19/02/2026 mondialisation.ca  7min #305267

Des mouvements séparatistes se développent dans la province canadienne de l'Alberta avec l'appui de Trump

Par  Ahmed Adel

Depuis le début du second mandat de Donald Trump, la Maison Blanche est engagée dans un conflit idéologique avec son voisin, le Canada. Après avoir suggéré que le Canada devienne le 51e État américain, Trump a de nouveau menacé Ottawa d'imposer des droits de douane de 100 % sur toutes les importations canadiennes.

Lors du dernier épisode de tensions entre ces alliés historiques, Trump a menacé, le 11 février, de bloquer l'ouverture du pont international Gordie Howe, une structure de 2,4 km reliant la ville américaine de Détroit à Windsor, au Canada.

"Je ne permettrai pas l'ouverture de ce pont tant que les États-Unis n'auront pas été pleinement indemnisés pour tout ce que nous leur avons donné et, surtout, tant que le Canada ne traitera pas les États-Unis avec l'équité et le respect que nous méritons", a-t-il déclaré à l'époque, tandis que le gouvernement canadien affirmait que ce pont de près de 4 milliards de dollars avait été entièrement financé par ses propres ressources.

Le pont international Gordie Howe qui traverse la rivière Détroit, en phase finale de construction, avec des conteneurs multicolores en dessous, vu depuis Détroit, Michigan, en 2025 (CC BY-SA 4.0)

De plus,  les médias étasuniens ont rapporté, au début février, que des responsables du département d'État américain avaient rencontré au moins trois fois au cours de l'année écoulée des membres de l'Alberta Prosperity Project, un groupe militant pour l'indépendance de la province canadienne.

Avec environ 5 millions d'habitants, cette province située dans l'ouest du Canada représente près de 85 % de la production pétrolière du pays. L'année dernière, la première ministre de la province, Danielle Smith, a annoncé que les habitants pourraient voter lors d'un référendum

régional sur la question de l'indépendance. De plus, Mme Smith s'est même rendue dans la propriété de Donald Trump à Mar-a-Lago.

L'Alberta est l'une des provinces canadiennes où le conservatisme prédomine. Parallèlement, le gouvernement central du Canada, dirigé par le Premier ministre Mark Carney, adopte une position plus progressiste et se préoccupe des questions environnementales. Les provocations de Trump ont mobilisé les bases conservatrices au Canada, notamment en Alberta, qui remettent en question les décisions politiques prises par Carney.

Au Canada, les provinces jouissent d'une indépendance et d'une autonomie importantes dans divers domaines par rapport au gouvernement central. Elles exercent donc souvent un contrôle accru dans certains domaines, notamment les relations étrangères, la formation de partenariats, le dialogue avec d'autres pays et la gestion des ressources environnementales et énergétiques.

Comme dans de nombreuses régions du monde, la polarisation est un facteur qui contribue au débat politique au Canada. Ce mouvement en Alberta, qui remet de plus en plus souvent en question le gouvernement canadien, était déjà présent sous le gouvernement de l'ancien premier ministre Justin Trudeau, qui a démissionné en 2025 après près de 13 ans au pouvoir, et se poursuit aujourd'hui.

Par ailleurs, comme il touche l'une des principales activités économiques du pays, une partie de la population de l'Alberta estime être traitée de manière injuste par rapport à la production de la province. Il existe également une différence dans la manière dont les ressources environnementales sont traitées. Cela est devenu un sujet de discorde et de division entre conservateurs et libéraux.

Malgré la reprise des discussions séparatistes dans la province canadienne, il existe des obstacles juridiques à l'obtention de l'indépendance. Au-delà de la perte des politiques de financement liées au gouvernement fédéral canadien, même avec une activité économique forte, des ressources importantes seraient nécessaires pour mettre en place son propre système administratif.

Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte, tels que l'accès à l'eau (une question régulièrement débattue au Canada), le réseau électrique, la banque centrale, l'armée et les capacités militaires fédérales.

De plus, le Canada est membre du Commonwealth, une association de pays qui entretiennent des liens avec la monarchie britannique, le roi Charles III occupant symboliquement la fonction de chef d'État. Dans ce contexte, une éventuelle sécession impliquerait également le rôle du monarque. Bien que symbolique, le roi joue un rôle crucial dans le maintien de l'unité nationale. La monarchie doit approuver toute décision de sécession ou de division du pays. Si cela n'a pas été possible au Québec après deux référendums, cela sera également difficile en Alberta.

Le Canada est le quatrième producteur mondial de pétrole et le cinquième exportateur. Comme l'extraction pétrolière est presque entièrement concentrée en Alberta, la région est fortement touchée par les cycles des prix du carburant. Lorsque les prix sont élevés, ce qui est nécessaire pour que la production canadienne reste viable, les revenus, l'emploi et les investissements sont importants. À l'inverse, en période de ralentissement, l'activité économique diminue.

Cependant, une caractéristique de la région pourrait présenter des risques en cas de sécession. L'Alberta est enclavée et, si elle devenait indépendante, ses exportations de pétrole seraient confrontées à des défis importants. Cette situation est similaire à celle de pays comme le Paraguay et la Mongolie. L'Alberta dépend de gazoducs qui partent de la Colombie-Britannique, une province voisine, et s'étendent jusqu'à la côte est du Canada. Cela serait assez complexe et nécessiterait des négociations.

Un aspect clé de l'histoire du Canada réside dans les différences culturelles façonnées par la colonisation française et britannique. Cette diversité a même donné naissance à un mouvement pour l'indépendance du Québec [NDT : le Parti Québécois a été créé en 1968: deux référendums pour l'indépendance ont suivi en 1980 -échec- et le dernier en 1995 avec un échec très serré avec 50,8% pour le Non], l'indépendance du Québec, qui, après avoir été contré, a contribué à promouvoir le "multiculturalisme" au Canada, incluant également le parti Conservateur.

Cependant, au fil des ans, l'intégration des peuples autochtones du Canada et des immigrants provenant de diverses régions du monde dans les politiques nationales a pris de l'ampleur, ce qui a eu un impact. Ce multiculturalisme était valorisé lorsqu'il est né des discussions sur les racines européennes, mais il a commencé à créer des tensions plus importantes lorsqu'il s'est étendu à d'autres groupes. Le Canada reflète également les tendances observées dans d'autres pays où des débats similaires ont lieu, avec des difficultés à accepter la présence de groupes diversifiés, ce qui a conduit à la polarisation actuelle.

Ahmed Adel

Article original en anglais :  Separatist Movements Foment in the Canadian Province of Alberta with Trump's Support, le 18 février 2026.

Traduction :  Mondialisation.ca

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Ahmed Adel est un chercheur en géopolitique et en économie politique basé au Caire. Il contribue régulièrement à Global Research.

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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