09/03/2026 ismfrance.org  5min #307122

La doctrine Trump : Quand la guerre devient un modèle économique

 Adnan Hmidan, 7 mars 2026. Les explosions qui résonnent actuellement en Iran, au Liban et dans certaines régions du Golfe ne sont pas seulement le bruit d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Elles reflètent aussi une mentalité politique particulière, qui considère le conflit non comme un dernier recours, mais comme un instrument de négociation.

Iran, mars 2026.

Pour comprendre l'escalade actuelle, il est nécessaire de dépasser le langage traditionnel de la diplomatie et de la sécurité. Il faut plutôt tenter de saisir la vision du monde de l'homme qui occupe actuellement la Maison-Blanche : Donald Trump.

Dans l'univers politique de Trump, la guerre est rarement envisagée en termes moraux ou humanitaires. Elle est appréhendée à travers le prisme du rapport de force, du marchandage et des arrangements. Le vocabulaire de la tragédie cède la place à celui de la transaction.

Lorsqu'une frappe israélienne, prétendument soutenue par les États-Unis, a touché une école primaire de l'est de l'Iran il y a quelques jours, tuant des dizaines d'enfants, la communauté internationale s'attendait aux rituels diplomatiques habituels : déclarations de préoccupation, expressions de regret, peut-être un appel à la retenue. Rien de tout cela n'a été fait sous une forme significative. Mais ce silence est révélateur.

Pour un dirigeant façonné par la culture des transactions immobilières à haut risque, présenter des excuses a un coût stratégique. Des excuses impliquent une prise de responsabilité, et la responsabilité affaiblit le pouvoir de négociation. Dans la logique de la politique transactionnelle, maintenir sa domination exige de projeter une image de certitude et de refuser toute vulnérabilité morale.

Une vision marchande du monde

Les théories traditionnelles des relations internationales partent du principe que les États recherchent la stabilité, l'équilibre des puissances et des alliances prévisibles. La vision du monde de Trump remet en question ce postulat.

Issu du monde de la spéculation immobilière, il semble percevoir le système international moins comme une communauté d'États que comme un marché concurrentiel. Les pays sont assimilés à des actifs. Les alliances à des contrats. Les conflits se transforment en négociations aux enjeux considérablement accrus.

Dans ce contexte, le monde ressemble davantage à une salle des ventes qu'à un ordre diplomatique. L'objectif n'est pas un équilibre durable, mais l'obtention d'un maximum de concessions.

Il n'y a donc ni alliés permanents ni ennemis permanents ; seulement des accords lucratifs et des arrangements coûteux qui n'attendent qu'à être renégociés.

La sécurité elle-même devient une marchandise.

Beyrouth, mars 2026.

La marchandisation de la sécurité

Pendant des décennies, les États-Unis se sont présentés comme les garants de la stabilité internationale. Pourtant, sous Trump, cette garantie prend de plus en plus la forme d'un service payant.

Les États du Golfe illustrent clairement cette dynamique. Ils sont traités moins comme des partenaires stratégiques que comme des clients dans une relation de protection. Les engagements en matière de sécurité sont abordés sous un angle financier. La présence militaire devient un levier. La loyauté politique se mue en atout transactionnel.

Dans un tel contexte, l'instabilité peut paradoxalement servir des intérêts stratégiques. Les tensions persistantes renforcent la dépendance à l'égard d'une protection extérieure, garantissant ainsi la pérennité du marché de la sécurité.

La guerre comme moyen de négociation

L'approche de Trump face à l'Iran illustre cette logique.

L'escalade ne vise pas nécessairement une victoire militaire décisive. Elle consiste plutôt à faire monter les enchères avant même le début des négociations. Frappes militaires, pressions économiques et manœuvres politiques risquées servent d'outils pour accroître son influence.

En langage commercial, il s'agit d'une stratégie destinée à renchérir le compromis.

Le danger est évident : lorsque la guerre s'intègre au processus de négociation, le coût humain passe au second plan face à l'avantage stratégique perçu.

Les pertes civiles, les villes dévastées et l'instabilité régionale risquent de devenir des variables collatérales d'un calcul géopolitique.

Le risque d'un pouvoir personnalisé

Cette approche introduit un autre danger : la personnalisation de la politique internationale.

Comme l'a souligné Edward Luce, chroniqueur au Financial Times, la stabilité mondiale se fragilise lorsque les décisions géopolitiques sont moins guidées par un consensus institutionnel que par l'instinct personnel et le calcul politique.

Les politiques peuvent changer brusquement. Les alliances peuvent être remises en question du jour au lendemain. Les décisions stratégiques peuvent être influencées par des pressions électorales ou des discours politiques personnels plutôt que par une planification à long terme. Il en résulte un monde où l'imprévisibilité devient elle-même la caractéristique centrale de la politique mondiale.

Une leçon régionale difficile

Pour de nombreux États du Moyen-Orient, la crise actuelle est un rappel brutal.

Dépendre de garanties de sécurité extérieures a toujours comporté des risques, mais ces risques sont considérablement accrus lorsque le garant envisage la sécurité avant tout sous un angle transactionnel.

Le prétendu "parapluie américain" pourrait finalement servir moins de bouclier que d'outil de négociation.

S'il y a une leçon à tirer du conflit actuel, c'est peut-être que la stabilité régionale ne peut être externalisée indéfiniment. Une sécurité durable exige une résilience interne, une coopération régionale et une indépendance vis-à-vis des calculs changeants des puissances mondiales.

La vraie question est peut-être la suivante : Et si les explosions qui secouent le Moyen-Orient n'étaient pas seulement le fruit de rivalités géopolitiques ?

Et si elles faisaient aussi partie d'une stratégie de négociation ?

Si cela s'avère ne serait-ce qu'en partie vrai, alors la région n'assiste pas simplement à une nouvelle guerre.

Elle assiste au moment où la guerre elle-même devient un modèle économique.

Article original en anglais sur  Middle East Monitor / Traduction MR

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