proximité des corps et des âmes. C'est cela, l'ÉCHANGE. À l'inverse, la machine nous sépare de l'autre : elle fait de vous une proie du système, apeurée et isolée.

Apprendre, c'est un effort physique, cérébral, un processus complexe à étapes. Apprendre, c'est expérimenter. C'est échouer. Recommencer. Se faire confiance. Apprendre, c'est souffrir. Quand un élève confie à ChatGPT la résolution de son problème de maths ou la rédaction de sa dissert, il se sabote, s'asservit. C'est la machine qui a gagné. Lui est devenu une loque. Tout comme ses parents, probablement.

Intéressons-nous aussi à l'impact désastreux de l'IA sur les adultes, qui s'enorgueillissent de leur acuité et de leur créativité soudaines... On voit même des boomers revanchards se féliciter de leur intelligence nouvellement acquise ! Il y a dans cette tricherie revendiquée quelque chose d'obscène. J'imagine que l'IA convient aussi aux gros dégueulasses, qui peuvent s'amuser à générer et consommer des images pédopornographiques sans être inquiétés...

En quelque sorte, le recours à l'IA a sur certains le même effet que le recours à la chirurgie esthétique - à la différence que cette dernière n'est pas gratuite. Celui qui se prétend écrivain ou musicien après avoir commandé au robot un texte ou une mélodie, est un peu comme la vieille laideronne qui se fait refaire toute la carcasse et se présente devant de jeunes gens avec l'espoir de les séduire... Non, vieille peau, t'es encore plus repoussante. Car ce qui est faux est foncièrement laid. C'est la règle. On ne va pas à l'encontre de la Nature : ça se voit, immanquablement. Ça heurte le sens commun, le bon goût, tout ce que vous voulez. L'arnaque finit toujours par se déceler - un peu d'intuition suffit. Et c'est bien là le problème : encore faut-il avoir un minimum d'intuition...

L'IA n'aurait jamais dû sortir du domaine militaire. Avec sa démocratisation désormais incontrôlable, on voit apparaître des armées de golems et d'handicapés du bulbe, pleins de ressentiment vis-à-vis des gens naturellement doués, naturellement compétents, vis-à-vis des créateurs et des penseurs "traditionnels"... C'est carrément la notion de mérite au travail qui est pulvérisée. Flippant.

C'est un peu comme la différence, d'un point de vue gustatif, entre un poulet de batterie et un poulet élevé en plein air. Ou mieux, entre un bodybuilder et un athlète normal : le premier, gonflé aux stéroïdes, croit faire du sport en soulevant de la fonte dans un commerce puant, et le second fait réellement du sport. Le premier a l'air d'un monstre en plastique, le second est un homme désirable, méritant. Mais c'est aux dames qu'il faut poser la question : que préférez-vous ? les hommes ou les choses ?...

 Rorik Dupuis Valder, auteur de  Carnets de la colline

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