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Benjamin Netanyahou.
Benjamin Netanyahou relance le discours de l'« alliance des minorités » en se présentant comme protecteur des chrétiens d'Orient. Cette rhétorique occulte la réalité des violences subies par les chrétiens en Israël et dans les territoires occupés. Au Liban et en Syrie, elle ravive des fractures anciennes.
En affirmant qu'Israël serait le seul pays du Moyen-Orient où les chrétiens peuvent célébrer Noël et pratiquer librement leur foi, Benjamin Netanyahou a suscité de vives critiques. Cette déclaration, diffusée dans une vidéo le 24 décembre, contraste avec la réalité observée dans la région, notamment au Liban, pays voisin où la liberté de culte demeure un pilier du pacte national malgré une situation politique et économique fragile.
À l'inverse, en Israël et dans les territoires occupés, les chrétiens, majoritairement palestiniens, font face à une précarité croissante, comme l'a relevé un rapport du département d'État américain mentionnant des violences d'extrémistes juifs et l'inquiétude des Églises locales quant à l'avenir de leurs communautés.
Un narratif pour diviser les pays voisins
À Gaza, la population chrétienne a été presque anéantie par la guerre en cours et la destruction des trois églises emblématiques de l'enclave, tandis qu'en Cisjordanie, des localités emblématiques comme Taybeh et bien d'autres subissent régulièrement des attaques de colons. Dans ce contexte, le discours du Premier ministre israélien apparaît moins comme une description fidèle que comme une tentative de réactiver une vieille rhétorique : celle de l'« alliance des minorités ».
Historiquement, ce concept a servi à justifier des rapprochements politiques opportunistes, notamment au Liban durant la guerre civile, lorsque certaines factions chrétiennes se sont alliées successivement à Damas puis à Tel Aviv face à d'autres composantes de la société.
Pourtant, Israël semble chercher à réactiver cette grille de lecture, en direction non seulement des chrétiens d'Orient, mais aussi d'autres minorités comme les druzes, les kurdes et les alaouites en Syrie. Cette stratégie intervient dans un contexte régional explosif, marqué par les recompositions en Syrie, les tensions au Liban autour du désarmement du Hezbollah et les pressions internationales en faveur d'une normalisation des relations avec Tel Aviv.
Face à ces manœuvres, des voix religieuses et politiques appellent à dépasser les réflexes identitaires hérités du passé pour privilégier la réconciliation et la citoyenneté, seules voies possibles pour éviter de nouveaux conflits confessionnels.