• Considérations sur les hypothèses de changements géopolitiques selon la conduite en lacets et autres tête-à-queue de la pseudo-politique étrangère de Trump. • Notre appréciation est que la mesure géopolitique telle qu'on l'a pratiquée pendant des siècles est dépassée. • Aujourd'hui, dans une ère que nous qualifions de "psychopolitique", la communication règne et les facteurs intellectuels, psychologiques et spirituels (culture, tradition, religion) ont une importance absolument essentielle et décisive. • Donc, prévision impossible.----------------)---------
La fortune de l'expression "ennemi principal" date de l'immédiat après-guerre, en 1945-1947, et fait partie du langage tactique des communistes-nationaliste vietnamiens, ou Vietminh, et donc de l'"oncle Ho" (Ho Chi-minh). C'est l'époque où le Vietminh s'engagea dans une lutte pour l'indépendance et se trouva confronté à deux ennemis : d'une part, les Français colonisateurs, d'autre part les Chinois avec leur visée expansionniste. Ho choisit comme "ennemi principal", donc le plus menaçant, la Chine malgré les affinités improbables avec les communistes de Mao ; pour cela, il accepta une trêve tactique avec la France, en signant un document dans ce sens avec le maréchal Leclerc, alors représentant de la métropole. La trêve cessa avec l'évolution de la situation stratégique et le remplacement de Leclerc par l'amiral Thierry d'Argenlieu.
La situation géopolitique actuelle n'a rien à voir avec celle que nous évoquons, sauf pour la notion d'"ennemi principal" dans le chef du président des États-Unis Donald Trump. Les actuels événements (Venezuela, menaces contre le Groenland et l'Iran) font penser à une nouvelle "phase" dans la "pensée" trumpiste, et pousse certains à une nouvelle révision (la nième, à peu près) des projets géopolitiques des USA. Nous trouvons que c'est beaucoup prêter à Donald Trump et que cela mérite une revue détaillée d'une hypothèse concernant cette nouvelle "phase".
Pour cela, nous allons nous arrêter à un article de Riccardo Paccosi ( original et traduction), présenté sous le titre « Le conflit géopolitique concerne trois visions du monde, pas deux » et traitant d'une façon nette et éclairée le problème posée. Il est bien sûr évident qu'il va servir de support et de "papier-martyre" à notre critique, tout cela en tout bien tout honneur et sans aucune acrimonie. Le texte est présenté ci-après, venant du site indispensable qu'est 'euro-synergies.hautefort.com' ; il est assez court et peut parfaitement s'intégrer dans notre propos comme excellente présentation d'une thèse que nous rejetons.
« Quel conflit géopolitique ?« Tous les éléments qui façonnent actuellement un scénario de guerre ou, du moins, de tensions croissantes entre les États-Unis et l'axe russo-chinois, sont en place.
Cela fait suite à une phase où, après le sommet d'Anchorage, le monde entier avait entrevu et espéré un processus de pacification (à l'exception des dirigeants européens, qui craignaient la paix plus que tout).
Il y a donc eu des erreurs d'évaluation, et je crois qu'elles résident dans la tendance, ancrée depuis plusieurs décennies, à interpréter le monde en termes de polarisation dualiste.
Cette tendance a conduit beaucoup à se convaincre que, face à la guerre lancée par Trump contre le globalisme (et confirmée hier par l'annonce du retrait des États-Unis de 66 organisations intergouvernementales visant à promouvoir l'agenda vert et/ou LGBT), cette présidence américaine incarnait une vision du monde d'un tout autre signe, à savoir une vision souverainiste et multipolaire.
Moi-même, malgré mes précautions et réserves, ai pendant un certain temps accordé un crédit partiel à cette théorie.
Le développement des événements internationaux a malheureusement montré qu'il s'agissait en réalité d'une simplification dualiste. En effet, rejeter simplement le globalisme ne conduit pas automatiquement à défendre une cause multipolaire: un tel automatisme n'a jamais existé ni sur le plan factuel ni sur le plan philosophique.
La vision trumpiste est certes alternative au globalisme, mais cette alternative ne consiste pas en un souverainisme ou en une multipolarité, mais exprime une autre forme de vision que l'on pourrait qualifier de suprémacisme nationaliste.
Premièrement, dans la narration trumpiste et dans les actes concrets qui en découlent, aucun principe souverainiste universel n'est identifiable concernant toutes les nations, mais, au contraire, il y a une déclaration nationaliste sur l'exceptionnalité américaine (qui correspond à une narration équivalente de suprémacisme national de la part d'Israël).
Deuxièmement, tout comme le globalisme est combattu par Trump parce qu'il est considéré comme un ordre oppressant et étouffant cet exceptionnalisme américain, le projet multipolaire russo-chinois est également frappé militairement dans ses centres vitaux et stratégiques (voir le Venezuela et l'Iran): tout cela dans le but de réduire le rôle de la Chine et de la Russie en tant qu'acteurs mondiaux et de matérialiser un monde qui, contrairement à ce que souhaitent les globalistes, reste encore divisé en nations, mais dans lequel toutes ces dernières seraient soumises à la domination unipolaire des États-Unis.
Tout cela pour dire qu'au niveau géopolitique, mais aussi à tout autre niveau d'analyse, l'habitude d'une lecture polarisante/dualiste peut conduire à faire de grosses erreurs, comme dans ce cas précis, celui de voir deux visions du monde plutôt que trois. Cette habitude doit donc être abandonnée au plus vite. »
Anatomie du populisme-trumpisme
Il est préférable de se détacher en (bonne) partie de la "pensée" et du comportement de Trump. L'une et l'autre sont trop insaisissables, s'ils existent rationnellement. Il faut plutôt considérer ce que Trump est, à plusieurs reprises, et de plus en plus sans doute, obligé de "redevenir" à moins (autre hypothèse) de verser dans des troubles mentaux incapacitants. Il est obligé de revenir à son MAGA tel que ses électeurs l'ont compris, et non pas tel qu'il a voulu l'exprimer.
'Make America Great Again' (MAGA) est une formule très ambiguë : quand donc et comment donc l'Amérique fut-elle "Grande" comme Trump voudrait la faire redevenir ? Cette question est sans réponse sûre du côté du président, mais avec une réponse plus perceptible du côté de ses électeurs-MAGA. Eux disent : elle fut plus "Grande" quand elle fut elle-même, hors des influences étrangères et perfides, - soit, quand elle fut isolationniste et protectionniste, comme l'entendait un Washington ou un Monroe (sa doctrine était totalement isolationniste et guère interventionniste, surtout préoccupée d'empêcher l'interventionnisme européen).
Savoir si cet état des choses peut revenir n'est pas notre affaire ; ce qui l'est, c'est l'obligation récurrente à laquelle Trump est obligé de revenir régulièrement dans les apparences et contre les politiques hérétiques (lire : neocon) pour tenter de verrouiller son électorat et les anti-interventionnistes dont le nombre grandit même chez les antitrumpistes. L'on verra où en sont les choses en novembre prochain, pour les élections 'mid-term'.
Dans tous les cas, il n'est pas question d'un nationalisme suprémaciste, - mais plutôt d'un nationalisme exceptionnaliste. Après les multiples avatars subis depuis 1991 et surtout 2001, les "exceptionnalistes" véridiques, hors Washington D.C., seraient plutôt poussés vers l'isolationnisme ("puisque :le monde ne veut pas de notre modèle, laissons-le à ses errements"). Quant aux projets grandioses de Trump, dont il ne faut prendre qu'un dixième, encore faut-il considérer ce dixième avec des pincettes... Ceci, par exemple :
«... (P)arce qu'il est considéré comme un ordre oppressant et étouffant cet exceptionnalisme américain, le projet multipolaire russo-chinois est également frappé militairement dans ses centres vitaux et stratégiques (voir le Venezuela et l'Iran). »
Cette remarque, brouillée par le verbiage trumpiste, est chronologiquement fausse et politiquement douteuse. La hargne US contre l'Iran date de 1979, contre le Venezuela depuis l'élection de Chavez et le lancement du chavisme (2001-2003) ; les deux cas font partie des tendances incompréhensibles de la politique US, sinon par des excès idéologiques fantasmés (le danger du chavisme) et des liens très douteux (l'Iran à cause d'Israël) qui font un bien mauvais parti à son exceptionnalisme. Les projets de Trump ? La seule différences avec les rêveries d'avant lui et d'autres présidents, c'est que lui pourrait être amené à s'y lancer, annexer le Groenland, attaquer le Mexique, etc. Le résultat ne serait pas la création d'une Amérique 'Great Again' mais la pulvérisation de l'exceptionnalisme US dans des aventures qui pourraient avoir raison de l'exceptionnelle hyperpuissance et surtout dans son influence et de sa communication, y compris dans les cas considérés comme acquis ( voir l'Iran tandis que rien, absolument rien n'est réglé au Venezuela).
Anatomie du globalisme
Mais c'est lorsqu'on prend en compte la question de l'antagonisme trumpisme-populisme contre le globalisme que tout se complique en forme de nœud gordien. Il ne s'agit pas seulement d'une affaire de géopolitique, et même loin de là dirions-nous. Pour nous l'essentiel de l'affrontement est sociétal et culturel. A ce moment, tout bascule et les antagonismes partent dans tous les sens.
• Nous avons souvent parlé des ambiguïtés de l'affrontement USA-Russie lorsqu'on sort du bastion corrompue jusqu'à la moelle de Washington D.C. Et cela va même jusqu'à notre Trump répondant sérieusement à une question en d'autres temps considérée comme étrange par son absence de sérieux, où son estime presque amoureuse pour Vladimir ne se dissimule pas : on ne kidnappe pas un ami si cher... Poutine respire.
« Le président ukrainien Vladimir Zelenski a réagi à l'opération en déclarant : "Si l'on peut faire ça avec des dictateurs, alors les États-Unis savent ce qu'il leur reste à faire."» Vendredi, lors de sa rencontre avec des dirigeants pétroliers à la Maison-Blanche, Donald Trump répondait aux questions des journalistes. Peter Doocy, de Fox News, a fait référence aux propos de Zelenski.
» "On dirait qu'il veut que vous alliez capturer Vladimir Poutine... Envisageriez-vous d'ordonner une mission pour capturer Vladimir Poutine ?" - Trump a répondu : "Je ne pense pas que ce soit nécessaire. J'ai toujours entretenu d'excellentes relations avec lui". »
• Cet aspect de l'affrontement est tel que les USA s'ingèrent désormais régulièrement dans les affaires des pays européens pour défendre les souverainistes et populistes pourchassés par les dirigeants globalistes et soutenir ouvertement les rares pays gouvernés par cette tendance (Hongrie, bien sûr). La plus récente perspective est assez peu ordinaire : des menaces de sanctions contre la direction et l'establishment allemands si le parti populiste AfD (actuellement premier parti allemand), menacé de diverses mesures de contraintes jusqu'à une possible interdiction, est effectivement attaqué. Une prudence nouvelle affichée par le chancelier Merz, si elle a beaucoup à voir avec la crainte de la puissance russe signée par l'attaque d'un second missile 'Orechnik', reflète aussi le souci de ne pas trop mécontenter les USA avec ce projet essentiellement franco-anglais d'envoyer des troupes en Ukraine.
• D'une façon générale, comme nous l'avons souvent dit et répété, nous tenons cet antagonisme, - qui comprend également les questions favorites du globalisme, de l'immigration et des folies Woke, - comme extrêmement important, bien plus que les questions de pure géopolitique qui en dépendent d'ailleurs de plus en plus. Nous n'avons jamais caché depuis près de vingt ans que nous nous considérions comme étant dans une époque nouvelle où la communication (système de la communication, information, etc.) tenait une place plus importante que l'acte géopolitique pur ; par conséquent, une époque " psychopolitique" (influence sur la psychologie) plutôt que géopolitique.
• Nous ne cachons pas, à partir de ce constat, que l'affrontement essentiel aujourd'hui oppose les tenants de la modernité aux tenants d'une néo-tradition (néo-tradi). Le classement s'impose de ce point de vue : Zelenski, soi-disant héros national et soi-disant souverainiste, est d'abord un rejeton corrompu du pouvoir globaliste (Bruxelles) ; la Russie, pays néo-tradi affirmé, représente d'une façon ouverte pour la culture et la religion la bataille contre la modernité. On peut opposer bien des interférences à ce classement, elles ne nous convaincront en rien tant le classement ainsi présenté pèse d'un poids colossal sur la forme et l'essence de la GrandeCrise.
Affronter l'inconnu
C'est ainsi, par une manœuvre d'évitement et de 'botter en touche' que nous préférons aux prédictions si hasardeuses, que nous réglons la querelle de la "polarité". "Unipolarité", "bipolarité", "multipolarité", tout cela n'est que bavardage tactique reflétant certes des réalités de passage parfois très importantes, mais ne réglant en rien le problème fondamental que pose l'effondrement de notre civilisation.
« Entrer dans des eaux inconnues », affronter une terra incognita, tel est actuellement la courbe de notre destin. Tous les classements rationnels du monde et des experts n'y changeront rien, et même l'exceptionnalisme américaniste devra en rabattre, - s'il existe encore, lui. Voilà la parole de la Sybille ; qu'y pouvons-nous si elle a la clarté énigmatique du Sphinx, sinon proclamer qu'il s'agit bien de la GrandeCrise métaphysique de l'histoire, - laquelle signe la "fin de l'histoire" cochonnée par le genre humain acquis au satanisme parce que c'est la mode, et l'entrée dans la métaphysique de l'histoire ?
Mis en ligne le 10 janvier 2026 à 17H40