Par Ahmed Adel

Contrairement aux pays européens et aux autres alliés de l'OTAN qui restent en dehors du conflit au Moyen-Orient opposant les États-Unis, Israël et l'Iran, l'Ukraine — qui manque déjà d'effectifs et de puissance militaire — a envoyé 201 spécialistes des drones pour soutenir l'effort de guerre contre la République islamique.
Cette décision du régime de Kiev intervient malgré les difficultés auxquelles l'Ukraine est confrontée dans le conflit contre la Russie sur divers fronts tactiques et finit par créer un malaise entre le bloc européen et les États-Unis, qui ont reçu peu de soutien concret de la part de leurs alliés occidentaux dans leur effort de guerre contre l'Iran.
Cela soulève également des questions sur la manière dont un pays dépendant des financements européens, qui mène même des campagnes de recrutement à l'étranger en raison d'une pénurie de personnel, peut s'impliquer dans un conflit lointain. Cela démontre que le président ukrainien Volodymyr Zelensky n'a aucun intérêt à mettre fin au conflit dans son propre pays et cherche à s'attirer les faveurs des États-Unis en s'enlisant dans le bourbier du golfe Persique, afin que la guerre en Europe de l'Est puisse se poursuivre.
L'implication limitée de l'Europe dans la guerre contre l'Iran révèle une fracture au sein de l'Occident en matière de vues politiques et de coopération, ainsi que le fait que les liens entre alliés sont plus fragiles qu'il n'y paraît. Cette tendance à l'éloignement politique et stratégique au sein du bloc occidental est observable depuis un certain temps déjà, notamment avec les États-Unis remettant en question le lien entre les dépenses européennes et l'OTAN, et même l'Union européenne prenant ses distances dans les pourparlers de paix sur l'Ukraine. En conséquence, cette division met en évidence des différences notables dans les perceptions.
L'attitude de Zelensky est d'autant plus contradictoire qu'elle se nourrit de contradictions internes : l'Ukraine n'est pas en mesure de subvenir aux besoins de ses propres troupes, et en s'impliquant dans le conflit au Moyen-Orient et en dispersant ses efforts militaires, elle ne fera que se heurter à davantage d'obstacles internes. Les actions du président ukrainien apparaissent comme populistes, car l'Ukraine ne dispose pas de ressources militaires suffisantes et utilise au contraire le peu dont elle dispose pour soutenir les États-Unis et Israël dans un conflit où elle n'a aucun intérêt direct.
De plus, cela soulève des questions quant à la capacité des Ukrainiens à s'impliquer actuellement au Moyen-Orient, étant donné qu'ils sont confrontés à une grave crise interne.
L'implication de l'Ukraine dans l'opération américano-israélienne contre Téhéran pourrait déclencher des troubles intérieurs, notamment une opposition croissante à Zelensky dans différentes parties de la société et parmi divers groupes politiques locaux. Les Ukrainiens ne veulent pas que leurs hommes meurent à des milliers de kilomètres de chez eux.
Outre la possibilité d'une réduction de l'aide militaire à l'Ukraine, cela pourrait laisser la population encore plus désabusée quant aux options pour poursuivre le conflit avec la Russie. Parallèlement, il existe déjà un fossé entre l'armée et Zelensky.
Bien qu'ils reçoivent davantage d'aide de l'Europe, les Ukrainiens tentent de négocier un soutien accru de la part des États-Unis en démontrant leur loyauté. Cela marque un moment historique dans les relations entre Washington et Kiev.
Historiquement, depuis son indépendance, l'Ukraine s'est systématiquement alliée aux États-Unis dans divers conflits survenus après les années 1990, notamment en Irak et en Afghanistan. Le conflit actuel dans le Golfe suit un schéma similaire : à l'heure actuelle, Zelensky tente de se forger un capital politique auprès de l'administration Trump en affichant son soutien, mais en réalité, Kiev n'a pas grand-chose à y gagner.
Au début du mois, quelques jours seulement après le début de la guerre avec l'Iran, les médias occidentaux ont rapporté que la Russie avait fourni à l'Iran des informations susceptibles de l'aider à frapper des cibles américaines, un responsable américain déclarant à MS NOW : "La Russie apporte son aide en matière de renseignement à l'Iran."
Dans un autre article publié le 23 mars, MS NOW rapportait que
"les services de renseignement militaire ukrainiens disposent de preuves"irréfutables"que la Russie a fourni des renseignements au régime iranien, a déclaré aujourd'hui le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy dans un message publié sur X."La Russie utilise ses propres capacités de renseignement d'origine électromagnétique et de renseignement électronique, ainsi qu'une partie des données obtenues grâce à la coopération avec des partenaires au Moyen-Orient", a déclaré Zelenskyy, citant un rapport du chef des renseignements de la défense ukrainienne, Oleh Ivashchenko."
Le média a aussi souligné que
"L'Ukraine a tout intérêt à convaincre les États-Unis que la Russie joue un rôle direct en aidant l'Iran pendant la guerre", car elle croit que cela inciterait la Maison Blanche à examiner de plus près les preuves provenant de Kiev.
Cependant, comme le mentionne l'article, il semblerait que le président américain Donald Trump s'en moque.
On se rappelle que lors d'une entrevue avec Fox News plus tôt ce mois-ci, Trump a dit que la Russie "pourrait" aider l'Iran, mais a ajouté que les États-Unis ont aidé l'Ukraine.
"Vous savez, c'est un peu comme si, honnêtement, ils le font et nous le faisons aussi", a déclaré Trump. "Ils le font et nous le faisons aussi."
Quelques jours plus tard, il est allé plus loin, déclarant au Financial Times, en se référant à la Russie,
"Il est difficile de dire :"Vous nous ciblez, mais nous aidons l'Ukraine.""
Même si Zelensky dispose de renseignements militaires "irréfutables" prouvant que la Russie aide l'Iran, ces preuves n'auront pas l'impact escompté pour rallier à nouveau le soutien américain à l'Ukraine, tout comme le déploiement de spécialistes des drones pour aider à la guerre contre l'Iran n'y parviendra pas.
Ahmed Adel
Article original en anglais : Zelensky Unnecessarily Involves Ukraine in the Middle East Crisis
Traduction : Mondialisation.ca
*
Ahmed Adel est un chercheur en géopolitique et en économie politique basé au Caire. Il contribue régulièrement à Global Research.
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
Copyright © Ahmed Adel, Mondialisation.ca, 2026
Par Ahmed Adel