18/02/2026 reseauinternational.net  4min #305206

Une cité antique perdue fondée par Alexandre le Grand découverte sous les sables du désert irakien

par Lucas Déprez-Rose

Des recherches menées sur plus de 500 kilomètres carrés ont permis de confirmer l'emplacement d'une ville mentionnée par les sources antiques, mais jamais fouillée jusqu'à présent.

Le désert irakien vient de livrer un de ses plus beaux secrets. Comme  le rapporte le magazine Popular Mechanics, des archéologues ont enfin mis la main sur les vestiges de Charax Spasinou, une métropole antique que l'on croyait effacée à jamais par le poids du temps, des éléments et de l'histoire. Cette "Alexandrie de l'Irak", ultime témoignage de l'ambition démesurée du conquérant macédonien, n'est plus un simple nom dans les textes anciens.

Établie en 324 av. J.-C., soit un an seulement avant la mort d'Alexandre le Grand à Babylone, la cité était initialement destinée à accueillir des colons et les vétérans invalides de son immense armée. Mais le destin de la ville fut aussi tumultueux que le Tigre, le fleuve qui la bordait.

L'auteur romain Pline l'Ancien rapporte dans son ouvrage " Naturalis Historia" : "La ville d'origine fut fondée par Alexandre le Grand avec des colons amenés de la cité royale de Durine, qui fut ensuite détruite, et avec les soldats invalides de son armée qui y furent laissés. Il avait donné l'ordre qu'elle s'appelle Alexandrie".

Après des inondations dévastatrices, c'est le roi arabe Spaosines qui lui redonne vie, érigeant des remparts massifs et surélevant le terrain sur une zone de près de 10 000 mètres de circonférence. C'est de cette période que la cité tire son nom, celui resté dans l'histoire : Charax Spasinou.

Monnaie émise par Hyspaosinès.

Le rôle crucial de la technologie

Pourtant, depuis des décennies, la localisation de cet endroit n'était que pure spéculation. Si des photos aériennes de la Royal Air Force pouvaient montrer des  structures enfouies dès les années 1960, l'instabilité géopolitique de la région a interdit toute fouille pendant un demi-siècle.

Ce n'est qu'à partir de 2014 que les chercheurs ont enfin pu investir une zone de plus de 500 kilomètres carrés pour mener des prospections de surface. Le résultat de cette campagne, s'appuyant sur des  technologies de pointe, dépasse toutes les espérances.

L'utilisation de drones pour construire un modèle de terrain détaillé, alliée à l'usage de magnétomètres, a permis aux géophysiciens de "voir" à travers le sol les structures enterrées. Ils ont ainsi découvert des milliers de fragments de poterie, des débris industriels et des briques qui jonchent le site.

La carte magnétique révèle une cité urbaine au summum de la logistique de l'époque : des rues larges, des blocs d'habitations denses, des complexes de temples et des quartiers artisanaux dotés de fours à briques. La  ville n'était pas qu'une simple garnison frontalière, elle constituait un véritable poumon économique, idéalement placée entre le Tigre et l'Eulaeus pour contrôler les routes commerciales de la  Mésopotamie. Les relevés ont même identifié des bassins portuaires et des canaux, preuves d'une ingénierie hydraulique remarquable.

Les chercheurs espèrent désormais que la stabilisation politique de la région permette d'entamer des fouilles réelles afin de découvrir tous les trésors de cette cité vieille de 2300 ans. Un chantier colossal qui promet de réécrire des pans entiers de l'histoire hellénistique et de rendre justice à l'une des dernières œuvres d'Alexandre le Grand.

source :  Slate via  France-Irak-Actualité

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