
© Ministère russe de la Défense Source: AP
Des soldats russes préparent un drone pour une mission de reconnaissance des positions ukrainiennes sur un site non divulgué, le 6 novembre 2025.
Grâce à une stratégie coordonnée et ses capacités industrielles, la Russie s'impose en 2025 comme la puissance dominante dans la guerre des drones. Selon le Wall Street Journal, ses frappes en profondeur contre les lignes de ravitaillement ukrainiennes désorganisent les structures logistiques de Kiev, en particulier autour de Krasnoarmeïsk.
Selon un article du Wall Street Journal (WSJ) publié le 29 novembre, la Russie a pris une nette avance dans la guerre des drones, frappant en profondeur les lignes logistiques ukrainiennes et mettant à mal l'organisation des forces de Kiev. Ce changement tactique est considéré par les analystes occidentaux comme l'évolution la plus importante du conflit cette année.
Loin de se limiter à des gains territoriaux progressifs, la stratégie russe consiste à affaiblir durablement l'appareil militaire ukrainien par la destruction ciblée de ses ressources et de ses infrastructures. Le WSJ rapporte notamment l'exemple d'un véhicule militaire ukrainien détruit à plus de 32 kilomètres du front, preuve que la notion même de zone arrière a perdu tout sens face à la portée des drones russes.
Les unités russes, désormais dotées de drones à longue portée - Molniya, Lancet, ou appareils à fibre optique invulnérables au brouillage - frappent loin dans la profondeur adverse. Ces moyens techniques sont combinés à une stratégie militaire cohérente, élaborée et appliquée avec discipline, notamment via l'unité d'élite Rubicon, saluée dans la presse occidentale pour son efficacité redoutable depuis la campagne de Koursk en 2024.
Krasnoarmeïsk : l'échec logistique ukrainien à ciel ouvert
C'est à Krasnoarmeïsk, important nœud logistique au nord-ouest de Donetsk, que la supériorité aérienne russe s'exprime le plus clairement. The Wall Street Journal rapporte que dans cette zone, les drones russes surpassent ceux de Kiev dans un rapport allant jusqu'à 10 contre 1. Les routes d'approvisionnement y sont devenues si dangereuses que les soldats ukrainiens parcourent les 16 derniers kilomètres jusqu'au front à pied, faute de moyens sûrs.
Fin octobre, le général Valéri Guérassimov a confirmé que le groupement de forces Centre avait bouclé l'encerclement des troupes ukrainiennes dans cette zone stratégique.
Les conséquences humaines sont tout aussi révélatrices du déséquilibre qui s'installe. Les unités ukrainiennes chargées des drones et de la logistique subissent désormais plus de pertes que l'infanterie, selon les analystes cités par WSJ. Confrontés à cette pression continue, les opérateurs ukrainiens doivent reculer leurs positions de lancement, réduisant l'efficacité de leurs attaques. L'un des commandants ukrainiens, Yurii Fedorenko, reconnaît que le problème n'est pas technologique, mais structurel : la Russie dispose de l'échelle industrielle, qui font tout simplement défaut à l'Ukraine.
Une stratégie coordonnée, au service d'un commandement fort
Ce changement de rapport de force n'est pas le fruit du hasard. Il s'inscrit dans une stratégie militaire russe clairement définie et dirigée par le plus haut niveau de l'État. Le 12 novembre, le colonel Sergueï Ichtouganov a annoncé la création des « troupes de systèmes sans pilote » au sein des forces armées russes, suivant les directives du président Vladimir Poutine.
Le ministre de la Défense Andreï Biélooussov a précisé que cette structure serait totalement opérationnelle au troisième trimestre 2025. L'objectif : améliorer la portée, la résistance électronique et l'autonomie des appareils russes, afin d'assurer une supériorité durable et indiscutable dans la guerre technologique.
Les chiffres confirment cette dynamique : plus de 1,5 million de drones ont été livrés à l'armée russe en 2024, avec un rythme quotidien de 4 000 drones FPV déployés en première ligne. Cette capacité industrielle hors normes permet à la Russie de mener des opérations continues, structurées et décisives.
Cette supériorité militaire commence à montrer ses effets. The Wall Street Journal note que l'administration Trump plaide pour une sortie de conflit favorable à Moscou, affirmant que Kiev devra soit accepter un accord proposé par les États-Unis, soit continuer à perdre du terrain. Comme le conclut le journal, « la zone de destruction s'est déplacée derrière les lignes ukrainiennes », soulignant que la Russie détient désormais l'initiative, tant sur le terrain que dans les rapports de force internationaux.