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Usine de dessalement dans le Golfe. [Image d'illustration]
La guerre avec l'Iran expose les pays du Golfe à une nouvelle vulnérabilité : l'accès à l'eau et à la nourriture. Les usines de dessalement, essentielles à l'approvisionnement en eau, pourraient devenir des cibles stratégiques. La fermeture du détroit d'Ormuz menace aussi les importations alimentaires dont dépend largement la région.
La guerre opposant les États-Unis et Israël à l'Iran ne menace pas seulement la production d'énergie dans le Golfe. Elle expose aussi deux ressources vitales pour la région, l'eau et la nourriture. Alors que les infrastructures pétrolières sont déjà visées par des frappes et des drones iraniens, les experts redoutent désormais que les installations de dessalement d'eau, essentielles à la survie des États du Golfe, puissent devenir des cibles.
Le long du golfe Persique, plus de 400 usines de dessalement assurent l'essentiel de l'approvisionnement en eau potable. Dans des pays où les réserves d'eau douce naturelles sont extrêmement limitées, ces installations sont devenues indispensables au fonctionnement des villes, de l'industrie et de l'agriculture. Les pays du Golfe représentent aujourd'hui près de 60 % de la capacité mondiale de dessalement.
Une carte maîtresse pour l'Iran
La dépendance est particulièrement marquée dans certains États. Au Koweït, environ 90 % de l'eau potable provient de ces usines, contre 86 % à Oman et 70 % en Arabie saoudite. Aux Émirats arabes unis, elles assurent près de la moitié de l'approvisionnement. Selon plusieurs experts, une attaque contre ces infrastructures provoquerait une crise humanitaire majeure en quelques jours, en particulier dans des pays de petite taille comme le Qatar ou Bahreïn, dont les réserves stratégiques restent limitées.
Pour l'instant, l'Iran n'a pas ciblé ces installations, ce que certains analystes interprètent comme une forme de retenue stratégique. Téhéran privilégie pour l'instant des frappes contre des infrastructures énergétiques afin d'imposer un coût économique à ses adversaires. Une attaque contre les usines de dessalement constituerait toutefois un seuil d'escalade majeur.
Parallèlement, la fermeture de facto du détroit d'Ormuz et les perturbations du trafic aérien menacent les chaînes d'approvisionnement alimentaires de la région. Les États du Golfe importent entre 80 et 90 % de leurs denrées alimentaires, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux perturbations logistiques.
Si certains pays ont constitué des stocks pour plusieurs mois, la combinaison de la hausse des coûts de transport, des difficultés d'assurance maritime et du ralentissement des échanges pourrait rapidement provoquer une inflation alimentaire. Dans une région dont l'économie repose largement sur les importations et les échanges mondiaux, la guerre pourrait ainsi fragiliser un modèle économique déjà très dépendant de routes commerciales désormais incertaines.