Jo 2024 : non aux taxis volants bruyants et énergivores à Paris !

Corine Moriou*, France-Soir

Aux gros-porteurs qui survolent déjà allégrement la capitale, devraient s'ajouter les taxis volants, sortes de jets privés urbains, aux allures de gros insectes...

Geoffroy Van der Hasselt / AFP

TRANSPORT - Donnez votre avis en ligne, avant le 8 décembre, sur les taxis volants. Une pluie de critiques s'est abattue à l'annonce de l'installation d'un vertiport quai d'Austerlitz, d'où des engins volants pourraient s'élancer dès mai 2024.

Avis de tempête sur le projet d'un vertiport, sorte d'héliport flottant, qui devrait être amarré au quai d'Austerlitz, le long de la Seine, à hauteur de la Cité de la mode et du design.

Il s'agit d'une étape décisive vers le déploiement des taxis volants électriques à Paris. L'expérimentation est programmée de mai à décembre 2024 en vue de la pérennisation de ce nouveau mode de déplacement urbain. Une première dans une métropole européenne.

L'Autorité environnementale a d'ores et déjà rendu un avis mitigé, estimant "incomplète" l'étude d'impact. Une fois n'est pas coutume : les élus du conseil de Paris, de gauche comme de droite, ont voté contre le projet.

Bien des Parisiens ont décidé de fuir la capitale au moment des Jeux olympiques. Vont-ils vouloir quitter définitivement la Ville Lumière avec l'arrivée de ces nouveaux engins volants sonores et énergivores ?

Aux gros-porteurs qui survolent déjà allégrement la capitale –  dont nous avons abondamment dénoncé les nuisances sonores dans les colonnes de France-Soir – vont s'ajouter des taxis volants. Non, ceci n'est pas un scénario de science-fiction, c'est pour demain !

"Le ciel est le dernier espace de vie sauvage en ville. S'il est saturé de taxis volants bruyants, que va-t-il nous rester pour nous ressourcer ? Cette nouvelle pollution sonore et visuelle, à 150 mètres d'altitude, est une atteinte aux droits des citoyens de vivre dans un environnement sain et équilibré", s'insurge Dominique Lazarski, vice-présidente de l'Union française contre les nuisances des aéronefs (UFCNA).

Des jets privés urbains dans le ciel de Paris

Baptisés "VoloCity", ces engins volants, à l'allure de gros insectes, emprunteraient trois routes aériennes : de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle au Bourget, de l'héliport d'Issy-les-Moulineaux à l'aérodrome de Saint-Cyr-l'Ecole, près de Versailles, et de l'héliport d'Issy-les-Moulineaux au vertiport amarré quai d'Austerlitz.

Par ailleurs, deux boucles seraient réservées aux "baptêmes de l'air touristiques" au-dessus de Paris qui, à ce jour, sont pourtant strictement interdits. Un énorme cadeau déposé dans la corbeille de Volocopter, à la fois fabricant et exploitant de ce nouveau marché !

Les taxis volants seraient destinés à transporter des athlètes, des politiques, des VIP et ceux qui souhaiteraient éviter d'éventuels embouteillages ou faire du tourisme au-dessus de Paris pour un ticket d'environ 110 euros.

En clair, ce serait l'arrivée dans le ciel de Paris de jets privés urbains. Ils pourraient être pris d'assaut pour la cérémonie d'ouverture des JO qui constituent "la plus grande fête populaire du sport au cœur de Paris",  dixit le site Paris2024.org.

"Ce projet déroge à l'interdiction de survol de Paris à moins de 2 000 mètres d'altitude. Il y a un risque élevé pour la sécurité des personnes et des biens. Où le taxi volant se poserait-il en urgence en cas de déficience de l'appareil ou de défaillance du pilote ?", s'inquiète Françoise Brochot, présidente d'Advocnar, l'association de défense contre les nuisances aériennes, vent debout contre ce nouveau mode de transport.

Donnez votre avis en ligne avant le 8 décembre… Après, il sera trop tard

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Une enquête publique, destinée à "recueillir les observations du public" sur le projet du vertiport s'est ouverte du 6 novembre au 8 décembre 2023.

Mais la création d'une "hélistation", sorte de mini-aérodrome sur la Seine (ce qui n'est pas rien !) n'est qu'un aspect de l'ensemble du projet.

Cette enquête est quasiment passée inaperçue, faute d'une couverture médiatique à la hauteur de l'enjeu. La presse écrite s'est un peu intéressée au sujet mais il n'y a eu aucun écho dans les journaux télévisés, qui touchent le plus grand nombre.

"C'est scandaleux de ne laisser qu'un mois aux principaux intéressés pour répondre à cette enquête ! Il nous a fallu décortiquer des centaines de pages d'analyses avant de pouvoir publier notre avis", tempête Françoise Brochot.

Il est intéressant de lire les avis déjà en ligne, les Parisiens étant majoritairement opposés au vertiport, hormis les amateurs inconditionnels d'innovation et de nouveaux gadgets.

Des risques d'attentat au moment des Jeux Olympiques

Le commissaire enquêteur, Jean-François Lavillonnière, ingénieur de l'Ecole centrale de Paris, retraité, désigné par le président du tribunal administratif de Paris, fera une synthèse, donnera un avis motivé et pourra émettre des recommandations.

"On sait que les enquêtes publiques sont rarement négatives ! Le ministre des Transports aura la responsabilité d'accepter ou pas l'expérimentation en début d'année 2024. Compte tenu des risques encourus en France en cette période de terrorisme et d'attentats, le Comité international olympique est opposé à ce projet, lâche un observateur proche du dossier.

"On peut imaginer que ces taxis volants soient des cibles, car ils déplaceront des VIP", souligne Françoise Brochot.

L'association France Nature Environnement Paris n'exclut pas non plus le risque d'attentat : "Il est facile de détourner un eVTOL et de le projeter à 150 mètres d'altitude sur un lieu touristique..."

Elle met aussi en ligne  une pétition.

*Corine Moriou est journaliste indépendante, grand reporter.

 francesoir.fr

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