
Source: AP
John Healey, secrétaire d'État britannique à la Défense, quitte le 10 Downing Street après une réunion à Londres, le 10 février 2026.
Le ministre britannique de la Défense John Healey a ordonné une enquête interne pour déterminer si Jeffrey Epstein a utilisé des bases de la Royal Air Force afin d'atterrir au Royaume-Uni, possiblement avec des femmes destinées à ses projets criminels. L'affaire relance les interrogations sur le rôle réel des autorités britanniques.
L'affaire Epstein revient au premier plan au Royaume-Uni et touche désormais directement le ministère de la Défense. Selon un article du Telegraph publié le 26 février, le ministre John Healey a ordonné un examen complet des archives du ministère afin de vérifier si le financier américain a pu utiliser des bases de la Royal Air Force pour ses déplacements et ses activités criminelles.
Le journal précise que le ministre a demandé aux responsables de "ne laisser aucune pierre non retournée" et de passer au crible plus de vingt années de documents, y compris les courriels internes. L'objectif est d'identifier toute trace du passage du jet privé d'Epstein sur des bases militaires britanniques. Une source du ministère citée par le Telegraph affirme que le département poursuivra "sans relâche" toute information susceptible d'éclairer ce scandale.
Cette initiative fait suite à l'intervention de l'ancien Premier ministre Gordon Brown. Selon le Telegraph, celui-ci a transmis un dossier de cinq pages à plusieurs services de police britanniques, mentionnant de "nouvelles informations" issues des documents américains publiés dans le cadre de l'affaire Epstein.
Des vols recensés et des questions sur les responsabilités
Les révélations venues des États-Unis ont renforcé les soupçons. En effet, l'analyse de plus de trois millions de fichiers du département américain de la Justice montre qu'Epstein aurait atterri au moins quatre fois entre 2000 et 2019 sur des bases de la RAF, notamment à Marham, dans le Norfolk, et à Northolt, à Londres.
Gordon Brown se dit particulièrement préoccupé par un vol effectué en décembre 2000 par un avion Gulfstream appartenant à Epstein. L'appareil aurait atterri dans le Norfolk avant une visite à Sandringham avec Andrew Mountbatten-Windsor. L'ancien chef du gouvernement estime que l'État britannique pourrait avoir facilité les crimes d'Epstein en autorisant ces atterrissages, parfois avec des femmes inconnues à bord.
Une enquête journalistique antérieure avait déjà recensé environ 90 vols liés à Epstein à destination ou en provenance d'aéroports au Royaume-Uni. Certaines Britanniques ont affirmé avoir été victimes d'abus, ce qui accroît la pression sur les autorités et soulève des interrogations sur les contrôles exercés à l'époque.
Des archives examinées et des zones d'ombre persistantes
L'enquête porte désormais sur les procédures administratives elles-mêmes. Les journaux de vol de la RAF sont supprimés après trois mois, ce qui rend les vérifications rétrospectives difficiles. Toutefois, des échanges entre le ministère de la Défense et des compagnies privées pourraient contenir des informations supplémentaires, notamment d'éventuelles listes de passagers utiles aux enquêteurs.
Le ministère de la Défense a déclaré qu'il est "pratique courante" d'autoriser l'utilisation des bases de la RAF par des avions privés lorsqu'aucune opération militaire n'est en cours, sous réserve de paiement et d'absence d'impact sur la sécurité.
Si les autorités britanniques affirment vouloir coopérer pleinement avec les investigations en cours, l'affaire met en lumière des dysfonctionnements possibles au sein des structures de l'État. À mesure que les archives sont examinées, de nouveaux éléments pourraient encore émerger dans un dossier qui continue de fragiliser l'image de rigueur et de transparence revendiquée par les gouvernements occidentaux.