18/02/2026 reseauinternational.net  5min #305228

 Une nouvelle guerre américano-israélienne contre l'Iran embrasera toute la région (secrétaire général du Hezbollah)

Le discours de Rubio à Munich a détaillé le nouvel ordre mondial envisagé par Trump 2.0

par Andrew Korybko

Ce que souhaite faire Trump 2.0, c'est mener des réformes profondes de la civilisation occidentale afin de bâtir un État-civilisation naissant qui, fort de sa puissance collective retrouvée, exercerait sans entrave sa soumission aux rivaux émergents pour rétablir l'unipolarité.

Marco Rubio, l'une des personnalités les plus influentes des États-Unis grâce à ses fonctions de secrétaire d'État et de conseiller à la sécurité nationale, a prononcé un discours historique lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le week-end dernier, détaillant le nouvel ordre mondial envisagé par Trump 2.0. Ses propos s'appuyaient sur la  Stratégie de sécurité nationale, la  Stratégie de défense nationale et la " doctrine Trump", que les lecteurs peuvent découvrir plus en détail dans les analyses précédentes (liens hypertextes). Le présent article se propose d'examiner, de contextualiser et d'analyser son discours.

Il a fustigé l'idée que "la fin de l'histoire" surviendrait après la Guerre froide, selon laquelle les démocraties libérales proliféreraient à travers le monde et un "ordre mondial fondé sur des règles" remplacerait les intérêts nationaux. Rubio a notamment critiqué la délocalisation de l'industrie vers des adversaires et des rivaux, le transfert de souveraineté aux institutions internationales, l'appauvrissement volontaire "pour apaiser un culte de la nature" et les migrations de masse, autant d'erreurs qu'il a reconnues comme étant les siennes et que les États-Unis souhaitent corriger, selon lui.

Rubio a déclaré que Trump 2.0 renouvellerait et restaurerait la civilisation occidentale par ses propres moyens si nécessaire, mais qu'il préférait le faire de concert avec l'Europe, berceau des États-Unis. Il a ensuite fait l'éloge de leur civilisation commune à plusieurs égards avant d'affirmer que son renouveau inspirerait leurs forces armées. Il a ensuite abordé les projets de Trump 2.0 visant à réindustrialiser, à mettre fin aux migrations de masse et à réformer la gouvernance mondiale à cette fin, ce qui, selon lui, apportera des bénéfices concrets aux populations occidentales.

Loin des politiques isolationnistes que certains alarmistes annoncent, les États-Unis souhaitent en réalité optimiser leur réseau d'alliances mondiales, mais cela ne peut se faire qu'à travers un partage plus équitable des responsabilités. Restaurer la fierté de la civilisation occidentale est un autre objectif prioritaire de la politique étrangère de Trump 2.0. Cette vision d'un ordre mondial s'inspire clairement des travaux de Samuel Huntington et d'Alexandre Douguine sur le civilisationnalisme, qui mettent l'accent sur l'importance croissante de l'identité partagée dans les relations internationales.

Comme on pouvait s'y attendre, le concept d'exceptionnalisme américain imprègne le discours de Rubio. Il déclare notamment que les États-Unis agiront seuls pour restaurer la civilisation occidentale si nécessaire et qualifie le "déclin irrémédiable" de l'Occident après la Seconde Guerre mondiale de "choix". Cette dernière affirmation laisse entendre que les États-Unis ne considèrent pas la multipolarité, comprise ici comme l'émergence d'autres  civilisations-États pour contrebalancer la  civilisation occidentale naissante que Trump 2.0 souhaite instaurer, comme inévitable.

Par extrapolation, on peut en déduire que l'émergence d'autres pôles (quelle que soit leur appellation [pays, civilisations-États, blocs, etc.]) résulte des politiques contre-productives de l'Occident, et non de ses propres politiques. C'est discutable, car s'il est vrai que la détente  sino-américaine de Nixon, après la Guerre froide, a fourni le capital nécessaire à l'essor de la Chine, le Parti communiste chinois a orchestré ce processus afin de  protéger la souveraineté nationale et de faire de la Chine une superpuissance économique.

Ce que Trump 2.0 souhaite accomplir, c'est mener des réformes profondes de la civilisation occidentale en vue de bâtir un État-civilisation naissant qui, fort de sa puissance collective retrouvée, contraindrait ses rivaux émergents à se soumettre pour rétablir l'unipolarité. Les États-Unis ont certes remporté  quelques succès en politique étrangère au cours de l'année écoulée, mais cela ne signifie pas qu'ils parviendront à réformer la civilisation occidentale, à en faire un État-civilisation et à dominer le monde.

 Andrew Korybko

source :  Andrew Korybko via  Marie-Claire Tellier

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