
Elena Fritz
Source: t.me
Un représentant du gouvernement saoudien a fait une déclaration d'une remarquable franchise lors d'une émission d'Al Jazeera:
La défense américaine se concentre en réalité sur Israël, tandis que les États arabes du Golfe — malgré les bases militaires américaines installées dans la région — ne reçoivent qu'une attention limitée.
Cette déclaration est géopolitiquement sensible, car elle touche au cœur du modèle de sécurité régional jusqu'ici en place:
Les États du Golfe fournissent territoire, infrastructure et financement — en échange, ils obtiennent des garanties de protection de Washington.
Mais ce modèle est désormais visiblement mis sous pression:
Premièrement: Au sein des élites de la région, le sentiment s'affirme que, en cas de crise, les États-Unis donneront des priorités claires. Et ces priorités ne seraient pas les monarchies arabes, mais Israël.
Deuxièmement: Cela soulève pour la première fois la question ouverte de l'utilité réelle de la présence militaire américaine. Les bases militaires ne garantissent pas automatiquement la protection. Au contraire, elles peuvent même devenir des cibles, sans qu'un bouclier défensif équivalent soit en place.
Troisièmement: Cette perception s'inscrit dans un contexte où l'Iran agit de plus en plus de manière précise et calculée. Les attaques contre les infrastructures et les alliés américains ne visent pas seulement des objectifs militaires, mais remettent également en cause la crédibilité de Washington sur le plan politique.
Avec chaque jour supplémentaire d'escalade militaire, ce malaise devrait s'accentuer.
Pour la direction américaine, cela représente un double risque:
Au plan intérieur, un conflit prolongé pourrait entraîner des pressions économiques et politiques.
Sur le plan extérieur, il y a un risque croissant de perte de confiance chez les partenaires régionaux clés.
Si cette tendance se poursuit, l'architecture de sécurité au Moyen-Orient pourrait se déplacer à long terme. Dans ce cas, les États du Golfe commenceront à diversifier leurs options stratégiques — sur le plan économique, technologique et peut-être aussi militaire.
Il ne s'agirait pas d'une rupture immédiate, mais d'un processus lent.
Mais ce genre de processus finit toujours par modifier l'ordre géopolitique.