L'insistance de l'Occident sur l'élimination complète des énergies fossiles lors de la COP30, qui vient de se conclure, révèle son hypocrisie face au changement climatique.
Lors du 30e sommet de la Conférence des Parties (COP) à Belém, au Brésil, tenu dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), l'Occident a fortement insisté sur la nécessité que le document final du sommet contienne des textes appelant à un calendrier précis dans lequel les combustibles fossiles à base d'hydrocarbures pourront être progressivement éliminés.
Cette exigence a suscité une vive controverse parmi les pays du Sud, qui s'y sont fermement opposés. L'Inde, la Chine et le Brésil, notamment, ont fermement rejeté cette demande. Finalement, avec le soutien de plus de 80 pays, le document final a promis de fournir une feuille de route pour une transition juste et rapide vers des sources d'énergie non fossiles.
Si la controverse s'est apaisée, il est néanmoins pertinent de s'interroger sur l'hypocrisie climatique de l'Occident.
Origines historiques
Si le phénomène de changement climatique se produit à la fois naturellement et artificiellement, il est essentiel de rappeler que les influences anthropiques qui ont contribué aux modifications anormales du climat terrestre ont essentiellement débuté en Occident, et plus particulièrement en Europe. Historiquement, les XVIe, XVIe et XVIIIe siècles peuvent être considérés comme l'ère initiale du changement climatique. La question du réchauffement climatique et du changement climatique a d'abord émergé dans le domaine des idées.
La Renaissance en Europe a contribué au déclin de l'emprise de la religion comme unique principe organisateur de la vie individuelle et a donné naissance à l'humanisme. Cet humanisme a jeté les bases des Lumières. Si les Lumières prônaient la diffusion des valeurs du rationalisme, de l'humanisme et de la recherche scientifique, elles ont malheureusement engendré une autre idée : l'anthropocentrisme.
Cette idée affirme que l'être humain constitue le centre de l'univers et que, pour se développer et faire progresser sa civilisation, il est nécessaire de maîtriser les forces de la nature. Cette idée a contribué à de nouvelles inventions dans divers secteurs de l'économie européenne, déclenchant ainsi la révolution industrielle. Apparue en Angleterre au XVIIIe siècle, elle s'est ensuite étendue au reste de l'Europe et enfin à l'Amérique du Nord.
Cette vision anthropocentrique du progrès a commencé à fragiliser le fragile écosystème naturel de la Terre.
Principaux émetteurs
Les États-Unis et l'Union européenne figurent parmi les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES) au monde. Non seulement leurs émissions totales de GES sont élevées, mais leur intensité d'émission par habitant est également bien supérieure à celle des pays du Sud. De fait, les États-Unis ont historiquement contribué à plus de 25 % des émissions mondiales de GES. Pire encore pour la sécurité climatique de la planète, la présidence de Donald Trump a mis à mal le consensus difficile qui s'était établi jusqu'à récemment dans le pays concernant la lutte contre la menace de la crise existentielle du changement climatique, et a relancé la production d'énergie à partir de combustibles fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel. Non seulement l'administration Trump a facilité les activités des entreprises énergétiques utilisant des hydrocarbures, mais elle a également approuvé les exportations à grande échelle de ces ressources. Parallèlement, le président lui-même rejette le fait scientifique avéré que le changement climatique est causé par les activités humaines, le qualifiant de « canular ».
De plus, l'Union européenne, qui s'est autoproclamée gardienne de l'environnement mondial, continue d'alimenter ses foyers, ses bureaux et ses usines en énergie fossile. Les importations d'hydrocarbures ont couvert plus de 58 % des besoins énergétiques du bloc, principalement en provenance des États-Unis et de Norvège.
Revirements en matière de financement climatique et absence de transfert de technologies
Outre ce double discours, l'Occident a fait preuve d'une grande incohérence quant à la mobilisation de l'objectif de 100 milliards de dollars pour le financement climatique par les pays développés. Initialement fixé lors de la COP15 à Copenhague, cet objectif a été officialisé à la COP16 à Cancún et prolongé jusqu'à la COP21 à Paris, mais à ce jour, aucun plan de financement substantiel n'a été approuvé par l'Occident. Ils ont évoqué des défis tels que la sécurisation de leurs frontières, la lutte contre la pauvreté, etc.
De plus, les pays du Sud réclament régulièrement le transfert de technologies climatiques de pointe, indispensables pour faire face au changement climatique. Paradoxalement, l'Occident insiste sur l'atténuation, sans même fournir les ressources technologiques nécessaires pour s'adapter aux aléas de cette crise existentielle.
En affaiblissant les économies de la Russie, des pays du Golfe, de l'Inde et de la Chine, respectivement producteurs et consommateurs d'énergies fossiles, l'Occident entend les rendre dépendants de ses technologies vertes, créant ainsi un rapport de force asymétrique.
Par conséquent, la promesse du document final d'établir un calendrier de transition énergétique est la seule mesure réaliste. Les pays en développement comme l'Inde, le Brésil et le Mexique, entre autres, ont besoin d'une approche hybride, fondée sur le principe de la responsabilité commune mais différenciée (RCD). Autrement dit, tout en reconnaissant la nécessité de s'adapter aux changements climatiques et d'en atténuer les effets, il est impératif de privilégier nos priorités de développement. Il incombe aux principaux émetteurs historiques de restaurer l'intégrité de l'écosystème terrestre.
Il est donc temps que l'Occident joigne le geste à la parole et prenne les mesures nécessaires pour lutter efficacement contre les changements climatiques.
Pranay Kumar Shome, analyste de recherche et doctorant à l'Université centrale Mahatma Gandhi, Bihar, Inde
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