08/04/2026 mondialisation.ca  8min #310379

Les Leçons de la guerre d'Irak: Méfiez-vous des espions et de vos meilleurs alliés

Par  René Naba

L'agression bipartite israélo-américaine contre l'Iran de 2026 remet en mémoire les mésaventures de l'agression bipartite américano-britannique contre l'Irak de 2003, soit il y a 23 ans. Le quotidien britannique The Guardian en avait tiré les leçons amères que  madaniya.info soumet à l'intention de ses lecteurs pour de salutaires (bien salutaires) méditations.

"Méfiez-vous des espions et de vos meilleurs alliés qui peuvent vous entraîner vers la guerre". Telle est la principale recommandation du journaliste britannique Jonathan Saul Friedland dans une étude publiée par le quotidien The Guardian, à l'occasion du 32 ème anniversaire de l'invasion américaine de l'Irak.

La première leçon : Gare aux arguments fallacieux.

Les arguments avancés tant par le président américain George Bush jr que le premier ministre britannique Tony Blair sont nombreux, mais le thème majeur qui se dégageait de leur argumentation est que "l'intervention se faisait dans l'intérêt exclusif du peuple irakien, lequel sera libéré de la poigne d'un dictateur féroce".

Saddam Hussein a en effet été renversé, mais à un prix exorbitant. 300.000 irakiens, pour la plupart des civils, en ont payé le prix, relève le journaliste britannique. L'invasion a créé un vide, comblé par la violence et une effusion de sang et pour de nombreux irakiens, le remède était pire que le mal, poursuit-il.

Sur le même thème, cf ce lien : le désarmement un mensonge fondamental de Scott Ritter, ancien chef de la mission d'enquête des Nations Unies.

 mondialisation.ca

Jonathan Saul Friedland, né le 25 février 1967, est un journaliste britannique, éditorialiste du journal The Guardian et du mensuel The Jewish Chronicle. Il est également un collaborateur régulier du New York Times et du New York Review of Books. Il anime la série "The Long View" à la chaîne radiophonique BBC Radio 4. Reconnu comme "éditorialiste de l'année" en 2002 par "What The papers say", il gagne le David Watt Prize for Journalism en 2008 pour son essai Bush's Amazing Achievement.

L'éditorialiste britannique a consacré une semaine à analyser les éditoriaux de la presse et des programmes de la télévision britannique consacrés à l'invasion américaine. La version arabe de son étude est parue dans le site en ligne Ar Rai al Yom, en date du 17 mars 2023, dont le directeur est Abdel Bari Atwane.

Se référant aux confidences d'un haut gradé des services de renseignements britanniques, Jonathan Friedland ajoute : "Certes, le régime de Saddam Hussein était épouvantable, mais l'anarchie est pire".

2 me leçon : Scepticisme envers les services de renseignements.

Le scepticisme doit être de rigueur s'agissant des services de renseignements, soutient le journaliste.

Lors du débat sur l'opportunité de la guerre contre l'Irak, en 2003, Tony Blair s'est fondé sur les rapports des services de renseignements, confirmant qu'ils attestaient "sans le moindre doute" de la possession par Saddam Hussein des armes de destruction massive (ADM). Or, fait valoir, le journaliste, cela s'est avéré faux. Il n'y avait pas d'ADM. Tony Blair avait exagéré la menace irakienne pour justifier l'invasion de l'Irak. Ce fait suffit à lui seul pour condamner Tony Blair au regard de l'histoire.

3me leçon : Pas de soutien absolu et total entre amis

Même les amis les plus proches ne doivent en aucun cas apporter un soutien absolu et total les uns aux autres. Tony Blair a justifié son appui aux Etats Unis en faisant valoir que Londres était le plus solide allié de Washington et que pour cette raison le Royaume uni a été entraîné dans l'invasion américaine de l'Irak.

Fatale à son destin, la désinvolture avec laquelle George Bush a traité Tony Blair au sommet des pays industrialisés de Saint Pétersbourg en pleine guerre d'Israël contre le Liban, en juillet 2006, -le "Yo Blair" asséné par Bush, la bouche pleine, mâchonnant un croissant, au premier ministre britannique venu lui demander l'autorisation d'effectuer une mission diplomatique au Moyen-Orient, une image amplifiée par les télévisions transcontinentales-, a achevé de discréditer le meilleur allié européen de l'Amérique et fait apparaître rétrospectivement l'ingratitude comme un châtiment mérité à l'égard des courtisans au zèle excessif.

Au terme de dix ans de pouvoir (1997-2007, l'ancien jeune premier de la politique britannique quitte la scène publique affligé du quolibet accablant de "caniche anglais du président américain" et d'un jugement peu flatteur sur son action, "le plus mauvais bilan travailliste depuis Neville Chamberlain, en 1938, (responsable des accords défaitistes de Munich face à l'Allemagne hitlérienne), et Anthony Eden, (maître d'œuvre du fiasco de Suez, l'agression anglo-franco-israélienne contre l'Egypte nassérienne), en 1956", selon l'expression du journaliste anglais Richard Gott.

Les excuses de Tony Blair

L'ancien premier ministre travailliste britannique a réitéré des excuses partielles pour la guerre en Irak, tout en reconnaissant une certaine responsabilité dans la montée en puissance de l'organisation de l'Etat islamique (EI), dans une interview accordée à CNN, dimanche 25 octobre 2015, soit douze ans après l'invasion.

Ce mea culpa est tombé à point nommé pour la presse britannique qui fait le lien entre ces déclarations et les conclusions de la commission Chilcot, qui enquête sur l'engagement controversé du Royaume-Uni dans cette guerre.

Épilogue: Irak-Ukraine: Double standard

Le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale contre le président russe Vladimir Poutine est arrivé à un moment opportun. C'est, entre autres, une faible distraction sur les méfaits et les crimes d'autres dirigeants actuels et anciens. La Russie, n'étant pas un pays membre de la CPI, ne reconnaît pas la compétence de cette cour. Les États-Unis non plus, d'ailleurs, malgré les gloussements évidents du président américain Joe Biden.

Vingt ans plus tard, l'ancien président américain George W. Bush, l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair et l'Australien John Howard, la troïka la plus à blâmer non seulement pour l'invasion criminelle d'un pays étranger, mais aussi pour le cataclysme régional et mondial qui en a résulté, se tiennent à distance. Depuis lors, George Bush Jr s'est mis à la peinture tandis que Tony Blair et John Howard se sont mus en conférenciers chèrement rétribués, préférant vendre des discours de prétendue sagesse par l'intermédiaire de conférences.

 lemonde.fr

Sur le bilan de la guerre d'Irak

Le pillage des sites archéologiques de l'Irak : l' "une des plus grandes catastrophes culturelles de l'histoire récente du Moyen-Orient".

A la chute de Bagdad, les trésors de l'Irak ont été perdus. Les forces américaines ont manqué à leur devoir de protection du patrimoine irakien après l'invasion de 2003, provoquant ainsi la perte de milliers d'objets anciens - l'une des plus grandes catastrophes culturelles de l'histoire récente du Moyen-Orient.

Le New York Times avait qualifié le pillage du musée et de son inestimable collection d'objets archéologiques - dont beaucoup remontaient aux premiers jours de la  culture et de la civilisation humaines- de l'"une des plus grandes catastrophes culturelles de l'histoire récente du Moyen-Orient".

Bien que le personnel du musée soit parvenu à mettre en sécurité plus de 8.000artefacts avec peu d'aide externe, plus de 15.000 objets historiques ont disparu en l'espace de deux jours.

La professeure Elizabeth Stone, archéologue au département d'anthropologie de l'université Stoney Brook à New York, a utilisé des images satellites pour estimer que plus de 40 % des près de 1.500 sites surveillés dans le sud de l'Irak présentaient des preuves de dévastation en décembre 2003.

L'État islamique a également organisé un "pillage massif et méthodique" pour affirmer sa domination sur les minorités culturelles irakiennes et générer des revenus illicites grâce aux "antiquités de sang", lesquels ont été estimés à 30 pour cent des revenus du groupe à un moment donné.

  •  middleeasteye.net
  • Pour le locuteur arabophone,  cf ce lien الغارديان: الدرس الحقيقي لغزو العراق؟ احذر من الجواسيس والحلفاء الذين قد يجرونك إلى الحرب - Ar Rai Al Yom 18 Mars 2023

Image en vedette : Capture d'écran du site Mandaniya. Stefan Rousseau / POOL / AFP

La source originale de cet article est  madaniya.info

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