
Par Moon of Alabama - Le 3 février 2026
En décembre, j'avais écrit au sujet du « théâtre des pourparlers de paix sur l'Ukraine » :
Les négociations du week-end entre les États-Unis, l'Ukraine et l'Europe sur les paramètres d'un cessez-le-feu ou d'un accord de paix avec la Russie ont été surréalistes. Les trois parties se sont affrontés sur des points de détail que la Russie est sûre de rejeter. Ils ont également omis des points importants que la Russie désignait comme étant prioritaires.Il n'y a aucun moyen que tout cela mène à la paix. Ce qui pourrait bien être le but de tout ce théâtre.
L'un des sujets de ces négociations unilatérales était de vagues « garanties de sécurité » pour l'Ukraine.
Le Financial Times d'aujourd'hui est le premier à en discuter plus en détail ( archivé) :
L'Ukraine a convenu avec ses partenaires occidentaux que les violations persistantes par la Russie de tout futur accord de cessez-le-feu seraient contrées par une réponse militaire coordonnée de l'Europe et des États-Unis, selon des personnes informées des discussions....
Selon le plan, trois personnes proches du dossier ont déclaré qu'une violation du cessez-le-feu russe déclencherait une réponse dans les 24 heures, en commençant par un avertissement diplomatique et toute action requise de la part de l'armée ukrainienne pour mettre fin à l'infraction.
Si les hostilités se poursuivaient au-delà, une deuxième phase d'intervention serait initiée en utilisant les forces de la soi-disant coalition des volontaires, qui comprend de nombreux membres de l'UE ainsi que le Royaume-Uni, la Norvège, l'Islande et la Turquie.
Si la violation se transformait en une attaque élargie, 72 heures après la violation initiale, une réponse militaire coordonnée par une force soutenue par l'Occident et impliquant l'armée américaine prendrait effet, ont déclaré les responsables.
Le secrétaire de l'OTAN, M. Rutte, a confirmé cette proposition en trois étapes. Je me demande si c'est lui qui a inventé ce fantasme.
Que signifie exactement « intervention » ? Envoyer un bataillon de grenadiers britanniques venant de l'ouest de l'Ukraine vers l'est pour garder trois kilomètres d'une ligne de front dont personne ne connait la longueur ? À combien de frappes de missiles Iskander et de bombes KAB pourraient survivre ce bataillon?
Le Royaume-Uni et la France se sont engagés à déployer des troupes et des armes en Ukraine, dans le cadre des garanties de sécurité soutenues par les États-Unis pour étayer un accord de paix en 20 points visant à mettre fin à une invasion russe qui dure depuis quatre ans.Une force de "dissuasion" dirigée par l'Europe fournirait "des mesures de soutien aériens, maritimes et terrestre" après un cessez-le-feu, avec le soutien des renseignements et de la logistique étasuniennes, ont déclaré les dirigeants des principaux alliés de Kiev à l'issue de la réunion de Paris.
La manière dont un cessez-le-feu sera surveillé et appliqué sera essentielle à sa durabilité. Les États-Unis ont proposé de fournir des capacités de surveillance de haute technologie tout le long de la ligne de front de 1 400 km.
Heureusement, aucune de ces absurdités ne se réalisera. Comme le note correctement le FT :
La Russie a [..] a rejeté d'emblée les garanties de sécurité discutées entre les États-Unis et l'Ukraine. Dmitri Medvedev, un ancien président suppléant de Poutine, a déclaré dans des commentaires publiés lundi que "ces garanties ne peuvent pas être unilatérales", selon Tass. « Ce ne sont pas des garanties pour l'Ukraine qu'il faut. Ce sont des garanties pour les deux parties : la Russie et l'Ukraine. Sinon, cela ne fonctionnera pas."Moscou a également déclaré qu'elle n'accepterait aucun cessez-le-feu avant la conclusion d'un accord global pour mettre fin à la guerre ou n'accepterait aucun déploiement de troupes occidentales en Ukraine.
Pendant ce temps, Politico accuse à tort la Russie d'avoir rompu le cessez-le-feu énergétique négocié par Trump :
La Russie a rompu une trêve énergétique négociée par le président américain Donald Trump après seulement quatre jours, mardi, en frappant les centrales électriques et le réseau électrique ukrainiens avec plus de 450 drones et 70 missiles."Les frappes ont touché les régions de Soumy et de Kharkiv, la région de Kiev et la capitale, ainsi que les régions de Dnipro, Odessa et Vinnytsia. À ce jour, neuf personnes auraient été blessées à la suite de l'attaque", a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans un communiqué matinal.
La frappe russe a eu lieu en pleine trêve des frappes d'infrastructures énergétiques qui devait durer une semaine, et la veille du jour où des négociateurs russes, ukrainiens et américains vont se rencontrer à Abou Dhabi pour la prochaine série de pourparlers de paix.
Le 29 janvier, Trump avait suggéré aux journalistes qu'une trêve énergétique d'une semaine était en place, après que les Ukrainiens en aient plaidé la cause. La dernière frappe russe sévère sur les installations énergétiques ukrainiennes datait du 23 et 24 janvier. C'est également le jour où, lors des négociations à Abou Dhabi, un cessez-le-feu énergétique a été discuté pour la première fois.
Le 30 janvier, la Russie a publiquement déclaré qu'elle respecterait ce cessez-le-feu jusqu'au 1er février :
Le Kremlin a déclaré qu'il avait accepté la demande du président américain Donald Trump de mettre fin aux frappes sur des cibles énergétiques, qui ont coupé l'électricité et le chauffage de centaines d'immeubles d'appartements à Kiev. Mais le porte-parole Dmitri Peskov a indiqué que la mesure prendrait fin dimanche.
Dans un entretien ultérieur, Peskov a confirmé cette date. Le 1er février était également le jour où un nouveau cycle de négociations entre la Russie et l'Ukraine devait avoir lieu à Abou Dhabi.
L'affirmation de Politico selon laquelle la Russie a rompu un cessez-le-feu auquel elle s'était engagée est un mensonge évident puisque ces frappes ont eu lieu après la fin du délai.
Le 31 janvier, l'Ukraine a de nouveau connu une panne d'électricité dans tout le pays qui n'a pas été causée par une attaque russe mais par une rupture de deux lignes électriques principales en raison de la glace.
Le 1er février, Zelenski a unilatéralement reporté la prochaine date des négociations à Abou Dhabi au 4 ou 5 février :
Une nouvelle série de pourparlers trilatéraux sous l'égide des États-Unis entre l'Ukraine et la Russie aura lieu à Abou Dhabi, le 4 et 5 février, a déclaré dimanche le président ukrainien Volodymyr Zelenskiy, ajoutant que Kiev était prêt pour une "discussion de fond".Le président Zelenskiy a déclaré dimanche que ces pourparlers seraient retardés alors que les Ukrainiens sont confrontés à l'incertitude quant au sort d'un cessez-le-feu énergétique avec la Russie, en pleine chute des températures.
La nuit dernière, la Russie a utilisé plus de 500 drones et missiles pour une autre frappe contre des installations énergétiques ukrainiennes. Elle a détruit une centrale de cogénération à Kiev, une autre à Kharkiv et une à Dnipro. Plusieurs postes de transformation à haute tension ont également été touchés.
Du point de vue russe, le cessez-le-feu énergétique d'une semaine a commencé après la dernière frappe des 23 et 24 janvier et s'est terminé le 1er février. La Russie a probablement considéré la tentative de Zelenski de lier le cessez-le-feu énergétique aux négociations d'Abou Dhabi et le déplacement unilatéral de la date des négociations comme une astuce pour prolonger le cessez-le-feu énergétique.
Elle n'est pas tombée dans le panneau.
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.