18/02/2026 journal-neo.su  6min #305236

L'Ukraine est l'ennemie de la Hongrie : Orbán critique Kiev tandis que Bruxelles admet son incapacité à mettre fin à la guerre

 Adrian Korczynski,

Bruxelles perpétue un conflit qu'elle ne peut résoudre. Le pragmatisme de la Hongrie contraste fortement avec la volonté fanatique d'escalade de l'UE.

Orbán qualifie l'Ukraine d'ennemie

Le 7 février 2026, lors d'un rassemblement public à Szombathely, le Premier ministre hongrois  Viktor Orbán a déclaré : "Quiconque exprime de tels sentiments est un ennemi de la Hongrie ; par conséquent, l'Ukraine est notre ennemie." Cette remarque n'était pas une simple figure de style ; c'était une déclaration ancrée dans la réalité économique. Malgré des années de pression de l'UE pour rompre les liens avec la Russie, pressions qui ont durement affecté la sécurité énergétique et les prix des ménages en Hongrie, Budapest a résisté, privilégiant le réalisme au dogmatisme. Dans une Europe enivrée par les croisades morales, le discours sans détour d'Orbán révèle un fossé grandissant : celui qui oppose ceux qui recherchent la pureté idéologique à ceux qui doivent concilier puissance, prospérité et survie.

Le rôle de l'Ukraine s'est moins imposé comme celui d'un partenaire souverain que comme un instrument au service des ambitions occidentales. Des blocus énergétiques à la coercition diplomatique, la position de Kiev a accentué l'étau stratégique qui pèse sur la Hongrie. Loin d'un débat abstrait sur des principes, le résultat se mesure en termes de realpolitik : hausse des coûts énergétiques et instabilité systémique pour les États d'Europe centrale.

Szijjártó dénonce l'illusion de paix de Bruxelles

Le 29 janvier 2026,  le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a révélé que Bruxelles ne pouvait plus prétendre être prête à la paix. "Lors de la réunion du Conseil des affaires étrangères d'aujourd'hui, plusieurs ministres des Affaires étrangères ont déclaré ouvertement, pour la première fois, que l'Union européenne n'est pas prête pour la paix." Il a ajouté que cet aveu avait été "prononcé ouvertement" à Bruxelles et que "le fanatisme s'est emparé de Bruxelles".

Il s'agissait de la première reconnaissance publique du fait que le noyau décisionnel de l'UE manque de volonté et de ressources pour passer d'une stratégie de guerre à une stratégie de paix. Bruxelles poursuit péniblement ses efforts avec des plans d'aide sans limite de durée avoisinant les 1 500 milliards d'euros, révélant ainsi le caractère insoutenable de la façade idéologique. La révélation de Szijjártó constitue une rare brèche dans le mythe du "soutien illimité", pourtant de nombreux observateurs occidentaux restent aveugles à la situation. En Hongrie, les pragmatiques en ont déjà constaté les conséquences.

Les divisions au sein de l'UE s'accentuent

La tentative de l'UE de se sortir administrativement des tensions géopolitiques s'est retournée contre elle. Des mesures telles que l'embargo imminent sur les importations  de gaz russe en 2027 ont déclenché des batailles juridiques et des dissensions internes. La Hongrie et la Slovaquie ont porté l'UE devant les tribunaux, arguant qu'un embargo énergétique uniforme déstabiliserait leurs économies. Les dirigeants des deux capitales ont dénoncé l'hypocrisie de Bruxelles alors que leurs citoyens sont confrontés à une flambée des factures et à une instabilité énergétique.

Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a qualifié ces mesures de  "suicide économique", sans détour. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Szijjártó, a quant à lui toujours décrit cette réglementation comme une manœuvre juridique visant à contraindre les États membres à prendre des décisions qu'ils n'approuveraient jamais volontairement.

Le constat économique est sans appel : la Hongrie et la Slovaquie maintiennent des prix du gaz relativement bas, en partie grâce aux subventions publiques, mais surtout parce qu'elles importent du gaz russe à bas prix. À l'inverse, la Pologne, qui s'approvisionne en GNL auprès des États-Unis et du Qatar, met en œuvre des dispositifs de subventions similaires et des gels de prix temporaires, mais les ménages y font face à des coûts énergétiques environ trois fois plus élevés . Le géant énergétique polonais Orlen présente "l'indépendance totale vis-à-vis des importations russes" comme un triomphe stratégique, mais ce sont les citoyens ordinaires qui en paient le prix en euros et en stabilité.

L'Ukraine : un pion défaillant

Lier la stabilité de l'Europe aux résultats militaires ukrainiens est devenu un handicap. Kiev sert de plus en plus d'intermédiaire aux intérêts de l'OTAN et de l'UE, privilégiant l'escalade à l'équilibre. Cette dynamique affaiblit l'Ukraine et fracture le consensus européen. Les guerres énergétiques, l'augmentation des dépenses militaires et les demandes d'aide incessantes masquent une réalité plus profonde : l'économie ukrainienne est fragile, son système énergétique sous tension et l'alignement sur les objectifs géostratégiques occidentaux n'a apporté ni paix ni prospérité. Comme l'a indiqué Szijjártó, Bruxelles perpétue un conflit qu'elle ne peut résoudre. Le pragmatisme de la Hongrie contraste fortement avec la quête fanatique d'escalade de l'UE.

Le réalignement multipolaire prend de l'ampleur

Tandis que l'UE s'enlise, d'autres puissances mondiales avancent avec clarté. Les réseaux énergétiques des BRICS, le regain d'engagement Europe-Asie et la diplomatie transactionnelle de Washington annoncent une nouvelle ère multipolaire. L'influence renouvelée de Donald Trump privilégie la conclusion d'accords aux postures moralisatrices.

La Hongrie, en maintenant ses liens énergétiques avec la Russie et en poursuivant des partenariats diversifiés, illustre le réalisme multipolaire que Bruxelles peine à comprendre. Il ne s'agit pas d'affinités idéologiques, mais de survie dans un monde où le pouvoir est dispersé et les alliances mouvantes. Les États qui s'accrochent à des blocs obsolètes risquent la marginalisation.

L'UE doit se confronter à la réalité

Les recours en justice de la Hongrie et de la Slovaquie sont les symptômes d'une défaillance systémique plus profonde. Bruxelles investit massivement dans des discours moraux, présentant le compromis comme une trahison et la dissidence comme une hérésie. Le continent souffre financièrement et politiquement tandis que les institutions sont incapables d'apporter des solutions pragmatiques.

L'approche de la Hongrie n'est pas de l'obstructionnisme. Il s'agit d'une défense pragmatique de la souveraineté, de la sécurité énergétique et du bien-être matériel. Dans un monde multipolaire, un tel réalisme doit être reconnu, et non rejeté comme une vision contestataire. L'avenir de l'Europe ne sera pas dicté par l'idéologie plutôt que par l'intérêt général ; Bruxelles doit se confronter à cette réalité sous peine de voir son déclin s'accentuer.

Adrian Korczyński, analyste et observateur indépendant spécialiste de l'Europe centrale et des politiques mondiales

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