09/04/2026 reseauinternational.net  9min #310486

Combien de guerres mondiales ?

par Jean-Luc Mello

Combien de guerres mondiales ?

Une réflexion éparse se demande si nous sommes dans la 3ème guerre mondiale, si on y entre, si on y est déjà. Comme s'il y avait eu entre les deux premières et depuis la deuxième une paix mondiale.

Ce qui mène à des guerres mondiales ce sont les rivalités entre pays riches (européens) par nature colonialistes et impérialistes. Elles leur sont nécessaires pour se partager le monde à l'avantage de l'un ou de l'autre. À la fin de la 1ère, c'est au bénéfice de la Grande Bretagne. Les nombreuses droites lignes des frontières qui séparent les territoires des pays en témoignent encore. La division de peuples, de cultures, de civilisations, de religions en a été la conséquence. On appellera cela plus tard des conflits ethniques. Ils sont utilisés par les impérialistes pour se faire des guerres entre eux par proxis ou des révolutions de couleur.

Quand on parle de guerre mondiale, il s'agit de guerres interimpérialistes. Et quand on parle de paix, cela ne concerne qu'un apaisement militaire momentané entre pays impérialistes. Partout ailleurs, il y a des guerres mais on ne les appelle pas mondiales, on ne les appelle même pas du tout pour les oublier. Sauf certaines qui font rêver comme la guerre de l'opium qui ne nomme même pas l'agresseur et l'agressé. Comme si le problème était fumer de l'opium ou pas. Alors dans cette belle paix occidentale entre pays impérialistes on ne compte pas, partout ailleurs, les blessés, les réfugiés, les génocides, les morts par millions. Qui comptabilisera les désastres de ces périodes de paix mondiale généreusement assurée par les seuls pays riches, celle des guerres coloniales ou des guerres de libération nationale, des guerres impérialistes et anti-impérialistes sans compter les désastres dans les pays soumis à des dictateurs grassement installés comme vassaux. Il vaut mieux ne pas découvrir que ces périodes de paix ont fait plus de morts dans le monde que les guerres mondiales censées les installer.

La 2e guerre mondiale n'est pas due à l'agression de l'Europe par l'URSS mais au partage impérialiste mondial entre pays européens (avec le Japon visant la Chine, la Corée, le Vietnam). Il en est ressorti une chose inattendue. Les pays impérialistes européens, détruits ou exténués (ainsi que le Japon) ont été pris en charge par les USA qui n'ont pas été atteints par la guerre. Elle lui a permis d'être en pleine bourre économique. Les autres pays impérialistes rasés par ses soins (en intervenant au bon moment après les engagements guerriers) sont vassalisés et militairement occupés encore aujourd'hui. Il en est ressorti qu'une seule nation, les USA, s'est consacrée impérialiste de manière dominante. Cela a été dénoncé par le bloc communiste. On disait que c'était de la propagande à tel point qu'on a trouvé le mot impérialiste désuet surtout après l'effondrement de l'URSS. Il est à noter qu'il revient à la mode par des concepts un peu ou même très flous d'hégémon, de puissance dominante, de suprémacisme blanc (au mépris de tous les Blancs qui s'y sont opposés en payant souvent de leur vie) d'empire (mais pas d'impérialisme).

Au sortir de la 2ème guerre mondiale la condition de l'impérialisme mondial est toute nouvelle. Un empereur unique s'est auto-consacré. Les USA s'affrontent immédiatement à une bonne partie de l'humanité qui ne choisit pas la voie capitaliste et impérialiste. Cette belle paix de l'Occident commence immédiatement par des guerres contre ce camp dont le reproche fondamental est de ne pas laisser les capitaux agir à leur guise en toute liberté appelée démocratie Dès la paix en 1945... la guerre en Corée avec toutes les villes du Nord rasées mieux qu'à Hiroshima et Nagasaki à tel point que les opérateurs dans les bombardiers ne savent plus où déverser leur tapis de bombes. Puis le Vietnam. Ne comptons pas une longue liste pour arriver à une période plus récente : Yougoslavie, Irak, Afghanistan, Soudan, Libye, Liban, Syrie... rien que dans ce coin du monde, mais aussi le Congo depuis longtemps dont personne ne parle avec des millions de morts. Et cela fait beaucoup plus de morts que dans la fameuse 2ème guerre mondiale pour qui sait compter.

Cet impérialisme univoque n'a plus besoin de faire des guerres interimpérialistes pour assurer son indispensable et fondamentale extension mondiale. Sans celle-ci, il meurt. C'est ainsi qu'on peut comprendre pourquoi les USA sont incomparablement plus agressifs envers la Russie actuelle, capitaliste, qu'ils ne l'ont été envers l'URSS communiste. Le Chœur de l'armée russe pouvait aller chanter en Amérique. Les USA ne peuvent pas se faire la guerre à eux-mêmes. L'impérialisme nouveau, univoque, se déchaîne dans tous les domaines. Il a fallu plusieurs décennies pour qu'il se rende compte finalement que des troupes militaires au sol ne menaient à aucun succès. La technologie allait permettre a minima de réduire un pays résistant à l'âge de la pierre (déjà la Corée du Nord) avant de repartir vite fait. L'impérialisme s'est ainsi modifié. Unique comme domination économique mondiale (le fameux dollar à la place de l'or), il s'est construit les outils pour s'assurer sa perpétuité. La guerre sera économique, culturelle, sociétale, politique, médiatique, médiévale par l'état de sièges de pays entiers, par sanctions et si besoin actions militaires ponctuelles offertes par le droit humanitaire pour mettre de nombreux peuples dans le désastre des guerres civiles (Irak, Libye, Afghanistan, Syrie...). Les outils créés par lui-même aboutissent à ce qui pourrait être appelé l'impérialisme à son stade final : une seule Nation pour dominer le monde entier. Si l'impérialisme était caractérisé au début du XXe siècle par la fusion du capital industriel avec le capital financier au profit de ce dernier (les patrons des entreprises possédant leurs entreprises sont remplacés par des actionnaires anonymes surveillant la bourse), de nouveaux outils (uniquement financés et créés par lui-même) changent sa qualité. C'est le capital financier qui assure monopoles et extensions mondiales. Il est appuyé maintenant par la numérisation de toute chose et de toute vie bien plus que par des conquêtes militaires. Beaucoup de pauvres de par le monde ont un téléphone portable. L'informatique naît dans la fin de la 2ème guerre mondiale, prioritairement nécessaire à la construction de la bombe atomique. L'informatique de masse se développe en même temps que la dollarisation mondiale dès les années 1970-1980. Les premiers bénéficiaires privés de l'informatique de masse sont les banques. Aujourd'hui on constate une fusion du capital industriel, du capital financer ET de la numérisation de toute chose et de toute vie. Il n'y a qu'à voir quelles sont les plus grandes fortunes mondiales.

Cela modifie la nature des États sur le modèle des USA. On essaie de décrypter des États profonds. C'est pourtant simple. Il n'y a pas d'État profond mais une privatisation des États clairement annoncée en même temps que la dollarisation et Larrivée de l'informatisation de masse dans le monde entier. À privatiser les banques centrales, les éléments industriels indispensables à toute société (eau, électricité, transport, santé, éducation...), l'industrie essentielle à la souveraineté d'un pays, l'industrie militaire et même les armées... eh bien ce sont les monopoles privés qui dirigent les États, qui placent leurs pions et lobbyistes dans l'appareil administratif des États. Rien de profond ou de clandestin dans cela. Changer de pouvoir politique ? C'est la même chose car l'administration est phagocytée par ces monopoles privés qui du reste financent les élections. Aux USA, il vaut mieux être milliardaire financé par d'autres milliardaires pour représenter le peuple. Ainsi la démocratie qui était le plus souvent formelle s'est transformée en simulacre. Cette fusion entre le capital industriel, le capital financier ET la numérisation de toute chose et de toute vie (à son paroxysme avec l'Intelligence Artificielle ou plutôt l'Intelligence Anonyme comme les sociétés anonymes) tout cela s'ajoutant à la privatisation des États a été appelée la globalisation. La visée est une gouvernance mondiale apolitique (donc privée), par-dessus les États, clairement annoncée par Elon Musk (traduction française, musc : substance odorante puissante, originellement animale) avec sa délirante fortune, ses délirantes visions et que Trump appelle... pour faire un audit d'efficacité de toute la structure politique des USA. Comment ne l'a-t-il pas modelée à son avantage ?

Alors la situation mondiale actuelle entre guerre et paix peut se résumer ainsi. Contre cette globalisation, en gros les BRICS, un regroupement lâche de pays qui cherchent ensemble leur souveraineté particulière (la Chine, l'Iran...) ou cherchent à la retrouver (la Russie, l'Inde, le Brésil...). C'est très varié. Le phare de lance actuel contre cet impérialisme nouveau n'est pas un groupement de pays socialistes mais une théocratie ou plutôt une république islamique comme il y avait en Europe une démocratie chrétienne qui était au pouvoir pendant des décennies. Il faut dire qu'une autre théocratie l'agresse militairement, Israël, sous la forme publicitaire de la seule démocratie de la région pratiquant l'apartheid. Dans cet éclectisme de résistance à cet impérialisme univoque, une constante semble faire jour qui contient un retour formel à une orientation socialiste. La souveraineté d'un pays passe par sa maîtrise politique de l'économie dans ses aspects fondamentaux, stratégiques. Il n'y aura pas de réindustrialisation sans de nouvelles nationalisations des secteurs économiques essentiels ou du moins sa régulation par la politique. La souveraineté est à ces conditions. Le privé ne le permettra jamais. La Chine fait peur parce qu'elle est un modèle. Elle ne se bat plus contre le capitalisme mais démontre une efficacité supérieure à celle des USA. Elle fait du capitalisme ET du communisme une unité des contraires selon sa philosophie ancestrale tandis que le mode de pensée binaire occidental continue à dire : capitaliste OU communiste. Si tu es l'un, tu es contre l'autre. Même le maire nouvellement élu à New York peut être traité de communiste simplement en ayant parlé de quelques améliorations sociales.

Malheureusement ce sont les ex-nations impérialistes en Europe (avec le Japon) qui se trouvent coincées. Elles n'ont aucune référence de lutte contre le colonialisme et l'impérialisme comme les pays dits du Sud ou anciennement communistes (Chine et URSS). Si elles en avaient une elles verraient rapidement que leur salut économique est de se rapprocher rapidement des BRICS. Les peuples européens découvrent lentement les bases de cet impérialisme mais en leur interne, pas contre un agresseur externe. Quoique. Les USA prennent de plus en plus cette figure en Europe. Mais les conséquences dramatiques quant au niveau de vie dégradé en Europe que cette lutte pour la souveraineté implique dans un premier temps, ne sont pas envisagées. Une majorité espère encore sauver les meubles en se vassalisant encore plus aux USA pour conserver un petit bout de l'avantage impérialiste qu'elle a toujours eu. L'aisance de la vie matérielle comparée celle des pays du Sud vient de là et les peuples européens en profitent. Même les socialistes veulent bien être socialistes mais à condition de continuer de profiter des privilèges grâce au pillage des autres nations. Les hauts le cœur provoqués par la guerre au Vietnam ont disparus. Où se trouvent aujourd'hui en Europe les philosophes (entre autre Sartre et Husserll) formant un tribunal civil contre les crimes de guerre ? Où se trouvent les manifestations contre les guerres, les bombes atomiques alors qu'on en parle maintenant comme une éventualité normale tout en buvant une bière. Où se trouvent les organisations sociales et politiques non virtuelles, physiquement réunies, qui s'opposent à l'impérialisme de son propre pays ? C'est tout simplement aussi difficile que d'avoir été contre la guerre coloniale en Algérie tout en étant français. C'est pourtant cette minorité qui, à grand prix, a finalement eu historiquement raison.

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