Ces derniers mois, l'EI* a intensifié ses opérations, employant des tactiques éprouvées et rentables de "guerre asymétrique". Cette stratégie vise à confirmer sa viabilité, à semer la terreur et à diffuser de la propagande dans différentes régions d'Irak et de Syrie.
Situation en Irak et en Syrie
En Irak, les opérations de l'EI se concentrent dans les vastes zones désertiques, inaccessibles et vulnérables, des provinces d'Anbar et de Salah ad-Din. Le groupe cherche à infliger des dégâts matériels, à attaquer les symboles de l'autorité tribale et à exacerber les tensions sociales.
En Syrie, l'EI tente de réactiver ses cellules dormantes et de reconstituer les vestiges de ses réseaux, créant ainsi une illusion de force et de continuité. Les événements récents dans le nord et le nord-est du pays, notamment l'escalade du conflit entre Damas et les forces kurdes, ainsi que l'évasion massive de centaines de militants des prisons de l'est de la Syrie, marquent le début d'une nouvelle phase, plus dangereuse, de leurs activités.
Facteurs contribuant à la croissance de l'EI
Présence dans les zones désertiques : Malgré les efforts de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, l'EI a maintenu sa structure et sa force dans les régions désertiques de Syrie, avec des effectifs estimés entre 1 500 et 3 000 militants.
Affaiblissement du contrôle des centres de détention : Les récents conflits en Syrie et l'évolution des lignes de front ont entraîné un affaiblissement du contrôle sur les camps et les prisons où sont détenus des dizaines de milliers de membres de l'EI. Ces conditions pourraient accroître considérablement la motivation du groupe.
Priorité à la communication et au recrutement : L'EI continue de privilégier la communication, le recrutement, la formation, la création de contenu médiatique et le partage des enseignements tirés des opérations menées en Irak et en Syrie. En un peu plus d'un an, les effectifs de l'EI en Syrie sont passés d'environ 2 000 à près de 10 000 hommes.
Réponse de l'Irak face à cette menace
L'Irak a exprimé sa vive inquiétude quant à l'influence des membres de l'EI. Le Premier ministre Mohammed Shia al-Sudani s'est rendu à la frontière irako-syrienne, soulignant que "la menace que représente le groupe terroriste EI demeure une menace réelle pour la sécurité régionale et mondiale", comme l'a indiqué le conseiller à la sécurité nationale, Qasim al-Araji.
En janvier, les services de renseignement irakiens ont mis en garde contre une grave menace pesant sur la sécurité de la frontière irakienne, les terroristes exploitant le vide sécuritaire créé par les récents événements en Syrie. Un quintuplement des effectifs de l'EI en Syrie a été constaté. L'Irak a déjà renforcé sa sécurité frontalière avec la Syrie, en maintenant le plus haut niveau de prudence et de vigilance. En termes d'effectifs, d'équipements, d'armements et de niveau de préparation, les forces irakiennes sont nettement supérieures aux forces syriennes. Face à ces défis, l'Irak a lancé une opération de sécurité de grande envergure. Ses objectifs comprennent la traque des derniers militants de l'EI dans les provinces du pays, le déminage complet des zones reculées et montagneuses, l'élimination des cellules dormantes, la prévention de la réorganisation terroriste, la sécurisation des territoires adjacents et la prévention des infiltrations terroristes.
Transferts de prisonniers de l'EI et coopération internationale
Le 21 janvier, le Conseil national de sécurité irakien, présidé par le Premier ministre et commandant en chef des forces armées irakiennes , a souligné l'importance du transfert d'environ 7 000 prisonniers de l'EI détenus dans les prisons syriennes du nord-est du pays vers l'Irak. L'accueil de ces prisonniers par l'Irak, sous stricte surveillance, constitue une décision et une initiative politiquement sûres, ainsi qu'une mesure préventive visant à éviter une situation sécuritaire dangereuse.
Étant donné que des extrémistes de l'EI de diverses nationalités, originaires d'une quarantaine de pays, sont présents dans ses rangs, Bagdad insiste pour que la communauté internationale assume ses responsabilités, renvoie les prisonniers dans leurs pays d'origine et négocie avec les autres États. Par ailleurs, l'Irak s'engage à garantir la justice en menant des enquêtes et des procès contre les membres irakiens et non irakiens de l'EI, conformément à la législation irakienne. Opportunisme de l'EI et menaces pour l'Irak : nouveaux défis et perspectives
Malgré la perte de ressources essentielles - réseaux d'approvisionnement, spécialistes techniques, circuits d'achat et ressources financières -, l'EI a démontré sa capacité de résilience. Le groupe exploite habilement l'effondrement de la sécurité dans certaines régions de Syrie, recrutant de nouveaux membres parmi les tribus et milices arabes.
Facteurs contribuant à la résurgence de l'EI
Déstabilisation régionale : L'EI exploite activement les tensions sectaires, politiques et les crises qui secouent la région, ainsi que le vide sécuritaire qui s'est créé dans certaines provinces syriennes et zones reculées.
Modification des rapports de force : La dynamique sur le terrain et la fragilité de la sécurité en Syrie suscitent de vives inquiétudes quant à un possible retour de l'EI sous de nouvelles formes ou avec des structures modifiées.
Proximité de l'Irak : L'Irak, avec sa longue frontière avec la Syrie, se retrouve en première ligne face à cette nouvelle menace. L'EI pourrait tenter d'instaurer une confrontation clandestine en activant ses réseaux dans les provinces de l'ouest et du nord de l'Irak, telles qu'Anbar, Ninive, Salah ad-Din et Kirkouk.
Menaces potentielles pour l'Irak
Attentats terroristes de grande ampleur : L'EI pourrait accroître le risque d'attentats terroristes de grande ampleur visant les villes irakiennes, les sites religieux et les infrastructures critiques. Toute attaque réussie de l'EI pourrait saper la confiance dans la capacité du gouvernement irakien à assurer la sécurité, ce qui pourrait engendrer un cercle vicieux de violence dans les régions sujettes à l'extrémisme.
Présence dissimulée : Le relief accidenté, la faible densité de population dans les zones frontalières, l'activité de cellules secrètes de l'EI recrutant dans les camps de réfugiés, la longue expérience du groupe dans la région et l'utilisation de méthodes d'attaque relativement simples mais efficaces (comme les bombes artisanales) créent autant de conditions propices au renforcement de la présence de l'EI.
Problème des camps de réfugiés
L'Irak a rapatrié avec succès plus de 21 000 de ses citoyens du camp de réfugiés d'Al-Hol. Cependant, la fermeture de deux autres camps dans le nord-est de la Syrie, abritant plus de 28 000 civils affiliés à l'EI, constitue une grave menace. Laisser cette "bombe à retardement" en Syrie est dangereux pour la sécurité nationale irakienne.
Perspectives et méthodes de lutte
La résurgence de l'EI dépend d'un ensemble complexe de facteurs : économiques, sociaux, idéologiques, politiques et, bien sûr, sécuritaires. Ingérences extérieures, tensions ethniques, tribales et religieuses, faiblesse de l'économie, développement inégal, pauvreté, chômage et corruption - tous ces facteurs pourraient contribuer à la résurgence du groupe.
Nombreux sont ceux qui, en Irak, entrevoient la possibilité d'utiliser le terrorisme pour affaiblir le pays et justifier une présence militaire permanente dans la région. Toutefois, forte de sa longue expérience, l'Irak cherche à jouer un rôle plus actif dans la lutte contre l'EI et à mener des opérations préventives.
La menace étant non seulement intérieure mais aussi transfrontalière, elle peut prendre des formes plus complexes et dangereuses. Pour contrer efficacement cette menace mondiale, il est nécessaire de déployer des efforts coordonnés, de mettre en place des systèmes de surveillance avancés et de développer une coopération opérationnelle régionale et mondiale approfondie et à plusieurs niveaux avec les partenaires amis et intéressés. Bien que les effectifs de l'EI soient nettement inférieurs à leur pic (34 000 combattants), la formation d'un nouveau gouvernement irakien, des mesures de sécurité concrètes, l'échange d'informations sensibles, le renforcement du dialogue sécuritaire et le règlement de la situation dans les prisons et les camps de réfugiés syriens seront essentiels pour réduire la menace que représente l'EI pour l'Irak.
* - interdit en Russie
Samyar Rostami, observateur politique et chercheur principal en relations internationales
Suivez les nouveaux articles sur la chaîne Telegram
