03/01/2026 ssofidelis.substack.com  9min #300743

 L'Iran sur le pied de guerre : Trump menace d'intervenir pour «soutenir les émeutiers». Téhéran menace les intérêts américains et célèbre le «Conquérant de Khaybar»

Les États-Unis et Israël s'apprêtent à attaquer l'Iran en diffusant un faux récit de chaos provoqué

Par  Larry Johnson, le 3 janvier 2026

Est-ce une simple coïncidence, alors que Donald Trump a reçu le Premier ministre israélien Bibi Netanyahu lundi dernier pour discuter d'une future attaque contre l'Iran, si des manifestations, parfois émaillées de violences, ont éclaté dans plusieurs villes iraniennes ? Je ne crois pas aux coïncidences. Après cette rencontre, les médias américains, tant la presse écrite que les médias en ligne, ont publié de nombreux articles présentant ces manifestations comme un important soulèvement du peuple iranien. Une nouvelle "révolution" aurait commencé... ou du moins, c'est ce qu'on veut faire croire au public occidental.

Le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), une coalition politique d'opposition iranienne en exil fondée en 1981 à Téhéran (installée et active à Paris et en Albanie), est l'un des principaux vecteurs de ce discours. Elle se présente comme un parlement en exil et comme la principale alternative démocratique au régime de la République islamique. Le CNRI prône le renversement du gouvernement actuel et l'instauration d'une république laïque, démocratique, pluraliste et non nucléaire en Iran, en mettant l'accent sur la séparation de la religion et de l'État, l'égalité des sexes, les droits humains et les droits des minorités. Et devinez quoi ? Le CNRI a été créé par un groupe que les États-Unis ont autrefois qualifié d'organisation terroriste.

Le CNRI est une façade étroitement contrôlée par l'OMPI/MEK, qui bénéficie d'un soutien limité en Iran. L'OMPI était auparavant désignée comme une organisation terroriste par les États-Unis (elle a été retirée de la liste en 2012) et par l'UE, en raison notamment de ses actions armées passées. Le groupe a été accusé de pratiques cultistes et sa structure interne est qualifiée d'autoritaire, bien que ses partisans rejettent ces accusations et mettent l'accent sur son programme démocratique.

L'Organisation des moudjahidin du peuple iranien (OMPI), également connue sous le nom de Mujahedin-e Khalq (MEK) ou d'Organisation des moudjahidin du peuple (OMP), est un groupe d'opposition iranien fondé en 1965, connu pour ses actions terroristes en Iran. Elle est la principale composante du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), qu'elle présente comme son aile politique. L'OMPI/MEK a un passé documenté d'activités violentes, principalement entre les années 1970 et le début des années 2000, qui lui a valu d'être qualifiée d'organisation terroriste par les États-Unis (de 1997 à 2012), l'Union européenne (jusqu'en 2009) et plusieurs autres pays.

Voici un résumé de ses activités terroristes depuis les années 1970 :

Avant la révolution de 1979 (contre le régime du Shah)

  • Attaques contre le personnel et les intérêts américains dans les années 1970 : le MEK a tué plusieurs officiers militaires américains et entrepreneurs civils en Iran (comme le lieutenant-colonel Louis Lee Hawkins en 1973). Il a également bombardé des sites liés aux États-Unis, notamment Pan-American Airlines, Shell Oil et des hôtels.
  • Autres attentats à la bombe sur des commissariats de police, des banques et des multinationales (les attentats à la bombe de 1973-1975 à Téhéran et Ispahan).

Ces actions ont été à l'origine de sa désignation initiale comme organisation terroriste par le gouvernement américain.

Après 1979 (contre la République islamique)

  • Attentats à la bombe de 1981 au siège du Parti de la République islamique (28 juin) qui a tué environ 73 responsables, dont le président de la Cour suprême, l'ayatollah Mohammad Beheshti. Une deuxième bombe (30 août) a tué le président Mohammad-Ali Rajaei et le Premier ministre Mohammad-Javad Bahonar.
  • Assassinats permanents de religieux, fonctionnaires et juges (comme l'ayatollah Abdol Hossein Dastgheib en 1981 lors d'un attentat suicide).
  • Opérations dans les années 1990 : attaques coordonnées contre les ambassades iraniennes dans 13 pays (avril 1992), y compris la mission iranienne auprès des Nations unies à New York. Assassinat de fonctionnaires tels que le chef adjoint de l'état-major des forces armées iraniennes (1999).
  • Attaques de 2000-2001 : tirs de mortier, opérations éclair contre des cibles militaires/policières près de la frontière irano-irakienne pendant l' "Operation Great Bahman".

Alliance avec l'Irak (années 1980-1990)

  • Soutien à Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak, lancement d'attaques transfrontalières depuis l'Irak.
  • Aurait contribué à réprimer les soulèvements chiites et kurdes en Irak (1991).

Vous devinez la suite ? Après l'invasion de l'Irak par les États-Unis en mars 2003, les relations entre le gouvernement américain et l'Organisation des moudjahidin du peuple iranien (OMPI/MEK) ont radicalement changé. Pourquoi ? Parce que les États-Unis ont décidé d'utiliser l'OMPI/MEK pour attaquer l'Iran. Un exemple de plus du soutien apporté par les États-Unis à un groupe terroriste pour servir leurs propres intérêts.

Les États-Unis ont d'abord confiné les membres de l'OMPI au camp d'Ashraf, où ils ont été détenus jusqu'en juillet 2004, date à laquelle l'ensemble des 3 400 résidents du camp a obtenu le statut de "personnes protégées" en vertu de la quatrième Convention de Genève (attribué au secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld). Les troupes américaines ont assuré la sécurité du camp, empêchant les attaques et encadrant les déserteurs (près de 600 pendant la période de contrôle américain). En retour, des sources du MEK ont fourni des informations sur les activités et les menaces iraniennes en Irak, que des responsables militaires américains (par exemple le lieutenant-colonel Julie Norman en 2006) ont qualifiées d'"utiles" pour contrer les interventions iraniennes et sauver la vie de leurs soldats.

L'un de ses plus fervents soutiens du MEK est John Bolton, l'ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump, désormais persona non grata, et fervent sioniste. Il a assisté à des événements du MEK dès 2008 et est resté en contact avec cette organisation après son retrait de la liste des organisations terroristes en 2012. Ce soutien témoigne de sa position belliciste de longue date à l'égard de l'Iran, notamment de ses incitations à bombarder le pays et à changer de régime. Lors du rassemblement "Free Iran" à Paris en 2017, largement cité comme son discours le plus célèbre sur le MEK, il a déclaré :

"J'espère que la nouvelle politique du président permettra d'empêcher la révolution de l'ayatollah Khomeini de fêter son 40è anniversaire. Et d'ici 2019, nous fêterons cela à Téhéran ! La politique officielle des États-Unis doit viser le renversement du régime des mollahs à Téhéran. Le gouvernement iranien et ses objectifs ne changeront pas, la seule solution est donc de faire tomber le régime lui-même".

Lors du Sommet pour un Iran libre de 2022, Bolton a proclamé :

"Il existe une alternative viable, celle que le MEK et le CNRI s'efforcent de mettre en place depuis l'intérieur de l'Iran".

Vous voyez le tableau ? Voici ce que le  CNRI a publié aujourd'hui (et qui circule largement parmi les sionistes comme preuve que leur rêve d'éliminer l'ayatollah est sur le point de se réaliser) :

"Le soulèvement national en Iran est entré dans une nouvelle phase critique le 1er janvier 2026. Ce qui a débuté le 28 décembre 2025 comme une protestation des commerçants contre l'effondrement catastrophique du rial iranien s'est transformé, au bout de cinq jours consécutifs, en une insurrection politique à grande échelle. Depuis jeudi 1er janvier, les revendications économiques et révolutionnaires semblent se confondre. De la prise de bâtiments gouvernementaux dans les provinces occidentales aux slogans inédits contre l'establishment religieux dans leur bastion traditionnel de Qom, les événements des dernières 24 heures indiquent que les fondements de la théocratie sont en train de vaciller.

"À Téhéran, la capitale, les troubles économiques à l'origine du soulèvement se sont transformés en défiance politique. Au marché central des fruits et légumes (Meidan Tarebar), plaque tournante essentielle de la distribution alimentaire de la ville, les commerçants et les manifestants ont tenu bon pour la deuxième journée consécutive. Les forces de sécurité ont tenté de briser la grève en utilisant du gaz lacrymogène, mais le quartier est resté paralysé. Les slogans ont clairement évolué, passant des revendications liées aux difficultés économiques à des appels politiques fondamentaux, comme 'Mort à Khamenei' ou 'Ni Gaza, ni Liban, je sacrifie ma vie pour l'Iran'".

Or, l'OMPI/MEK/CNRI est un outil des services du renseignement américains et israéliens depuis 2004. L'OMPI a joué un rôle important, en particulier pour Israël, dans le ciblage et l'assassinat de scientifiques nucléaires iraniens ces deux dernières décennies. Le rôle actuel du MEK est d'aider à organiser des manifestations en Iran et de fournir un récit convaincant selon lequel le gouvernement iranien et les mollahs sont en difficulté politique et seront bientôt renversés, à condition que l'Occident intervienne. L'affirmation selon laquelle le régime de l'ayatollah Khamenei serait en difficulté ou que le gouvernement du président Pesezhkian vacillerait n'est qu'une propagande savamment orchestrée, financée et diffusée par les services du renseignement occidentaux.

Bien sûr, il y a de véritables manifestations en Iran et un réel mécontentement face à une économie ravagée par l'inflation, conséquence directe des sanctions occidentales. Cependant, d'après mes récentes conversations avec Nima, qui est en Iran pour la première fois depuis douze ans, et avec le professeur Marandi, le récit occidental dépeignant une image désastreuse de l'Iran n'est qu'un fantasme biaisé.

Derrière la propagande du CNRI se cache une nouvelle tentative d'Israël, avec le soutien des États-Unis, d'attaquer les stocks de missiles balistiques de l'Iran. Jusqu'à il y a peu, j'espérais que la cuisante défaite infligée à Israël par l'Iran en juin le dissuaderait de recommencer... Je me suis trompé. L'entrevue entre Trump et Netanyahou constituait un prélude - et l'amorce d'une campagne de propagande justifiant une nouvelle attaque - aux prochaines étapes qui se solderont par une nouvelle agression contre le peuple iranien, qui pourrait potentiellement déboucher sur des frappes nucléaires israéliennes.

Le colonel Lawrence Wilkerson et moi-même avons évoqué cette question aujourd'hui avec Nima et Danny Haiphong.

Traduit par  Spirit of Free Speech

youtube-nocookie.com
youtube-nocookie.com

 Partager ★ Spirit Of Free Speech

 ssofidelis.substack.com