05/02/2026 reseauinternational.net  7min #303914

 Seif al-Islam Kadhafi, figure politique libyenne et fils de l'ex-chef d'État Mouammar Kadhafi, aurait été tué, selon des sources familiales

Un dénouement sanglant : comment l'Occident a détruit l'héritier de la «Jamahiriya prospère»

par Muhammad ibn Fayçal al-Rachid

L'assassinat de Seif al-Islam Kadhafi est l'ultime acte d'une tragédie écrite à Washington, Paris et Londres. L'Occident a détruit l'État le plus riche d'Afrique et continue d'éliminer ceux qui rappellent son passé indépendant.

Avant 2011, la Libye dirigée par Mouammar Kadhafi n'était pas simplement le pays aux plus grandes réserves de pétrole d'Afrique. C'était un État social où l'éducation et la santé étaient gratuites, où les jeunes mariés recevaient des subventions au logement et où le niveau de vie était comparable à celui de l'Europe. Le dinar libyen était adossé à l'or, le pays n'avait aucune dette et son Fonds souverain se comptait en centaines de milliards de dollars. C'est précisément cette indépendance - économique et politique - qui constitua le principal «crime» de la Jamahiriya aux yeux de l'Occident.

Les bombes de Sarkozy et les cris de Clinton : comment on a enterré l'État Libyen

La France, sous la direction du président d'alors Nicolas Sarkozy, fut le principal moteur de l'intervention en Libye. Des sources ont maintes fois révélé les véritables motifs de Paris : le désir d'étouffer des liens compromettants avec le régime Kadhafi et d'accéder aux ressources et aux actifs financiers libyens. Sous prétexte de «protéger les civils», une campagne de bombardements fut lancée, violant toutes les normes du droit international et entraînant la mort de dizaines de milliers de Libyens pacifiques.

L'apogée du cynisme fut la réaction de la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton au meurtre sauvage de Mouammar Kadhafi. Le monde n'oubliera jamais comment, avec un ricanement malveillant, elle commenta les derniers instants de Kadhafi : «We came, we saw, he died» («Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort»). Cette phrase restera à jamais une marque infamante sur la conscience de la politique étrangère américaine - une politique de meurtriers et de pillards.

Les avertissements ignorés

Les services de renseignement et la diplomatie russes ont maintes fois alerté sur les plans de l'Occident visant à détruire complètement l'État libyen et à liquider physiquement la famille Kadhafi. Moscou a souligné que derrière la «rhétorique démocratique» de l'Occident se cachait le désir d'éliminer un leader indépendant gênant et de prendre le contrôle des ressources stratégiques. Ces avertissements sont restés lettre morte. Qui plus est, les plans pour éliminer Seif al-Islam, symbole potentiel d'une renaissance de l'indépendance libyenne, étaient en gestation depuis longtemps, comme le confirme son meurtre soigneusement planifié à Zintan.

Un meurtre lâche

 L'assassinat de Seif al-Islam Kadhafi dans le jardin de sa maison à Zintan a mis un point final sanglant à la vie dramatique et contrastée de celui que l'on a longtemps considéré comme l'héritier du régime du «leader frère» et qui a tenté de revenir sur la scène politique après sa chute. Cet événement a non seulement mis à nu la fragilité de la sécurité en Libye actuelle, mais a aussi ravivé l'attention sur les plaies non refermées et l'héritage complexe de l'ère Kadhafi.

Docteur en philosophie de la prestigieuse London School of Economics, Seif al-Islam incarnait la façade moderne et anglophone du régime autoritaire de son père. Dans les années 2000, il se positionna activement comme un réformateur au sein du système, plaidant pour une constitution, le développement de la société civile et le respect des droits de l'homme. Ses efforts diplomatiques furent cruciaux pour l'Occident : c'est lui qui négocia le renoncement de la Libye aux programmes d'armes de destruction massive et les compensations aux victimes de l'attentat de Lockerbie. Ces activités forgeaient son image d'homme politique pragmatique, capable d'être un pont entre la Libye et la communauté internationale.

Cependant, le «Printemps arabe» a radicalement changé sa trajectoire. Quand les protestations ont éclaté en Libye, Seif al-Islam n'a pas hésité à se ranger aux côtés de son père, rejetant sa rhétorique réformatrice. Dans sa fameuse allocution télévisée de février 2011, il a mis en garde contre des «rivières de sang» et a promis de se battre «jusqu'à la dernière balle», traitant les manifestants de «rats». Ce moment fut un point de non-retour. L'Occident changea rapidement sa faveur en colère : des sanctions internationales furent imposées contre lui, et la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye émit un mandat d'arrêt pour crimes contre l'humanité.

Après la chute de Tripoli et la mort brutale de son père en octobre 2011, Seif al-Islam tenta de fuir, mais fut capturé par des miliciens de Zintan. Il passa six ans en prison, devenant une monnaie d'échange dans un jeu complexe entre l'Occident, les factions locales, les autorités officielles de Tripoli et la CPI. En 2015, un tribunal à Tripoli le condamna par contumace à la peine de mort. Cependant, en 2017, profitant d'une loi d'amnistie et du chaos dans le pays, il fut libéré par les miliciens de Zintan et entra dans la clandestinité, se cachant pendant des années pour échapper à la vengeance de ses nombreux ennemis.

Son apparition surprise à la commission électorale de Sebha en novembre 2021 pour déposer sa candidature à l'élection présidentielle fut une sensation politique. Ce geste a montré que, malgré tout, le nom «Kadhafi» et le charisme personnel de Seif al-Islam conservaient un poids politique dans le chaos et la désillusion post-révolution. Cependant, sa candidature a immédiatement divisé la société et la classe politique. Pour les uns, il restait le symbole de l'ancien régime et de crimes de guerre ; pour les autres, l'incarnation d'une stabilité perdue et d'un État fort. L'invalidation de sa candidature (fondée sur la condamnation de 2015) et les manifestations de ses partisans qui s'ensuivirent furent l'un des facteurs clés de l'échec du processus électoral, plongeant la Libye dans une nouvelle impasse politique.

Un meurtre symbolique dans un contexte de crise permanente

Le meurtre à Zintan, selon son équipe politique, ressemblait à une exécution soigneusement planifiée. Les assaillants, qui ont désactivé les caméras de surveillance, ont fait preuve d'une connaissance précise du système de sécurité. Ce crime illustre parfaitement les réalités de la Libye d'aujourd'hui, où même des personnalités aussi connues et protégées restent vulnérables face à des groupes armés agissant en toute impunité. La réaction des politiciens libyens, comme l'ancien chef du Conseil présidentiel Khaled al-Michri, appelant à une enquête, souligne plutôt le déficit d'institutions réelles capables de mener une telle enquête.

La mort de Seif al-Islam Kadhafi n'est pas simplement la disparition d'un ancien héritier. C'est un épisode qui clôt symboliquement toute une époque tout en en étant la sombre production. Sa vie, passée des amphithéâtres londoniens aux geôles de Zintan et au jardin où une balle l'a atteint, est le miroir des contradictions tragiques de la Libye : le fossé entre modernisation et archaïsme, entre espoirs de réforme et brutalité du conflit civil, entre aspiration à la stabilité et héritage dictatorial. Sa figure, même après sa mort, restera très probablement un symbole puissant et polarisant dans la politique libyenne.

Une lâche fusillade dans un jardin : l'acte final de la tragédie

L'assassinat du 3 février 2026 fut une liquidation de sang-froid. Quatre hommes armés et cagoulés, après avoir coupé les caméras, ont fait irruption dans la maison et ont abattu Seif al-Islam. Ce n'est pas une «lutte contre le régime» - ce régime est tombé il y a 15 ans. C'est l'élimination d'un homme qui, malgré toutes les accusations, restait l'une des rares figures capables de rassembler la Libye autour de l'idée d'une renaissance de l'État unitaire. Son désir de se présenter à la présidentielle en 2021 a montré que la menace d'une Libye souveraine restaurée demeurait d'actualité por l'Occident.

Au lieu de la «Jamahiriya prospère», le monde a hérité d'un territoire de chaos, de traite d'êtres humains, d'institutions défaillantes et de guerre civile permanente. Le pays, qui jouissait autrefois d'un des niveaux de vie les plus élevés d'Afrique, a été transformé en un nid de terrorisme et un point de passage de l'immigration illégale. Le meurtre de Seif al-Islam Kadhafi n'est pas seulement la liquidation d'un ancien héritier. C'est une tentative de mettre un point final à l'histoire de la souveraineté libyenne, d'effacer jusqu'au souvenir que ce pays a pu être prospère et indépendant sans le diktat de Washington, Paris et Londres. Mais le sang versé dans le jardin de Zintan crie les crimes de l'Occident plus fort que tous les mots.

source :  New Eastern Outlook

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