29/03/2026 reseauinternational.net  16min #309328

L'Empire au guichet : Ormuz, le jour où le monde a commencé à faire payer la puissance

Guerre d'Iran, illusion de domination et naissance brutale d'un ordre où les flux ne sont plus gratuits pour ceux qui prétendent les contrôler

Introduction

Il existe des guerres qui détruisent des infrastructures, des villes, des armées, et puis il existe des guerres plus rares, plus profondes, plus dangereuses pour ceux-là mêmes qui les déclenchent, parce qu'elles finissent par déplacer le centre de gravité du monde. Celle qui se joue aujourd'hui autour de l'Iran pourrait bien appartenir à cette seconde catégorie. Derrière le vacarme des missiles, derrière la saturation des récits, derrière les démonstrations martiales et les postures de fermeté, quelque chose d'infiniment plus grave est peut-être en train de se produire : le moment où la puissance cesse d'être gratuite pour ceux qui se croyaient encore propriétaires naturels des routes, des mers, des flux, des monnaies et, au fond, du droit même d'organiser le désordre mondial au nom de l'ordre. Ce qui se joue n'est peut-être pas simplement une nouvelle séquence de guerre au Moyen-Orient. Cela pourrait être le début d'un monde où l'Empire n'ouvre plus les routes : il se présente désormais au guichet.

par Dr. Eloi Bandia Keita

Il faut d'abord commencer par briser une illusion qui, depuis des décennies, structure l'imaginaire stratégique occidental : celle d'une guerre encore maîtrisable par ceux qui la déclenchent. Pendant très longtemps, les États-Unis ont vécu dans une certitude presque théologique de leur propre puissance. Ils pouvaient ouvrir un théâtre, y injecter de la force, calibrer l'intensité de l'escalade, déplacer la peur sur le territoire adverse, puis, au moment politiquement opportun, déclarer que l'objectif avait été atteint, même si le terrain, lui, disait souvent autre chose. Cette mécanique a fonctionné tant que trois conditions restaient réunies : une supériorité écrasante, une asymétrie presque totale et, surtout, l'incapacité du reste du monde à faire remonter le coût de la guerre vers le cœur du système impérial lui-même. Or c'est précisément ce verrou qui est en train de céder.

Washington peut encore frapper, menacer, saturer, redéployer, projeter des forces, multiplier les gesticulations de fermeté, envoyer des signaux aux alliés et faire mine d'écrire encore les règles du jeu. Mais ce qui lui échappe désormais de plus en plus, ce n'est pas sa capacité de nuisance. C'est sa capacité de contenir les conséquences de sa propre nuisance. Et c'est là que commence le vrai basculement. Car chaque action n'est plus seulement un acte militaire localisé, elle devient une onde systémique qui remonte par les détroits, par les assurances maritimes, par les marchés pétroliers, par les chaînes logistiques, par les anticipations obligataires, par les arbitrages monétaires, par la psychologie des puissances émergentes et par cette fatigue historique, désormais mondiale, à l'égard d'un ordre international qui ne cesse de se présenter comme juridique lorsqu'il est dominé, et comme brutal lorsqu'il est contesté.

L'erreur la plus profonde des stratèges occidentaux est peut-être d'avoir cru que l'Iran répondrait selon les vieux schémas, c'est-à-dire selon une logique de simple endurance punitive : absorber, menacer, encaisser, survivre, puis revenir à la table dans une position affaiblie. Or ce que l'on observe est d'une autre nature. L'Iran ne cherche pas seulement à tenir. Il cherche à redéfinir le terrain et c'est une différence immense. Car on peut survivre dans une guerre sans jamais en changer l'architecture ; mais lorsqu'un acteur parvient à déplacer le centre de gravité du conflit, il ne subit plus seulement l'histoire, il commence à l'écrire.

C'est exactement ce qui rend la séquence actuelle si dangereuse pour Washington, pour Tel-Aviv, et plus largement pour tous ceux qui vivent encore dans le logiciel des guerres verticales, rapides, démonstratives, où la technologie devait suffire à imposer une hiérarchie politique durable. L'Iran semble avoir compris quelque chose que les empires oublient toujours lorsqu'ils deviennent trop sûrs d'eux-mêmes : au XXIe siècle, la puissance ne se mesure pas seulement à la capacité de détruire, mais à la capacité de transformer la destruction subie en architecture du coût pour l'adversaire. Et c'est exactement là que se situe le génie froid, patient, presque civilisationnel de la réponse iranienne.

Car au fond, la vraie guerre n'est plus seulement militaire, elle est devenue géographique, logistique, énergétique, financière, monétaire, psychologique, narrative et civilisationnelle à la fois. Et c'est précisément pour cette raison que le détroit d'Ormuz n'est plus un simple point de passage, il est devenu un révélateur du monde qui vient. Pendant des décennies, Ormuz a été présenté comme l'un des grands points névralgiques de la planète, certes vulnérable, certes sensible, certes toujours susceptible d'être perturbé, mais au fond stabilisé par une promesse implicite : celle de la garantie impériale américaine. Le message était simple, presque arrogant dans sa banalité : les flux passent parce que nous sommes là le commerce circule parce que nous tenons la mer, le pétrole alimente le monde parce que nous restons les gardiens du passage. Or ce message vacille désormais.

Ce qui émerge aujourd'hui, même de manière encore incomplète, même de manière encore mouvante, même sous brouillard de guerre, est d'une portée historique immense : la possibilité qu'un chokepoint énergétique mondial cesse d'être simplement un espace surveillé pour devenir un espace politiquement hiérarchisé, logistiquement filtré et potentiellement monétisé selon des critères qui ne relèvent plus de la vieille souveraineté implicite américaine. Et c'est là, peut-être, le vrai séisme de cette guerre. Non pas simplement les missiles, non pas simplement les destructions, non pas simplement les déclarations martiales ; mais le fait qu'un acteur sanctionné, harcelé, ciblé, pressuré depuis des décennies soit en train de montrer au monde qu'un passage mondial peut cesser d'être un droit naturel pour redevenir ce qu'il n'aurait jamais cessé d'être : un levier.

Et un levier, dans l'histoire, finit toujours par devenir un tarif.

C'est pourquoi ce qui se joue autour du pétro-yuan, des circuits de paiement alternatifs, des modalités de transit, des conditions d'accès et des nouvelles règles implicites ou explicites de passage est infiniment plus important que la plupart des bavardages tactiques de plateau télé. Car qu'un système alternatif soit encore partiel, fragile, improvisé, limité ou opportuniste importe moins que le précédent psychologique qu'il crée. Les empires monétaires ne meurent pas d'abord dans les chiffres, ils meurent d'abord dans l'imaginaire. Tant que le dollar restait lié à la sécurité, à la fluidité des routes, à la continuité du commerce, il était plus qu'une monnaie : il était une évidence. Mais si la sécurité devient négociable, si les routes deviennent conditionnelles, si le passage cesse d'être neutre, alors la monnaie elle-même cesse d'être intangible.

Et c'est précisément ici que les États-Unis commencent à entrer dans une zone de vulnérabilité qu'ils connaissent mal : celle d'une puissance qui peut encore projeter la force, mais qui ne peut plus le faire sans fragiliser le système qui fonde sa propre centralité. Washington peut encore déployer des milliers d'hommes, des moyens navals, des dispositifs de pression, des opérations de "sécurisation", des postures d'encerclement, des menaces calibrées et des ultimatums théâtralisés. Mais chaque geste désormais produit un effet secondaire. Le pétrole monte, le gaz se tend, les assurances explosent, les ports deviennent nerveux, les chaînes logistiques commencent à intégrer le risque, les marchés obligataires froncent les sourcils, les investisseurs se couvrent, les alliés regardent leur propre vulnérabilité, et les opinions du Sud global comprennent que la guerre n'est plus simplement une démonstration de force occidentale ; elle est peut-être devenue une démonstration de ses propres limites.

Il faut ici dire les choses clairement : le vrai problème américain n'est pas seulement militaire, il est systémique. Car une guerre contre l'Iran ne se gagne pas simplement par l'accumulation de moyens. Elle se heurte immédiatement à la matérialité brutale du monde réel : géographie, profondeur, saturation, endurance, dissuasion, multiplicité des fronts indirects, dépendance des alliés, fragilité des hubs énergétiques et, surtout, impossibilité croissante de dissocier la guerre extérieure de son prix intérieur. Le vieux privilège impérial consistait à exporter la violence tout en important les bénéfices. Ce privilège est désormais entamé. L'Empire découvre qu'il peut encore punir, mais qu'il ne peut plus punir sans facture.

Et lorsqu'une superpuissance commence à recevoir la facture de ses propres réflexes, elle entre dans une phase dangereuse : celle où elle hésite entre l'escalade pour sauver la face et le retrait pour sauver le système.

C'est exactement ce qui rend si suspecte toute cette agitation autour d'un possible "débarquement", de "sécurisations limitées", d'"opérations ciblées", de prises d'îlots, de corridors maritimes, d'actions navales à faible profondeur politique mais à forte valeur symbolique. Lorsqu'une puissance commence à parler de gestes intermédiaires, c'est rarement le signe d'une sérénité stratégique. C'est le signe d'une puissance qui cherche un acte assez fort pour restaurer l'image de maîtrise, mais pas assez profond pour déclencher un enfer logistique et politique dont elle ne serait plus capable de sortir proprement. Or l'histoire montre que ces zones intermédiaires sont souvent les plus dangereuses, parce qu'elles cumulent l'escalade sans la décision, la démonstration sans la résolution, la brutalité sans la victoire.

Et dans ce théâtre-là, l'Iran semble avoir un avantage psychologique considérable : il ne lui est pas nécessaire de gagner au sens occidental du terme. Il lui suffit de tenir assez longtemps, assez intelligemment, assez asymétriquement, pour transformer l'intervention adverse en démonstration d'impuissance coûteuse. C'est une logique que beaucoup en Occident continuent de sous-estimer, parce qu'ils restent prisonniers d'une lecture quantitative de la puissance. Or la puissance n'est pas toujours ce qui détruit le plus. La puissance, parfois, est ce qui oblige l'autre à dépenser davantage pour obtenir moins.

C'est là que l'on comprend aussi la position extraordinairement délicate des alliés régionaux des États-Unis, en particulier les monarchies du Golfe, et plus encore les Émirats arabes unis. Car le cas émirati est presque un cas d'école de la fragilité moderne. Dubaï et, plus largement, l'architecture économique émiratie ont été vendues pendant des années comme la version la plus aboutie de la mondialisation sans ancrage : ports, aviation, data centers, luxe, logistique, finance, neutralité d'affaires, fluidité des flux, empire de connectivité. Mais précisément parce qu'ils sont des nœuds, ils sont vulnérables. Un hub n'est pas une forteresse. Un hub vit de continuité, de confiance, de prévisibilité, de fluidité. Il ne vit pas de chaos stratégique prolongé. Dès lors, si les routes se militarisent, si les flux deviennent conditionnels, si la guerre commence à s'installer dans les points de passage et dans les imaginaires assurantiels, alors ce ne sont pas seulement quelques installations qui sont menacées, c'est le modèle tout entier qui commence à trembler.

C'est pourquoi la tentation de l'alignement plus ouvert contre l'Iran, si elle devait se confirmer, serait peut-être l'une des erreurs les plus coûteuses que les Émirats puissent commettre. Car la puissance-hub oublie souvent que sa plus grande force - son hyperconnexion - est aussi sa plus grande fragilité. Plus un système est dense, plus il devient sensible à la perturbation. Plus une économie vit du transit, plus elle est vulnérable à la militarisation du transit. Plus un modèle repose sur la confiance internationale, plus il souffre d'une simple montée durable du risque.

Israël, lui aussi, se trouve confronté à une vérité beaucoup plus corrosive que la simple question des dégâts matériels. Le problème israélien, dans cette guerre, n'est pas seulement de savoir combien de frappes peuvent être interceptées, combien de systèmes tiennent encore, combien de destructions peuvent être dissimulées ou combien de jours supplémentaires la société peut absorber sous régime de saturation. Le problème, plus profond, est celui de la démythification stratégique. Car un État peut conserver une puissance de feu redoutable et commencer pourtant à perdre quelque chose d'essentiel : l'évidence psychologique de son invulnérabilité structurante. Et lorsqu'un État cesse d'incarner la certitude, il entre dans une guerre d'usure narrative qu'aucune supériorité technologique ne suffit plus à résoudre.

Il faut ici avoir le courage de nommer la chose : depuis des années, Israël et ses protecteurs occidentaux ont vécu sur l'idée qu'il existait, au fond, un droit implicite à l'asymétrie permanente. Le droit de frapper plus loin, plus fort, plus vite, avec plus de légitimité automatique, plus de marge diplomatique, plus de protection médiatique, plus de tolérance juridique. Or si cette guerre montre quelque chose, c'est que ce privilège de verticalité stratégique commence à être contesté non seulement militairement, mais psychologiquement, politiquement et symboliquement et c'est cela qui rend la séquence si lourde. Car lorsqu'un privilège stratégique cesse d'être évident, tout le système d'autorité qui en dépend commence à trembler.

Mais au fond, la question décisive reste celle-ci : que veulent réellement les États-Unis et Israël ? Quelle est la finalité réelle de cette séquence ? S'il s'agissait uniquement d'une démonstration de force, le coût commence déjà à dépasser le bénéfice. S'il s'agissait d'une neutralisation durable de l'Iran, les conditions réelles d'un tel objectif paraissent vertigineusement lourdes. S'il s'agissait d'une restauration régionale de l'ordre, l'effet produit semble au contraire être une accélération de la fragmentation. Et s'il s'agissait, plus profondément, de réaffirmer un principe - celui selon lequel certains acteurs ont encore le droit exclusif de fixer qui peut dissuader, qui peut enrichir, qui peut commercer, qui peut armer, qui peut traverser et sous quelle monnaie - alors il se pourrait bien que cette guerre soit en train de produire exactement l'inverse.

Car le vrai risque pour Washington et Tel-Aviv n'est pas seulement de ne pas vaincre complètement l'Iran. Le vrai risque est de lui avoir offert, par excès de brutalité, la possibilité historique de se transformer aux yeux d'une grande partie du monde en matrice de résistance souveraine crédible, et cette dimension-là est capitale. En Afrique, en Asie, en Amérique latine, dans tous les espaces où la mémoire de la domination reste vive, cette guerre est observée avec une attention qui dépasse de loin la seule géopolitique régionale. Beaucoup n'y voient pas simplement un affrontement entre États, ils y voient un test de vérité sur une question devenue centrale pour l'époque : est-il encore possible, pour une puissance non occidentale, lourdement sanctionnée, technologiquement contenue, financièrement étranglée, d'encaisser la pression maximale, de rester debout, de répondre et, plus encore, de faire payer ceux qui l'attaquent ?

Si la réponse devient, ne serait-ce qu'en partie, oui, alors les conséquences intellectuelles et politiques dépasseront largement le théâtre iranien.

C'est ici que le monde multipolaire cesse d'être un slogan de conférence pour commencer à prendre la forme d'une pratique concrète avec les parrains chinois et russes activement silencieux. Non pas un ordre harmonieux, non pas un paradis géopolitique, non pas une idylle naïve entre puissances vertueuses, mais un monde où le monopole du coût, du récit, de la sanction et du passage commence à se fragmenter. Ce n'est pas un détail, c'est une révolution silencieuse. Car pendant très longtemps, l'Occident a imposé non seulement ses armes, mais aussi sa définition du normal. Normal que certaines bases existent partout, normal que certaines monnaies règnent partout, normal que certaines guerres soient légitimes par principe, normal que certaines puissances puissent bloquer, sanctionner, isoler, punir et même détruire sans jamais être réellement exposées au retour de flamme structurel. Or ce "normal" est précisément ce qui commence à se fissurer.

La séquence actuelle est peut-être la première grande scène contemporaine où l'on voit aussi clairement une puissance régionale dire, en actes et non plus seulement en discours : si vous voulez continuer à transformer notre environnement en théâtre de vos guerres, alors vous paierez aussi sur le terrain des flux, des coûts, des assurances, des monnaies, des marchés, des hubs, des détroits et des dépendances que vous pensiez avoir définitivement sécurisés.

Autrement dit : la guerre change de langue.

Elle ne parle plus seulement le langage des frappes, elle parle désormais celui du péage.

C'est peut-être cela que les stratèges américains ont le plus de mal à intégrer, parce que toute leur culture impériale repose encore sur une idée ancienne : la mer est libre lorsqu'ils la tiennent. Or voici peut-être venu le moment où une autre logique émerge : la mer n'est plus libre lorsqu'elle peut vous faire payer politiquement votre propre arrogance stratégique.

À court terme, le scénario le plus probable n'est pas celui d'une grande guerre terrestre classique, malgré les fantasmes, les rodomontades et les intoxications. Une telle option serait d'un coût si extravagant, si instable, si imprévisible, qu'elle relèverait moins de la stratégie que du délire impérial terminal. En revanche, le risque d'escalade fragmentée, de démonstrations violentes mais calibrées, de frappes supplémentaires, de pressions navales, de manœuvres d'intimidation, de provocations périphériques, de mises à l'épreuve successives des lignes rouges, lui, est considérable. Et c'est précisément cette zone grise qui peut devenir la plus destructrice, parce qu'elle permet à chacun de prétendre qu'il ne veut pas la guerre totale tout en fabriquant jour après jour les conditions d'une catastrophe élargie.

À moyen terme, en revanche, une chose paraît déjà plus solide que bien des analyses tactiques : même si cette guerre se refroidit, même si un compromis partiel émerge, même si Washington déclare avoir "atteint ses objectifs", même si Tel-Aviv tente de reconstruire son récit, le monde ne reviendra pas exactement à l'état antérieur. Ormuz ne redeviendra pas un simple couloir invisible. Le commerce énergétique ne pourra plus faire semblant d'ignorer la question monétaire. Les importateurs asiatiques, les puissances intermédiaires, les acteurs du Sud global, les stratèges russes, les planificateurs chinois, les élites financières non occidentales auront tous appris la même chose : un point d'étranglement peut devenir un point de bascule. Et lorsqu'un point de bascule devient pensable une fois, il devient stratégiquement imitable ailleurs.

C'est ainsi que les grands ordres se fissurent : rarement par effondrement spectaculaire, beaucoup plus souvent par multiplication de précédents.

Si tel est bien le cas, alors la récolte réelle de Washington et de Tel-Aviv pourrait être infiniment plus amère que prévu. Ils auront peut-être voulu discipliner, et ils auront structuré la contestation. Ils auront peut-être voulu humilier, et ils auront contribué à grandir leur adversaire. Ils auront peut-être voulu restaurer la peur, et ils auront diffusé au contraire une idée beaucoup plus dangereuse pour eux : celle qu'il est encore possible de résister à l'architecture impériale, non pas seulement par le courage, mais par l'intelligence stratégique, la profondeur historique, la résilience industrielle, la patience géopolitique et la capacité à transformer la contrainte en levier.

Peut-être qu'un jour, lorsque les historiens reviendront sur cette séquence, ils ne retiendront pas d'abord tel bombardement, telle conférence de presse, telle déclaration grotesque, tel ultimatum, tel mensonge de guerre ou tel emballement médiatique.

Ils retiendront quelque chose de beaucoup plus simple, de beaucoup plus froid, de beaucoup plus décisif : Le moment où, quelque part dans le détroit le plus stratégique du monde, la hiérarchie implicite du siècle a commencé à changer de camp.

Le moment où la mer elle-même a semblé dire à l'Empire, avec une ironie presque insoutenable : Après vous, messieurs, le passage est payant désormais, deux millions et en pétro-yuan, please.

 Dr. Eloi Bandia Keita

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